Formé en 2013 par le chanteur/guitariste Zack AMster, le bassiste/chanteur Taylor Iversen et le batteur Ryan DeWitt, ABRAMS nous vient tout droit de Denver, dans le Colorado. L’on pourrait s’attendre naturellement de la part d’un trio américain venu d’un état plombé par le soleil, à des mélopées gorgées de blues, de stoner, que sais-je…bref à la pratique d’un idiome typiquement US – façon grosse artillerie sans finesse aucune…notez le blaze du groupe tiré d’un modèle de…tank !.
Or il n’en est rien, car depuis leurs débuts et trois -maintenant quatre - albums, c’est une orientation musicale plus sophistiquée, et par certains aspects plus européenne, que les trois musiciens nous proposent. D’abord sludgy et postcore, leur travail a depuis évolué vers un matériau plus post grunge, mixant les harmonies typiques du genre né du côté de Seattle, à des arrangements puissants, racés et travaillés.
Or donc, la quatrième offrande du groupe, « Blue City », vient confirmer cette orientation. Renforcé par l’apport du guitariste Graham Zander, l’album délivre un chapelet de climats majestueux (« Lungfish ») qui lorgnent vers ce que les poitevins de KLONE ont l’habitude d’offrir à nos oreilles (« Narc », autre exemple). Traversé d’éclair de guitares tout en distortions aiguisées sans être agressives, la musique des américains lorgne également vers ce que pourrait proposer une formation du calibre des norvégiens de RIBOZYME, ou -pour revenir à quelque chose de plus français, soyons chauvins – les excellent LIZZARD (« Blue City »). Les rythmes sont truffés de petites anticipations et autres décalages qui surprennent l’auditeur (« Crack Aunt »), déjà transporté par l’ampleur des guitares.
Complexe mais paradoxalement accessible, la matière sonore d’ABRAMS sait également se faire plus directe (notamment via le titre d’ouverture « Tomorrow »). La production met particulièrement en valeur des compositions qui savent être à la fois cérébrales – tant dans la construction que les choix sonores- et organiques -l’on surprend son corps à se caler sur la pulsation des morceaux, que ce soit par des hochements de tête ou des battements de pieds. Les -rares- solis se veulent aériens, quand ils ne sont pas carrément cosmiques (« Death Om »).
Bref, pour qui attend d’un album du rentre-dedans, des grosses ficelles et du pas subtil, c’est peine perdue : « Blue City » est un voyage musical traversé d’émotions auxquelles il faut savoir s’ouvrir, dont la puissance impacte durablement l’auditeur, et les finesses garantissent un plaisir renouvelé à chaque écoute. Les autres peuvent se ruer sur un des albums marquants de cette année.