Between The Buried And Me fait parti de ces groupes qu'on n'a plus besoin de présenter mais qui sont toujours un peu inquiétants à chroniquer lorsqu'on n'y est pas habitué car ils ont une vraie base de fans, tout autant qu'une image assez clairement établie dans le monde du Metal. Mais alors que j'avais absolument tout entendu sur leurs compositions, rien ne m'avait préparé à la découverte d'« Automata », leur dernière création ; une rencontre que je ne regrette absolument pas.
Le ton langoureux et l'aura de mystère qui entourent « Condemned to the Gallows », tout d'abord dans l'atmosphère d'une comptine pour enfant puis dans un style bien plus sombre, est, à première vue, assez attirante étant donné de l'originalité qui découle de ce parti-pris. Alors que la ligne musicale assurée au clavier demeure très douce mais inquiétante, le groupe s'acharne à proposer une composition bien plus lourde par-dessus, à force de scream grave et de double-pédale. Avec ses six minutes, ce titre permet de poser le cadre d'une aventure musicale bien plus déstabilisante et surprenante que ce à quoi je m'attendais. Même si vous n'êtes pas fan du groupe, ce premier titre vaut la peine d'y jeter une oreille attentive. « House Organ » reste dans cette ambiance étrange mais prend un ton plus agressif et lourd que le premier morceau, bien qu'on retrouve toujours une alternance de passages plutôt violents et d'autres carrément fantomatiques et bien plus Dark Rock Ambient dans ce qui s'en dégage. Jusque là, Between The Buried And Me brouille les piste, et l'expérience se révèle agréable. L'enchaînement semble presque logique avec « Yellow Eyes » qui dénote par le clavier, assez dissonant par rapport à la voix et qui pousse terriblement en retrait la guitare. Je ne soulignerais jamais assez le plaisir que j'ai à me frotter à des groupes qui partent dans des expérimentations à tout bout de champs, d'autant plus qu'avec cet album, le groupe conserve une ligne directrice relativement classique mais se permet d'emprunter à tous les genres pour greffer dessus une multitude d'influences et d'éléments qui viennent perturber nos habitudes.
Les quatre minutes de « Millions » viennent délicatement se poser sur nous, comme si le groupe décidait de nous accorder un peu de repos après les presque neuf minutes de l'incroyable « Yellow Eyes », que je ne conseille qu'aux plus aventureux. Sur cette nouvelle chanson, les voix se superposent et se répondent sur une ligne musicale mouvante qui semble guider le chant tantôt dans les abysses les plus sombres et froids, tantôt dans les cieux les plus inaccessibles à l'homme. Plus la chanson avance, plus on sent une danse se mettre en place autour de la rythmique, bientôt reprise par la guitare. Tous les sons semblent être atténués sur « Gold Distance », une sorte d'interlude qui nous égare et nous endort. Mais le répit est de courte durée car « Blot » nous précipite dans un univers aux sonorités orientalisantes et aux voix lancinantes. Sur certains passages, je jurerais que c'est du Dream Theater, et absolument pas du Between The Buried And Me ; encore une fois, la surprise est au rendez-vous, ce dont, je pense, personne ne se plaindra ! Etrangement, le scream passe très bien sur les passages très expérimentaux et semble même les distordre et s'amuser avec afin d'en extraire toute la noirceur possible, ce qu'on ne soupçonnait pas. Mais les paroles sont inutiles devant un tel morceau et je vous propose d'aller, sans plus tarder, le découvrir par vous-mêmes afin de vous confronter à ce monstre protéiforme, aujourd'hui incarné par « Automata ».
Between The Buried And Me signe ici, à ma grande surprise, je l'admets, un court album plus que riche et prometteur. Les compositions sont tellement baroques qu'on ne sait plus où donner de la tête. L'exercice est d'ailleurs si difficile qu'on finit assez naturellement par fermer les yeux, oublier tout ce qui nous entoure pour mieux se laisser porter dans cette aventure.