Dyecrest nous vient tout droit de Finlande avec un nouvel album, « Are You Not Entertained ». Officiellement formé en 2001, le groupe se démarque en finissant second lors du concours Young Metal Gods de 2003, obtenant un contrat avec Noise Records/Sanctuary qui donnera naissance à l'album « The Way Of Pain » un an plus tard. Après « This Is My World » en 2005, le groupe fait une pause jusqu'en 2013, voyons si elle leur a été bénéfique.
Le moins qu'on puisse dire c'est que « Fading-Reaching » donne le ton : clavier dynamique, guitares lourdes, batterie puissante et enfin, une ligne de chant à la technique relativement classique pour le genre mais techniquement très propre et au timbre agréable ! Dyecrest part très bien avec ce premier titre et on se laisse emporter sans peine dans l'univers du groupe. La basse de Jukka Matilainen fait ponctuellement de belles apparitions, apportant davantage de relief à la composition, déjà assez chargée. « Red Alert » donne un peu plus de place aux choeurs, pour un effet de masse des plus réussi. Les voix se superposent et se mêlent en une belle harmonie, sans cesse mouvante, et qui répond à la ligne instrumentale, plus agressive. Mikael Salo assure de belles envolées dans les aigus et tient le rôle de maître de cérémonie, guidant le groupe comme les choristes d'une main experte. L'ouverture est plus sombre, lente et presque mélancolique sur « The Stage Is Set ». Le côté baroque et surchargé des compositions s'estompe au profit d'une écriture plus légère qui met en avant la mélodie vocale et les guitares d'Henri Arola et Matti Pasanen, sur une batterie pleine de fougue. Le passage instrumental constitue un solo à ne pas manquer pour les amateurs ! Avec « No Fear », Dyecrest semble changer sa ligne directrice puisqu'on alterne entre des moments sobres et presque apaisés et d'autres, bien plus complexes et lourds où plusieurs hauteurs de voix se mélangent au riff de guitare.
Les choeurs qui annoncent « First Born Angel » on quelque chose de quasi-religieux et, dans le riff de guitare qui arrive ensuite, certains pourraient presque retrouver des influences de groupes comme Galneryus. Voix et guitare lead occupent le rôle principal dans un morceau excessivement mélodique où clavier et batterie se muent en soutiens de poids. Dyecrest donne ici l'impression de revenir vers des chemins plus habituels, mais jamais déplaisants. On aurait pu s'en douter, « Breaking News » est une sorte d'interlude qui prend la forme de l'enregistrement vocal de ce qui ressemble à un journal télévisé à propos de l'intervention des forces spéciales dans un bâtiment occupé par des terroristes. Et « Are You Entertained? » prend la relève avec une basse trépidante et qui donne une furieuse envie d'agiter la tête. La voix prend également davantage d'ampleur pour rivaliser avec la puissance de la ligne rythmique à laquelle la batterie de Niko Takala confère un certain mordant. La folie semble gagner le groupe alors que le morceau avance, poussant chaque musicien dans ses retranchements, nous entraînant dans une spirale sans fin. « Where The Light Was Born » est parfois assez surprenant du point de vue de la composition avec des passages en duo voix/rythmique, mais la patte de Dyecrest n'est jamais loin et la chanson n'est finalement pas si originale qu'on aurait pu le souhaiter. Ce qui fait le plus cruellement défaut à cet album, c'est la diversité puisque les morceaux restent presque tous dans le même style, sur le même mode de composition.
Et ce n'est pas avec « For The Better (They Will Die) » que je vais changer d'avis, bien que je reconnaisse que le titre soit parfois plus épique que les précédents morceaux. Malgré un bon riff de guitare, l'ensemble aurait pu être affiné mélodiquement. « Devil Dance » permet à Dyecrest de revenir vers quelque chose de très mélodique en ce qui concerne les guitares, mais aussi de bien plus lourds et entêtants pour la basse et la batterie, et c'est bien ce contraste saisissant qui fait l'intérêt de la chanson. Mikael Salo se permet également quelques libertés vocales, flirtant parfois avec le Rock. Une vois féminine de toute beauté et pleine de douceur fait son apparition sur « Nuku Vaan », et je suis heureuse de dire que le groupe propose enfin un morceau vraiment en rupture avec le reste de l'album, une surprise des plus agréables et qui fait chaud au coeur tant il est aisé de se laisser bercer parce cette invitation à l'apaisement. Il semble presque qu'Alice soit sortie du Pays des Merveilles pour nous transmettre cette vague de tendresse. Changement progressif d'atmosphère avec « Winterblood », dans la plus pure lignée du Power/Heavy épique et majestueux ! Les codes y sont tous repris pour notre plus grand bonheur. Et cet album s'achève dans la délicatesse instrumentale de « The Time Has come ».
« Are You Not Entertained » s'avère être un album assez entraînant, épique, musicalement de très bonne qualité et propre. Si on peut regretter un manque d'originalité parfois, Dyecrest reste fidèle à lui-même et les fans ne seront pas déçus !