En moins de dix ans, le trio australien Faceless Burial a conquis l'underground avec son death technique hyper prenant et aux structures alambiquées. Le death de Faceless Burial n'est pas facile d'approche, il n'est définitivement pas pour le monde, il demandera plusieurs écoutes attentives pour commencer à comprendre ce qu'il se passe. Le précédent album "Speciation" fit grand bruit à sa sortie en 2020, tant l'album montrait un groupe confiant dans ses capacités qui délivra une œuvre magistrale en tout point. Et bien, ce "At the Foothills of Deliration" est de la même trempe si ce n'est un cran supérieur !
De prime abord, la musique du groupe paraît très impersonnelle et dénuée de toute sensation, tant le chaos qui y règne et l'évidente imperméabilité des morceaux est frappante. L'aspect hyper mouvant et déconstruit des morceaux est perturbant et on se retrouve à étouffer par ce flots incessants de riffs et de changement de signature chaotique. "Equipoise Recast", la première piste, illustre très bien ce chaos mouvant.
Cet album, comme les précédents, est un véritable maelstrom d'une immensité gargantuesque qui terrifie aux premières écoutes. Mais au fur et à mesure, on commence à mieux comprendre ce qu'il se passe, percevoir les structures de chaque morceau et prendre un pied monumental tant le travail accompli est phénoménal. Niveau technique, les gars sont de véritables bêtes, le jeu est chirurgical. Les riffs sont d'une versatilité fantastique, d'une créative folle et le tout s'enchaîne avec un naturel déconcertant. Malgré un rythme très soutenu et des riffs particulièrement alambiqués, le groove n'est pas mis sur la touche, au contraire, il est omniprésent. C'est difficilement perceptible aux premières écoutes mais à la longue cela devient indéniable. La cavalcade que nous propose le début de "Redivivus Through Vaticination" est proprement fantastique ou encore "Equipoise Recast" dans son ensemble est une leçon de groove en tout point. Tout l'album est infusé de ce groove si particulier et ravageur.
Oui l'album est punitif par certains de ses aspects mais il sait aussi récompenser les auditeurs les plus attentifs, avec de délicieux passages placés juste parfaitement et qui démontrent le talent d'écriture des australiens. Je pense notamment au solo de "Equipoise Recast", qui permet de recadrer le tout après un début tout en puissance. Ou encore le fantastique solo de fin de "Redivivus Through Vaticination". Mais il n'y a pas que les solos, il y a aussi les quelques passages mid-tempo qui atomisent tout sur leur passages, je pense notamment au très étouffant sur "A Mire of Penitence" qui me rappelle énormément le dernier Disentomb "A Decaying Light". Ou encore la fin absolument dantesque de "From the Bastion to the Pit". Et le très ambient "Haruspex At The Foothills of Deliration" permet de ralentir la cadence folle des quatre premiers morceaux et de nous préparer au grand final. Bref, cet album regorge de passages grandioses si tant est qu'on se concentre un minimum sur l'écoute.
C'est très simple, je n'ai absolument aucune remarque négative sur cet album. Des morceaux de hautes volées, d'une créativité sans égale et servis par un mix sonore typé old-school tout en relief et brutalité sans pour autant tirer sur le côté "nostalgique" que peut avoir la scène death old-school par moment. "At the Foothills of Deliration" est l'album le plus abouti des australiens à ce jour, et inscrit définitivement le trio parmi les groupes de death les plus intéressants du moment.