Le 7 juillet 2024, une semaine après son passage au Hellfest suivi de deux dates en Italie, Queens of the Stone Age fait une halte à Paris - dans le plus grand secret - pour donner (le jour suivant) un concert que l’on peut qualifier de particulier à bien des égards. D’abord, les musiciens ont choisi de se produire … dans les Catacombes de la capitale française. Ensuite, accompagnée d’une équipe technique et avec le soutien de la société de production La Blogothèque (on imagine les démarches/autorisations nécessaires à obtenir pour cette entreprise singulière), le groupe a décidé d’immortaliser ladite performance en audio et vidéo (avec un documentaire en prime).
Enfin, pour que Josh Homme puisse subir une « intervention chirurgicale urgente » (liée à son cancer de la gorge diagnostiqué en 2022), le combo doit impérativement repartir aux États-Unis dès le lendemain (les shows prévus jusqu’à la fin 2024 ayant déjà été annulés ou reportés). Ce projet de gig atypique dans ce gigantesque réseau de tunnels (qui s'étend sur 350 km), Josh y songeait depuis vingt ans (sa visite d’alors dans ces sous-sols avait fait naître en lui le désir d’y jouer ses chansons).
Ce présent « Alive in the Catacombs » est donc le rendu de ce voyage dans ces anciennes carrières de pierre calcaire devenues ossuaires monumentaux. Il est évident qu’évoluer en ces lieux n’est pas sans contraintes : Absence d’électricité, difficultés d’accès pour le matériel, peu de lumière, interdiction de toucher quoi que ce soit. Dès lors, ici, point de grattes électriques, ni de micros, amplis, ou batterie. Cela étant dit, ces restrictions ont poussées nos protagonistes à envisager les choses autrement.
Chacun des cinq morceaux interprétés (soit vingt-sept minutes de musique) a été capté dans une partie différente du célèbre labyrinthe souterrain de la Ville Lumière (au milieu d’une galerie étroite, dans une salle exiguë, …). Accompagnés par une section de cordes réduite (violons, violoncelle) et la petite équipe technique, les Américains ont comme « seul public » les six millions d'âmes (dont les crânes ornent les murs) reposant à vingt mètres sous la surface.
Les titres sélectionnés sont livrés dans des versions acoustiques dépouillées et réorchestrées. L’ouverture est envoûtante (le mashup 'Running Joke / Paper Machete'). On est saisi par la voix murmurée presque fantomatique de Josh ('Kalopsia', 'Villains of Circumstance', 'Suture Up Your Future'). Malgré un compte à rebours imposé très serré, et bien que marqué physiquement et moralement par ces cinq dernières années ponctuées de nombreux écueils personnels (cancer, divorce houleux avec Brody Dalle, procédures pour la garde de ses enfants, décès de ses potes Mark Lanegan et Taylor Hawkins), le natif de Joshua Tree est des plus déterminé à mener jusqu’au bout cette descente dans l'abîme.
Tel un revenant parmi les morts, le chanteur nous bouleversent avec son chant vacillant ('I Never Came'). Entre les compositions, le californien prononce quelques rares mots glaçants : « Si tu traverses l'enfer, continue ». Tout est enregistré en conditions live et « en une ou deux prises pour garder l’authenticité de l’instant présent », dixit le bassiste Michael Shuman. Connaissant l'état de santé précaire de son frontman, le praticien de la 4-cordes avoue « entendre sa douleur, et ça me tue ». Dans le presque silence de ces entrailles de Paname, prêter l'oreille à ces instruments « débranchés » résonnant dans ces dédales aux échos naturels est une expérience sonore aussi déroutante qu’émouvante.
Choisir l'une des attractions touristiques les plus effrayantes de Paris comme « scène » pour son projet n’est évidemment pas innocent de la part de Queens of the Stone Age. La symbolique est forte. Étrange, captivant et singulier, « Alive in the Catacombs » est un (trop court) moment suspendu, unique en son genre.