Avec ce 4ème opus, Akroma nous offre un album fabuleux de Black Opéra, apportant par cette audace, un véritable halo lumineux dans le monde musical ténébreux.
Akroma nous vient de Nancy, pays de Karne, et se définit comme étant un « projet » plutôt qu'un véritable groupe.
Au Diable leur tentative de marquage identitaire !!! C'est bien sur l'énergie qui se dégage de leur union particulière que je vais me pencher.
Notons aussi la pérennité dudit projet qui capitalise déjà 15 années d'ancienneté pour les 2 locomotives qui en portent toujours l'étendard ;
le guitariste et chef d'orchestre, Matthieu Morand ainsi que le hurleur/Growleur, Alain Germonville.
Akroma possède aussi une énorme particularité, celle de construire son oeuvre musicale autour des livres sacrés que sont l'Ancien et le Nouveau Testament.
Nous ne sommes pas dans une logique blasphématoire avec nos amis mais plutôt dans une légère transmutation de quelques textes qui se chargèrent soit de véhiculer sur nos tristes civilisations Chrétiennes de grandes peurs en cas d'incroyance, soit d'agir sur nos propres culpabilités.
Nous n'allons pas évoquer les changements de line-up opérés au gré des 3 premiers albums, insistant surtout sur la présence d'une véritable qualité musicale sur le second « Seth » sorti en 2009 et sur la 3ème galette « La Cène », un peu plus mordant encore mais toujours aussi riche.
Et voilà que nos joyeux sires remettent le couvert, se penchant cette fois sur l'Evangile de Saint-Jean, auteur assez ésotérique évoquant quelques phrases masquant mal les liens puissants avec quelques règles régissant le monde du vivant. Saint-Jean surtout connu à travers son apocalypse.
Notons au passage les douteuses prédications qui annonçaient ce méga clash en 2016, la fin de toute chose suite à la 3ème guerre mondiale.
Rassurez-vous, la version a changé, cette fois, ce sera un envahissement par les Russes en juin 2017 et la guerre avec nos confrères des pays Occidentaux en été. Histoire de nous donner un plus long répit, j'ai trouvé traces d'une grande prédicatrice Bulgare évoquant la fin de la planète en 5 028, ce qui nous laisse encore de beaux jours devant nous, vous en conviendrez, et sans doute l'honneur d'encore découvrir quelques plantureux albums de Métal.
Plus sérieusement, entrons dans cette oeuvre nouvelle, toujours portée par notre duo infernal qui s'est enrichi de Pierre-Yves Martin à la basse et d'une chanteuse sortant de l'ordinaire, j'ai nommé Laura Kimpe.
Ben Morbid, et la batterie ?
Que voilà une pertinente question.
C'est dans l'amitié que nourrit Alain avec un compatriote Belge que se trouve la réponse.
Voyez-vous, c'est Dirk Verbeuren qui s'est tout naturellement proposé, s'ennuyant sans doute un peu dans ses groupes Megadeth, Bent Sea, Cadaver, Freya, Phase I,…. mais aussi…j'arrête là, la liste est longue et j'ai des crampes aux doigts.
Je souhaite aussi évoquer la présence sur cet album d'un claviériste que j'apprécie énormément qui est venu jouer quelques partitions enchanteresses de piano, Monsieur Shuguang Li (Oui, oui, celui qui sévit chez les Thrasheux Nancéens d'Elvaron).
Sur le papier, le line-up nous apparaît séduisant.
N'est-ce là qu'une idée ?
« Kyrie » ouvre le bal des damnés, partant d'emblée dans un espace bien Heavy épique.
Oups, Alain nous pousse une gueulante en cri suraigu que ne renierait point Dani Filth !!! Au risque chez les profanes en « Akromathrépie » de provoquer leur grande surprise…mais accrochez-vous, ce chant prend tout son sens dans l'harmonie avec l'ambiance musicale qui s'esquissera à vous progressivement.
Le splendide timbre prenant de Laura s'en vient vous donner de la douceur, de la profondeur, de la spiritualité, le tout en langue Latine, s'il vous plaît !
Le riffing guitaristique est génial, le jeu de basse suit avec fluidité, parfaitement synchronisé dans l'ensemble. Les claviers sont divins. Et ce batteur, bon sang, ça blaste, ça bastonne (Autrement que dans Megadeth, hi hi hi). Dans un véritable registre de Black Opéra, les chanteurs procèdent à de véritables joutes vocales.
