Quand Sonny Vincent, fondateur des Testors et figure quasi-mythologique du punk new-yorkais originel, décide de s'associer à Bobby Liebling — chanteur de Pentagram, l'un des pères fondateurs du doom metal américain —, on peut légitimement se demander ce que ça va produire. La réponse s'appelle The Limit, et ''Another Drop'', second album du groupe sorti le 31 juillet 2026 chez Silver Lining Music, constitue leur déclaration la plus aboutie à ce jour.
On notera d'ailleurs que le groupe avait déjà sorti un premier effort ensemble, ce qui place ''Another Drop'' dans la continuité directe d'une chimie déjà éprouvée. Le line-up est dense : aux deux locomotives Sonny Vincent (guitare, chant) et Bobby Liebling (chant) s'ajoutent Alex Schwers (batterie, Slime), Hugo Conim (guitare, Dawnrider), Dee Dammers (guitare, ex-U.D.O./Dirkschneider) et Alex Farrar (basse). Une belle brochette de vétérans que personne n'a envie de contrarier.
Quinze titres enregistrés sans fioritures, sans tricheries de studio, avec une énergie qui ressemble moins à une construction qu'à une libération. Vincent l'a dit sans détour : "Nous sommes un groupe qui fonctionne à l'instinct pur. Pas de formule. Pas de plan calculé." Et ça s'entend dès la première seconde.
'Another Drop of Blood' ouvre le disque avec une menace punk-rock clairement affichée — guitare en avant, Liebling qui phrase avec ce mélange unique de grognement, de confession et d'avertissement qui le rend immédiatement reconnaissable. 'Don't Say Try' porte en trois mots toute l'éthique du groupe : pas de tentatives, pas d'hésitations, juste le faire. L'urgence y rappelle Motörhead dans ses meilleurs jours de concision.
'Reverb in My Soul' est un manifeste en deux minutes, ce qui résume bien la philosophie de l'album : tout droit, tout vite, tout vrai. 'Know Your Indecision' enfonce le clou. 'Over a Cliff' est peut-être le sommet du disque : toujours sur le fil de l'effondrement sans jamais basculer, avec cette sensation d'adrénaline permanente qui caractérise les meilleures chansons de hard rock à la frontière du punk.
'Cause of Mystery' et son influence Stooges/Iggy Pop nous séduit tout comme 'Sidetracked' qui nous rappelle l'explosion punk propre à The Adicts. 'Fall Down, Get Up' ralentit délibérément le tempo pour devenir encore plus oppressant. 'Panzer' arrive avec un refrain-avertissement — "Keep walking by" — qui sonne moins comme un conseil que comme une menace à peine voilée. 'Tryptophan', et 'Unchained', conclusion ultime portée par Liebling au sommet de ses moyens, ferment le disque avec l'élégance des gens qui ne font pas de concessions.
''Another Drop'' ne cherche pas à plaire à tout le monde. Il ne cherche même pas à plaire. Il cherche à exister pleinement — bruyamment, honnêtement, sans compromis. Et c'est précisément cette absence de calcul qui en fait l'un des disques rock les plus vivants de l'été 2026.