En général, lorsqu’un groupe commence une carrière avec un ou deux albums méritants, on s’attend à ce qu’il persévère et cherche à s’inscrire durablement dans le payasage musical.
Tel n’est pas le cas de nos amis anglais (pour un français, cette association tient de l’oxymore, a fortiori lorsqu’on est passionné de rugby…) de Black Spiders qui, malgré la production de deux galettes honorables (dont le sympa «This Savage Land ») finit bizarrement par s’étioler, puis se faire gentiment oublier.
Pourtant, le concert donné lors de l’édition 2013 du HELLFEST (Ben ouais, ma brave dame : dix ans déjà ! Ca file, hein…) avait convaincu l’audience avec un Rock’n’roll tout britannique, parfois canaille (« Just Like a Woman », « Balls ») et plein d’énergie fun.
Et puis PAF ! Sans trop comprendre pourquoi, le combo décide de mettre un terme à ses activités (le manque de reconnaissance, sans doute ?) après un moment de flottement.
Sauf que – un bien pour un mal – le COVID passe par là, et sans qu’on comprenne bien comment (syndrôme du « la vie est trop courte pour… » ?), l’on se retrouve avec un EP miraculeusement pondu en 2021, et puis ce nouveau troisième opus, réunissant le quintet.
Cela sera peut-être l’opportunité de lever un malentendu majeur – peut-être à l’origine du premier split du groupe – car en effet, de malentendu il fût question dès leurs débuts : pour une raison que la raison ignore, fût solidement ancré dans l’inconscient collectif – la faute sans doute à une certaine hype autour du genre à l’époque, mêlée à un soupçon d’ignorance côté journalistes – que les Black Spiders étaient un groupe STONER !
Pourtant, il n’est que de revenir sur les deux précédentes galettes, pour admettre que de cela il n’est PAS DU TOUT question. Et cette troisième offrande ne viendra pas contredire votre serviteur, car l’on est ici dans quelque chose de typiquement britannique, tant au niveau des compositions que de l’exécution.
En fait, en fermant les yeux, l’on pourrait presque croire que nos rosbifs ont pondu l’album qu’OASIS eût pu livrer après ce mythique concert de Rock en Seine qui vit les deux frangins Gallagher se mettre gentiment sur la gueule avant de saborder leur combo et passer prendre leur solde de tout compte.
Il n’est que d’écouter le premier titre « Hot Wheels » pour retrouver ces harmonies plutôt pop, jouées crânement sur des guitares au son claquant (mais poussé au maximum), avec une batterie qui se prend pour une cigale (du tambourin dans tous les recoins) , et un chant faussement nonchalant, mi-branleur mi-bagarreur.
Alors évidemment, comme sur les précédentes livraisons il y a quelques exceptions. Ainsi on soulignera « Destroyer » dont les paroles évoquent de façon sibylline le Bisou peinturluré amerloque, répondant ainsi au « Kiss tried to kill me » du premier opus, et éclairant d’un jour nouveau le visage de la pochette. Le combo revêt ici un habit plus metal, stylistiquement proche des Grands Anciens « Brummy » (Judas Priest, Black Sabbath, toussa…)
L’album est également parcouru de quelques éclairs plus punk (« Alright alright alright », « A rat is a rat »)
Mais, que ce soit avec le classieux et mélancolique « Traitor’s Walk » ou le conclusif « The End of The World », les Araignées Noires s’inscrivent définitivement dans une veine Brit-rock, loin de l’étiquette Stoner qu’on leur avait faussement collé. Allez, virez-moi ces fumées et ce sable, foutez-moi une parka à capuche, balancez une Rolls dans la piscine, et filez vous nettoyer les oreilles avec cette galette « so foockin’ brilliant » !