S'ensuit « Offertorium », qui reste dans la course rythmique effrénée, laissant passer une forte aura que l'on trouve chez les géniaux Bataves de « Carach Angren ». Ils se font plaisir nos artistes et ça se sent. C'est un pur bonheur. A ce sujet, je soupçonne fortement les membres de se démarquer de leurs confrères Blackeux athées, lucifériens, paganistes, nihilistes et agnostiques par une petite présence d'essence « Déiste » qui suinte dans ce qu'ils dégagent. Ceci dit, dans ma bouche, ce mot n'est point insulte ni même péjoratif car cela n'exclut en rien la légitimité de siéger dans le monde du Black. Ce sentiment est étayé par la luminosité d'ensemble, consolidée par la magie lyrique de Laura, s'unissant à merveille avec l'atmosphère haute en couleur des musiciens. Ils oxygènent véritablement nos neurones.
Sur la 3ème piste, « Sanctus », nous poursuivons l'ode « requiemesque » montrant une symphonie bien travaillée comme le faisait si bien jadis, « Anorexia Nervosa ». Sans méchanceté, nous trouvons ici un rythme bien plus soutenu que chez nos stars de « Dimmu Borgir ».
Nos Français ne semblent pas avoir besoin d'un orchestre symphonique pour faire circuler leur égrégore musical très typé. A ce moment d'écoute, vous comprenez que l'album est addictif, il vous mène la danse.
« Agnus Dei » débute dans une chambre Séraphine, avec quelques choeurs naturels et synthétiques qui envoûtent pour mieux vous lâcher dans la haute vitesse qui n'est point de croisière mais bien d'attaque. Nous restons dans le même cadre, avec des passages plus calmes, éthérés et appuyés par quelques délicates notes de piano. Alain prend du recul, hélant de loin, l'auditeur déjà fortement accroché à ce missile reptilien qui s'insinue sans finesse dans votre sphère proxémique mais sans vous mordre.
Notre contemplation se poursuit avec « Lux Aeterna », cette fois guidé par le timbre volontairement tremblant de Laura qui vous trifouille l'âme.
Musicalement, nous gardons l'excellent cap de la belle homogénéité. Alain joue de plus en plus sur les registres vocaux, se portant là volontairement dans une position déjantée mais sans décalage de l'ensemble. Le jeu de synthé se montre plus mélancolique, porteuse d'une idyllique mélodie.
Et puis, c'est le coup de coeur sur cette 6ème piste « In Paradisum » qui évolue cahin-caha vers un final majestueux, apothéotique.
Le riff de guitare est accrocheur, la dimension épique se retrouve grandement mise à l'honneur, boostée par un clavier virevoltant, que ne parvient pas à troubler la dynamique progressive. Le chant Death est plus prédominant cette fois et se trouve balisé par ces cris uniques dynamisant.
Dans la 4ème minute, le piano nous berce dans un calme Olympien, sous la voix de miel de Laura que tentent vainement d'agiter les petits cris saccadés d'Alain. Et dans la 6ème minute, ce même Alain verse dans une magistrale complainte congruente, offrant là une fin de toute beauté tant il y a parfaite osmose avec les claviers qui vous transpercent la carapace. Ce titre est à inscrire au panthéon des pures merveilles de l'art noir.
Cet album est non seulement convainquant mais il m'apparaît comme étant un sommet dans la production d'Akroma.
Les puristes du dur, du sérieux, du méchant et les anti-mélodistes pourraient aussi y trouver des aspects intéressants tandis que les passionnés du Black flirtant avec tous les univers spécifiques trouveront ici forte stimulation.
Nul n'en sortira indemne car c'est Akroma qui se montre le bras armé de l'apocalypse ultime, mais un apocalypse bien jouissif !!!.
En conclusion, avec « Apocalypse [Requiem] », Akroma atteint un sommet dans sa créativité musicale, proposant un son superbe, une architecture somptueuse dans la construction d'un univers musical qui bien que parfois dans le second degré, apporte une véritable bouffée d'oxygène.
Cet album est de toute beauté et totalement captivant du début à la fin.
Par contre, je peste, je rage sur nos chers amis qui ont eu le culot de nous priver d'un 7ème titre, commettant là un véritable sacrilège au vu de la qualité de ce 4ème opus qui risque bien de graver quelques mémoires.
Si vous ne connaissez pas ces braves démons, je vous renvoie à l'interview bien sympathique réalisée par United Rock Nations : https://www.unitedrocknations.com/interviews-akroma-linterview-video-promo-de-apocalypse-requiem-337