Nick Di Salvo est le genre de personne pour qui l’ennui et l’inactivité sont l’ennemi ultime. En effet, comment expliquer la boulimie de projet dont le bonhomme fait régulièrement preuve depuis quelques temps ? A moins que notre berlinois d’adoption ne soit la victime consentante d’un effet « boule de neige » ?
Le fait est que, non content d’être au commande de l’emballant combo bostonien stoner/psyche/prog ELDER (lequel récolte actuellement les fruits de son travail en assurant la première partie de la tournée US de TOOL), décide-t-il de profiter de son installation dans la bouillonnante (culturellement parlant, s’entend) capitale allemande pour développer un second projet, DELVING (nous y reviendrons…). Le COVID passant par là, Nick tue le temps en profitant d’une résidence commune avec le trio de bûcherons franco-teuton KADAVAR, pour accoucher du pépital « A Story of Darkness and Light ». Devant un plat aussi copieux, l’ami Nick aurait pu s’arrêter là.
Sauf que non, le destin s’en mêle alors, par le truchement d’un collègue de travail, en l’occurrence Ingwer Boysen. Celui-ci, qui a épaulé DELVING en concert, propose à Nick et Michael Risberg, l’autre épée de ELDER, d’occuper l’hiver en relevant pour le plaisir le défi d’écrire et enregistrer un album en…une semaine !
« Chiche ! » répondent en chœur les américains. Et c’est ainsi que, épaulés par Ben Lubin, un britannique lui aussi basé à Berlin, le trio devenu quartet s’enferme dans un studio pour s’atteler à la tâche.
« Assemblage » est le résultat de cette résidence, constitué de quatre pistes faites pour ceux que le rock psyche, le krautrock, et les années 70 font réver.
La durée des morceaux purement instrumentaux, en dehors des standards radio, oscille entre un peu moins de 6 minutes et le tutoiement du quart d’heure. Curieusement, Nick Di Salvo délaisse la six-corde pour assurer le poste de batteur, montrant ainsi sa maîtrise des rythmiques alambiquées. On s’attardera à ce sujet sur la pulsation déstabilisante de « Entzündent », et plus globalement sur la capacité de Di Salvo à introduire des surprises par le biais d’anticipations et autres décalages d’accent, maintenant constamment l’intérêt de l’auditeur pour une musique de transe, dont les mantras mélodico-harmoniques pourraient lasser sinon.
Les influences et l’orientation résolument prog’70 se ressentent dans les sonorités définitivement Vintage et organiques adoptées, y compris pour les sons de claviers. On pense à l’âge d’or du Pink Floyd, mais aussi (situation géographique oblige) au Kraftwerk façon « Autobahn ». Les distortions puissantes, coutumière dans le cadre de ELDER, sont ici mises au repos, les six-cordes étant exploitées en son clair (bien que magnifiées par une utilisation judicieuse d’effets mis au service de la musicalité).
Plus qu’un One Shot, ce projet, considéré par Nick Di Salvo comme un véritable groupe, propose une musique emballante, dans la lignée de ce qu’il a produit avec ELDOVAR, le chant en moins. C’est évidemment pas banal (le rock prog se permet des chemins de traverse, une originalité inaccessible à d’autres genres), très beau, et cet album offre un joli voyage à travers les paysages musicaux issus d’une époque bénie en terme de musique.