Derrière le masque d'argent, Diamond Rain mêle le rock de Ghost au disco à la KISS et grandiloquence seventies dans un premier chapitre terriblement efficace
Personne ne sait qui chante sur ''Chapter One'', et c'est précisément le propos. Diamond Rain avance derrière un masque argenté, celui d'un certain High Priest, flanqué d'un Arch Lector et de Faithful Disciples tout aussi anonymes.
Signé au printemps par Pride & Joy Music, le projet a distillé depuis l'été 'Naked City', 'I Need Love' puis 'Rosalie Hillsong', avant que 'Never Leave' ne rejoigne les radios fin septembre. Les références revendiquées, Blue Öyster Cult, Roxette et KISS, disent bien l'ambition : marier le panache des arènes des années 1970 aux refrains lustrés de la décennie suivante. Quant au dispositif, impossible de ne pas penser à Ghost. Reste à savoir si le mystère cache des chansons.
Il en cache, et plusieurs sont redoutables. 'Naked City' ouvre le disque sur un hard mélodique nerveux, guitares affûtées et refrain massif qui s'installe dès le deuxième passage, sans jamais sentir la naphtaline. Un titre terriblement efficace, la porte d'entrée la plus réussie . Le vrai frisson vient juste après du côté de la piste de danse. 'I Need Love' plonge dans la pop electro du début des années 1980 : synthés couleur néon, guitare passée aux effets, groove de discothèque. On croirait entendre un tube de cette époque et le morceau aurait sans peine squatté les ondes dans ces années là.
'Rosalie Hillsong' va plus loin encore : une ligne de basse lance la machine, le chanteur emprunte les inflexions de Paul Stanley, et l'on tient là ce qu'aurait pu devenir KISS en prolongeant son escapade disco de la fin des seventies, refrain énorme compris. Ce duo forme le cœur le plus singulier de l'album, celui où Diamond Rain assume sans complexe son excentricité.
Une autre veine, plus dramatique, traverse le disque. 'Saviour (Minutes Away)' en est sans doute le plus intense et plus direct que ses voisins. Il aligne un refrain en chœurs de troupe ponctué de frappes de claviers et joue sur des variations de dynamique qui donnent l'impression qu'un récit commence à se dérouler.
'Heroes' hausse encore la mise en scène, avec son orgue Hammond et une grandiloquence de stade héritée des années 1970, là où le rock se vit comme un spectacle et un costume. 'Spiritual Revolution' associe des riffs pesants à une mélodie ciselée et s'offre un solo de claviers incandescent (proche des sonorités de Marillion version Fish). 'Alistah' prolonge ce versant occulte avec des textes tournés vers le surnaturel et un beau solo de guitare, tandis que 'The Key' entretient l'énigme sans livrer ce que son titre promet. C'est dans ces morceaux que l'ombre de Blue Öyster Cult se fait la plus nette, dans cette manière d'envelopper la mélodie d'un voile de mystère.
'Never Leave' apporte la touche émotionnelle avec un texte sur la fidélité et un refrain simple. Enfin, 'Noli Respicere', petite vignette acoustique d'à peine plus d'une minute, referme le disque, clairement inspirée de l'intro de 'Rock Bottom' de Kiss.
Le High Priest a la voix claire et théâtrale qu'exige le personnage, capable de passer du crooner disco au tribun de stade sans perdre en justesse, et les harmonies vocales, souvent empilées en couches épaisses, donnent aux refrains leur envergure. La production, chaleureuse et lisible, laisse de l'air à chaque instrument : les riffs gardent leur poids, les claviers scintillent sans écraser les guitares, et la section rythmique, discrète, se met au service du groove plus que de la démonstration.
Le pari était risqué, et il est largement gagné. Là où tant de groupes de rock mélodique recopient les mêmes plans, Diamond Rain ose le déhanché disco et l'emphase seventies dans un même disque, avec assez de savoir-faire pour que l'ensemble tienne debout. ''Chapter One'' possède ce que beaucoup de premiers albums n'ont pas : une personnalité. Si le reste de la saga est de cette trempe, on suivra volontiers la procession.