Le premier morceau d’Anosognosia ne s’écoute pas, il se subit. Ou plutôt, il s'encaisse. C’est un hurlement de douleur, brut et sincère, une déchirure sonore qui vous emporte sans ménagement. Une entame viscérale, violente, presque dérangeante tant elle sonne vrai, comme si le duo Korsakov ouvrait la plaie à vif pour y plonger notre tête sans avertissement. Et pourtant, quel régal, au sens presque sadique du terme. Car derrière cette première claque, Anosognosia révèle un disque d’une richesse étonnante, méticuleux, ambitieux et profondément habité. Korsakov ne s’inscrit pas dans la vague du black metal recyclé et lo-fi, ici on parle de black atmosphérique moderne, sculpté à la main et enregistré avec une précision chirurgicale. Le son est net, profond, texturé. Fini les prises crasseuses et les hurlements noyés dans la reverb : Korsakov prouve que le black metal peut aujourd’hui sonner puissant et limpide, sans rien perdre de sa noirceur.
On est frappé par la dualité maîtrisée de ce duo, capable de faire cohabiter violence technique et douceur nostalgique sans sombrer dans la caricature post-metal. Mention spéciale au troisième morceau, surprenant, déroutant, audacieux : l’intro s’amorce comme une instru trap/emo, quelque part entre Ghostemane et Lil Peep, avec un beat éthéré et mélancolique qui vous ferait presque douter de ce que vous écoutez. Puis le blast reprend, sec, épuré, presque salvateur, comme si le groupe nous rappelait d’un coup : « Tu es toujours dans notre monde, ne t’habitue pas au confort ». En 2025, peu de groupes peuvent se targuer d’offrir une telle intensité sans céder à la grandiloquence. Korsakov y parvient et avec une vraie vision.