'Anger Box'' réussit son pari : resserrer l’écriture, muscler les guitares, laisser filer l’électronique en sous-main pour un disque qui cogne et danse à la fois.
Troisième salve et nouveau virage pour Great Panic Roger, alias le Dijonnais Arnaud Tock, qui serre le poing et l’esthétique : guitares au premier plan, frappe sans fioritures, synthés gardés en tension – moins voyants, plus perfusés à l’adrénaline. L’ADN post-punk / electro-noise du projet reste bien là, mais l’option prise est claire : sueur de plateau live plutôt que textures de labo. On doit aussi ce coup de fouet au trio de production : Peter Deimel (prise au Black Box d’Angers), Christophe Hogommat (mix) et Thibault Chaumont (master).
L’EP aligne cinq titres (Disappointed / Get Back On My Feet / Good To Be Here / Rose / Stuck) pour un format court et rentre-dedans. Sur'Disappointed', single lâché fin octobre, GPR ouvre l’éventail par le versant abrasif : rythmique en charge frontale, guitare hachée menu, chant en craie sèche – le morceau taille dans le vif et assume la colère sans poser l’attitude. Le clip de Corentin Renoult capture d’ailleurs bien cette urgence.
'Get Back On My Feet' renverse aussitôt la table : pattern de batterie quasi-dancefloor, basse qui rebondit et synthés qui alternent pulsations techno et hypnose kraut. On n’est jamais loin d’un Soulwax passé au papier de verre, mais la chanson garde l’arête post-punk au lieu de glisser dans l’hédonisme pur.
Au centre, 'Good To Be Here' (clairement notre titre préféré !) fait trait d’union : mélodie vindicative, efficacité immédiate, break qui aère juste ce qu’il faut avant le dernier sprint. Sorti en éclaireur en septembre, le titre donnait déjà la boussole : un croisement baston/bamboche qui invite autant au pogo qu’au déhanché.
'Rose' penche plus franchement côté électronique style jeu vidéo des années 90 : les synthés coulent en nappes sombres sous les guitares, comme une lumière au néon filtrée par la fumée – le chant baisse d’un ton, plus nonchalant sans perdre l’acide. Et 'Stuck', final en crescendo inquiétant, resserre l’étau : un motif qui tourne, la caisse claire qui se durcit, puis la décharge – cut net, pas de débord, rideau.
Côté texte, Tock crache la colère, mais évite l’agit-prop. Il met à nu des obsessions très personnelles – déraillements, harcèlement, mais aussi un fil d’optimisme qui remonte toujours à la surface.
Au global, ''Anger Box'' réussit son pari : resserrer l’écriture, muscler les guitares, laisser filer l’électronique en sous-main pour un disque qui cogne et danse à la fois. Si vous suivez la scène post-punk francophone où s’entrechoquent les tensions d’IDLES, la scansion d’un Shame ou les pulsions club d’un Soulwax, vous devriez trouver ici un format court très efficace – taillé pour la scène, mais soigné dans ses équilibres de son.