Dès les premières mesures de 'Phobia', on sent ce désir de reconnexion, comme si chaque frappe de caisse claire rebâtissait un pont entre scène et auditeur. La section rythmique, affûtée comme un scalpel, impose une cadence qui ne cille jamais: précision métronomique, groove souterrain, richesse de détails qui se dévoilent au fil des écoutes.
'Destroy After Use' enfonce le clou, riffs et textures s’imbriquant dans une mécanique qui refuse la routine: faux départs, ruptures sèches, relances fulgurantes. 'Behind Anger' joue la tension en funambule: voix contenue, lignes de basse au bord de la rupture, déflagrations soudaines qui ouvrent des panoramas plus vastes qu’il n’y paraît.
Au cœur du disque, 'Wet and Burning' porte bien son nom: moiteur des chœurs, friction des guitares et des machines, chaleur qui ondule puis s’embrase dans un final incandescent. Tout ici respire l’expérience: le combo sait exactement quand lâcher du lest, quand resserrer l’étau, comment tenir l’oreille en éveil sans céder à la surenchère.
'War Around Us' referme l’EP comme une sirène sur le port: urgence, échos métalliques, battements obstinés qui laissent une vibration longtemps après la dernière note. Pas de remplissage, pas de temps mort, aucune zone grise: chaque élément sert l’impact global, chaque micro-variation entretient la surprise.
On ressort avec l’envie d’y replonger, tant les couches se superposent — contre-chants discrets, breaks feutrés, arrangements au millimètre — et révèlent, écoute après écoute, un travail d’orfèvre au service d’une énergie résolument contagieuse. Marseille, sel aux lèvres et bitume chaud, a trouvé ici un EP à sa mesure: frontal, vivant, inusable.