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Braiding the Stories

ANIBAL BERITH
Journaliste

GAAHLS WYRD

« Braiding the Stories » est exigeant, parfois déroutant, mais d’une richesse qui récompense largement l’auditeur qui devra être patient pour le dompter.
9 titres
Black Metal
Durée : 42
Sorti le 06/06/2025
761 vues
Avec ce second album « Braiding the Stories », sorti tout juste 6 ans après GastiR - Ghosts Invited, Gaahls Wyrd franchit un nouveau seuil artistique en offrant une traversée intérieure, une œuvre qui flirte entre rêve et réalité, entre ombre et lumière. Le combo norvégien tisse une matière sonore dense, étrange et profondément immersive.

Dès les premières minutes, on comprend que l’album n’a rien de linéaire. L’atmosphère est tantôt mystique, tantôt oppressante, souvent éthérée. Les interludes, « The Dream », « Voices in My Head », « Through the Veil », sont de véritables transitions entre les titres principaux qui ouvrent des passages vers d’autres états de conscience et donnent au disque une allure de rituel. On a la sensation d’entrer dans un voyage initiatique, une exploration intérieure où les contours du temps s’effritent.

Les morceaux phares de l’album déploient une richesse qui demande plusieurs écoutes pour être pleinement appréhendée. Le titre éponyme , « Braiding the Stories », déploie, sur plus de huit minutes, une odyssée sonore qui passe de brumes atmosphériques à des éclats de tension presque insaisissables. « Time and Timeless Timeline » ramène quant à lui la virulence d’un black metal plus direct, porté par des riffs incisifs et un chant hargneux. À l’opposé, « And the Now » désoriente volontairement par son côté onirique et déstructuré, créant une impression d’étrangeté mélancolique. « Root the Will »joue la carte de l’imprévisibilité en alternant les cris sauvages et les voix claires, rythmiques changeantes, tension dramatique qui refuse toute résolution simple. Enfin, le titre outro , « Flowing Starlight », surprend par son parfum gothique des 80´s, une basse ronde et hypnotique, des guitares atmosphériques qui laissent flotter l’auditeur entre groove et rêverie.

Cette variété stylistique fait de l’album un véritable kaléidoscope mélangeant black metal, doom, rock gothique et touches progressives qui coexistent naturellement. Chaque morceau est un microcosme en perpétuelle mutation.

La production, signée Iver Sandøy, mérite une mention particulière. Le son est raffiné, ample, chaque détail est mis en valeur sans que l’ensemble perde en puissance. La basse, volontairement mise en avant, donne au disque une assise profonde, tandis que le chant de Gaahl se déploie dans toute sa palette. Il ne se limite pas aux cris caractéristiques du black metal : il murmure, déclame, ou s’ancre dans des chants clairs presque rituels. Chaque nuance vocale est utilisée comme une couleur au service de l’ambiance.

Les musiciens qui l’entourent brillent également : la guitare d’Ole « Lust Kilman » Walaunet conjugue riffs mémorables et solos inspirés, tandis que la section rythmique menée par Andreas « Nekroman » Salbu à la basse et Kevin « Spektre » Kvåle à la batterie, construit un socle à la fois solide et mouvant, capable d’ancrer les morceaux comme de les faire décoller dans des envolées atmosphériques.

Ce qui frappe le plus dans « Braiding the Stories », c’est son refus de se laisser enfermer. Il ne s’agit pas seulement de black metal modernisé, ni d’un exercice de style avant-gardiste. L’album se vit comme un cheminement intérieur, un récit sonore dont chaque étape révèle une facette nouvelle.

« Braiding the Stories » est exigeant, parfois déroutant, mais d’une richesse qui récompense largement l’auditeur qui devra être patient pour le dompter.