C’est désormais établi et acquis : Nick Di Salvo est un hyperactif! Non content de mener brillamment depuis 2006 la barque du trio bostonien devenu quartet semi-berlinois (le quidam et une partie de ses effectifs sont désormais établis dans la capitale allemande, et le batteur Georg Edert, qui a remplacé le membre fondateur Matt Couto, est natif du pays), le multi instrumentiste diversifie depuis quelques temps sa production dans plusieurs formations.
Profitant de la pandémie pour stimuler mutuellement la créativité de son combo principal avec le trio KADAVAR pour donner naissance à un chouette moment vintage dénommé ELDOVAR, celui-ci en vient plus récemment à lancer le projet WEITE avec trois autres musiciens basés également en Allemagne. L’idée originelle est alors de relever le challenge d’écrire un album complet en une semaine. Le -joli- résultat est chroniqué dans les colonnes de votre webzine préféré, le micro-moteur de recherche du site est votre ami à ce sujet.
C’est la boulimie de création de notre héros qui est à l’origine du présent groupe (même s’il s’agit à la base d’un projet solo). Ayant constitué une quantité conséquente de compositions qui ne cadraient pas – selon lui, nous y reviendrons - avec l’univers de sa formation principale, la pandémie offre à Nick l’opportunité (puisque pas la possibilité de tourner) de mettre en œuvre sa maîtrise des principaux instruments rock (guitariste, Nick est également batteur et joue d’un peu de claviers) pour accoucher d’un premier recueil sous la bannière DELVING (« Hirschbrunnen » sorti en 2021).
Fort de ce premier jet, et incapable de réfréner sa production, le bostono-berlinois réitère ici l’expérience avec « All Paths Diverge ». Et le fait est que notre homme a bien fait de persévérer. Car curieusement (voir plus haut, le projet est né de compositions considérées incompatibles avec ELDER), l’on retrouve ce qui fait le sel de la formation principale du gazier. L’on est face à ces constructions sortant des sentiers battus, à base de successions de thèmes hypnotiques, cassant le schéma rebattu couplets-refrains. Chacun mis bout à bout vient prendre part à un tableau constitué d’une foule de détails que l’auditeur se plaît à découvrir. Nick Di Salvo, bien que se disant modeste batteur, montre également – comme dans chacun de ses travaux - sa maîtrise des motifs rythmiques, refusant le dogme du 4/4 trop évident. Son aire de jeu à lui, est faite d’anticipations, de décalages, de pulsations entremélées qui viennent titiller sans cesse l’auditeur (« Chain of Mind », exemple parfait, mais aussi « Zodiak » dans une moindre mesure). La complexité -attention, il ne s’agit pas ici de confondre avec la complication – rend quasi inutile la moindre ligne de chant. Le style de musique joué ici incite plus à l’écoute des sensations-émotions générée par la musique ,qu’à celle des mots.
L’ami Nick est par ailleurs, comme pour le reste de sa production, attaché aux sonorités vintage et organiques. Certains passages vous ramènent aux grandes heures du rock progressif façon « Yes », lorsque d’autres rappellent par certains motifs ou arrangement une matière plus « Elderienne » (la conclusion d’ « Omnipresence », mais aussi les arpèges sous delay de « The Ascetic »). Enfin, les passages les plus ambient auraient très bien pu faire bonne figure sur un des premiers albums de Jean-Michel Jarre…quand il ne s’agit pas d’évoquer Kraftwerk. Les détails de production fourmillent (ce jeu de panoramique stéréo sur « Zodiak », le gros morceau de l’album) et achèvent de convaincre tout un chacun que « All Paths Diverge » n’est pas juste le résultat d’un trop plein de compositions constituées de déchets d’autres albums.
Car c’est bien à l’un des disques les plus essentiels de cette année auquel on fait face aujourd’hui. Du genre à remuer l’auditeur au plus profond, à l’emmener dans un endroit pour lequel l’adjectif « magnifique » a été inventé, qu’on se plaît à contempler et où l’on se sent bien. Ne cherchez pas dans cette chronique une fidèle restitution de l’expérience auditive qui vous est ici offerte. Vivez-là tout simplement, c’est le plus beau cadeau que vous puissiez vous faire.