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City Of Lights

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

City Of Lights

Plus ample et plus aventureux que son prédécesseur, le deuxième City Of Lights marie l'AOR des années 80 aux détours progressifs, avec un Manos Fatsis souverain au chant.
12 titres
Melodic Rock
Durée : 49 minutes
Sorti le 23/10/2026
7 vues
PRIDE & JOY MUSIC
Que devient un projet né d'une série de messages envoyés sur un coup de tête, une fois qu'il se met à fonctionner comme un vrai groupe ? En 2018, le guitariste et compositeur britannique Neil Austin cherchait simplement une voix pour ses maquettes. L'heureux élu est Grec, Manos Fatsis. Puis il a convaincu la section rythmique de Degreed, les frères Robin et Mats Eriksson, de le suivre. ''Before The Sun Sets'', paru en février 2022, avait installé le nom dans le petit monde du rock mélodique. Entre-temps, Nathan Doyle, qui jouait déjà en invité sur plusieurs titres du premier disque, a été titularisé à la guitare solo. C'est donc un quintette au complet qui signe ce deuxième album, baptisé du nom du groupe, comme pour marquer un nouveau départ.

Le cadre est posé d'emblée : 'Main Titles (For Vangelis)' ouvre le disque sur un tableau orchestral aux allures de générique de film, et 'Lights In Rain' le referme dans la même veine instrumentale. Entre ces deux panneaux, l'album déploie dix chansons qui oscillent entre deux pôles assumés : l'AOR le plus classique et un rock mélodique plus moderne, parfois tenté par le progressif.

C'est dans cette seconde catégorie que City Of Lights se montre le plus intéressant. Le morceau-titre installe les claviers au premier plan, en moteur plutôt qu'en décor, et laisse la voix mener des arrangements dramatiques où le hard rock frôle par endroits le métal progressif. Et 'Masquerade' va plus loin encore : tempo changeant, claviers frénétiques, alternance entre passages suspendus et brusques montées d'adrénaline. C'est le titre le plus nerveux du disque et l'un de ceux qui distinguent vraiment le groupe de la masse des formations du genre.

'Beautiful & Broken', avec ses riffs hachés, son solo massif et son refrain imparable, est sans doute le meilleur argument de l'album : on y entend clairement la filiation avec Degreed, ce rock mélodique scandinave bien charpenté, tendu, où Fatsis chante avec une intensité presque crispée. 'Unbreakable', plus frontal, joue la carte de l'hymne de combat, dans une tradition qui renvoie directement aux bandes originales triomphantes des années 80.

L'autre visage du disque regarde franchement vers le passé. 'Never Looking Back' sonne comme un hommage à l'AOR américain tel qu'on le jouait en Europe, accords de claviers typiques et solos à l'ancienne compris. Le pastiche est assumé et très bien exécuté.

. 'Just Like Yesterday' et 'One More Night' assurent le registre plus léger et plus direct, celui qui donne de l'air entre deux pièces plus chargées. Restent les ballades, plus nombreuses qu'on ne le croirait. 'Learn To Live' repose sur une base acoustique et de superbes harmonies vocales, avec un refrain qui fait mouche. 'Care For You' est plus sombre et plus ambitieuse : cordes et claviers en caresse, silences savamment placés, voix presque murmurée par instants, pour un morceau sur la douleur qui compte parmi les plus réussis du lot.

'We're A Family' change de registre avec un chant partagé en duo, des claviers bien en avant et un refrain fédérateur taillé pour être repris en chœur, une déclaration d'affection au groupe lui-même qui sonne sincère.

Le grand gagnant de l'affaire, c'est Manos Fatsis. Son timbre a mûri, il tient la note haute sans forcer, sait se faire fragile sur les morceaux lents et rugueux quand le tempo s'emballe. Plusieurs titres doivent l'essentiel de leur relief à son interprétation. Le duo de guitares Austin et Doyle fait le travail avec goût, solos lyriques et riffs solides, sans démonstration gratuite, tandis que les frères Eriksson assurent une assise d'une précision irréprochable.

La comparaison avec ''Before The Sun Sets'' tourne à l'avantage de ce nouveau venu. Avec une formation désormais stable et l'apport régulier d'invités, City Of Lights a gagné en ampleur et en audace d'écriture, sans renoncer au sens du refrain qui faisait son charme. Pour qui aime les grands refrains, les claviers généreux et les chanteurs capables de porter une chanson à bout de bras, ce nouvel opus offre une heure de plaisir franc, avec trois ou quatre titres ('Beautiful & Broken', 'Masquerade', 'Care For You') qui méritent largement de durer.