On ne présente plus Napalm Death, chef de file du grindcore anglais, qui a vu passer dans ses rangs plus de membres que Clara Morgane dans…Bref, une institution de la violence sonore dont fait partie le bassiste Shane Embury, en poste depuis 1988, ce qui fait de lui le plus ancien musicien de la formation de Birmingham. Faut-il y voir la conséquence de cet album solo aux antipodes de la musique extrême, rejet potentiel d’un excès de décibels ? Pas totalement. Bien qu’issu du punk, le bonhomme n’a jamais caché ses accointances avec la scène électro et les musiques synthétiques dans leur ensemble, en témoignent ses projets annexes DSB ou Venomous Concept. C’est aussi à lui qu’on doit le tournant indus de la Mort au Napalm depuis ''Smear Campaign''.
Sur ce ''Bridge To Resolution'', le chevelu hirsute s’est chargé d’à peu près tout hormis la batterie, assurée par Carl Stokes (ex-Cancer).
'Spasm Prayer' lance les hostilités sur fond de bruitages et sons électroniques avant que ne démarre la partie rock, aux guitares feutrées et mises en arrière-plan, laissant les claviers assurer des parties mélodiques très accrocheuses. Le chant, au timbre agréable et chargé de reverb, révèle une facette inattendue du maitre de cérémonie, qui n’hésite pas à superposer les couches pour un rendu des plus convaincants.
La voix se fait un peu plus agressive sur 'The Dreaming Abyss', contrastant avec la musicalité du titre, au fort relent de Depeche Mode, voire de The Police sur les refrains.
Le morceau-titre, qui débute par des percussions façon Akira, offre lui aussi de magnifiques lignes vocales, qui dévoilent une sensibilité insoupçonnée de la part de l’Anglais. Il y a un peu de Scorn dans ces sonorités, qui invitent à fermer les yeux et se laisser porter vers l’inconnu.
On pourrait citer chaque piste tant elles regorgent de petits trésors musicaux qui font du bien aux oreilles et à l’âme. Ainsi le lumineux 'How To Corrode Memories' répond-il au plus torturé 'Thorns In Despair' et ses guitares saturées.
Une voix féminine éthérée apporte une délicatesse bienvenue à 'Illusion Guillotine'. Quant au dansant 'Taurus', bardé de couches de synthés au motif répétitif, il offre au batteur la possibilité d’exprimer son talent via une frappe groovy et maitrisée.
'The Gift Of Shame Wrapped In Guilt', longue pièce de sept minutes trente, fait office de baisser de rideau. Savoureuse cerise sur un gâteau consistant, elle s’avère d’une grande richesse, puisant chez The Gathering son approche atmosphérique et chez Massive Attack ses effets électroniques. Le long solo aérien qui traverse cette ultime piste apporte un feeling incroyable aux vertus immersives, voire orgasmiques dans cette progressive montée en puissance (jouissance).
Superbement mis en son par Simon Efemey (Paradise Lost, Crowbar), cet opus gagnera à être écouté au casque, au fin fond d’une grotte ou au sommet d’une montagne selon l’appétence de chacun. Quoi qu’il en soit, on ne peut que remercier Mister Shane de nous avoir fait cadeau d’une œuvre aussi aboutie, qui mériterait de prendre vie sur scène.