2020 aura été une année chargée pour Tuomas Kauppinen puisqu’il a lancé son projet musical solo en janvier avec l’EP « Gospel Of The Goat ». Ce début l’a vraisemblablement inspiré puisqu’il dévoile son premier album, « Atmosfear », quelques mois plus tard.
Sobrement intitulé ‘Intro’, les premières quarante secondes de cet album sont en fait quelques phrases murmurées sur une ligne de piano qui ne nous en apprennent pas beaucoup sur l’univers de Nobody. C’est ensuite la guitare acoustique qui prend le relais sur ‘Stronger Than Blood’, doublée d’un scream finalement assez doux, ce qui ne le rend que plus puissant. Plus minimaliste, ‘Ruthless Vicar’ laisse deviner des influences musicales qui dépassent largement les frontières finlandaises. Entre Folk et musique espagnole, le morceau suivant se découpe en deux volets, ‘Anubis I’ et ‘Anubis II’, et révèle la complexité des propositions de Tuomas Kauppinen. Si sa performance vocale prend des airs vampiriques sur ‘The Dark Marquis’ (une impression que le titre en lui-même continue à induire), les références musicales qui entourent la composition continuent de donner davantage du côté des l’Espagne que des Carpates.
En moins de deux minutes, ‘The Great Stink’ est plutôt un interlude qu’un morceau à proprement parler. Dans sa forme, ‘Unholy Intoxication’ revient de façon plus franche à ce qu’on pourrait appeler du Black Metal acoustique, à l’origine du projet Nobody ; et ce « retour aux sources » se révèle plus convaincant que les tentatives flamenco évoquées précédemment. Après beaucoup de titres au format court, l’artiste se pose plus longuement pour la chanson éponyme, ce qui permet de développer une idée générale dont les auditeurs suivent les circonvolutions. Mystique et poétique, ‘Dreams And Imaginations I’ arrive à point nommé pour raviver la curiosité des amateurs du genre ; ce qui se confirme avec ‘Dreams And Imaginations II’, dans un registre plus engagé. Simple mais hypnotique, ‘Lover’s Lament’ est une proposition éclair qu’on aurait aimé voir se déployer plus longuement…
Plus tendu, ‘Orgasm Of Blasphemy’ correspond assez bien au projet de l’artiste avec cet album en revenant dans la forme comme dans le fond vers une sorte de Black Metal grouillant et originel, mais présenté ici sous une apparence dépouillée qui le rend encore plus incisif. Brouillant une nouvelle fois les pistes, Nobody nous propose l’expérimental ‘Uncontainable’ qu’on peine à décrire tant les éléments s’y mélangent jusqu’à atteindre un état indistinct… ‘Visionary I’ et ‘Visionary II’ permettent de revenir vers des univers avec lesquels les auditeurs sont probablement un peu plus familiers, sans pour autant totalement rentrer dans le moule. Si les compositions voyagent sur des océans mystérieux et surprenants, la forme de l’album reste classique avec ‘Outro’, une conclusion en bonne et due forme.
« Atmosfear » est un premier album complexe tant le fourmillement d’idées sous le crâne de Tuomas Kauppinen se ressent. Certaines sont excellentes et parviennent à prendre forme et à saisir l’auditeur, d’autres sont fondamentalement de bonnes idées mais ne semblent pas réussir à s’exprimer pleinement, et d’autres enfin sont moins indispensables. Ce qui est certain c’est que ces propositions à foison perdent parfois l’attention de l’auditeur qui, s’il persiste, tombe sur des perles.