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Alien

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Alien

Un disque fondateur, indispensable à quiconque s'intéresse de près ou de loin à l'âge d'or de l'AOR scandinave.
12 titres
AOR/Rock
Durée : 49
Sorti le 19/06/2026
26 vues
PRIDE & JOY MUSIC
Il y a des disques qu'on n'a jamais vraiment besoin de redécouvrir, tant ils n'ont jamais quitté la mémoire collective des amateurs d'AOR scandinave. L'album éponyme d'Alien fait incontestablement partie de ceux-là. Tout commence en 1986 à Gothenburg, quand le guitariste Tony Borg, déjà bien occupé comme musicien de session entre Stockholm et sa ville natale, ressent ce besoin presque viscéral de quitter la facilité du travail alimentaire pour aller chercher quelque chose de plus personnel. Avec le batteur Toby Tarrach, dont la collaboration remonte même à 1985, le claviériste Jimmy Wandroph et le bassiste Ken Sandin, le squelette du groupe prend forme assez vite. Mais c'est l'arrivée de Jim Jidhed au chant qui scelle véritablement l'identité d'Alien : une voix que Borg qualifie encore aujourd'hui d'incroyable, portée par un talent purement instinctif, sans le moindre passage par une école de musique.

Le contrat signé chez Virgin en 1987 va changer la donne. Deux singles déjà parus en Suède, 'I'll Survive' et 'Headstrong', ne trouveront finalement pas leur place sur l'album final, faute de temps disponible sur le disque. En revanche, l'arrivée de producteurs et compositeurs extérieurs va pousser le groupe à enregistrer une poignée de titres outre-Atlantique, dont une reprise destinée à devenir l'une des plus belles surprises de leur carrière : 'Only One Woman', à l'origine une composition des Bee Gees popularisée par les Marbles, suggérée par leur directeur de label chez Virgin. Arrangée et transformée en chanson Alien en à peine une journée par Borg et Jidhed, la reprise grimpera en tête des charts suédois pendant six semaines consécutives, décrochera le disque d'or et culminera aujourd'hui à plus de six millions d'écoutes sur Spotify — une réussite que le groupe lui-même reconnaît avoir accueillie avec une bonne dose de surprise sur le moment.

L'album original, sorti en Suède en 1988, compte douze titres qui dessinent les deux visages d'un même groupe : d'un côté Tony Borg et Toby Tarrach, plus ancrés dans une sensibilité seventies, de l'autre Jim Jidhed et le reste de la formation, attirés vers un versant plus poli et plus mélodique, celui qui donnera naissance à des titres comme 'Go Easy' ou à l'incontournable 'Tears Don't Put Out The Fire', monument d'AOR porté par des claviers monumentaux. Jidhed affirme encore aujourd'hui que ce titre, lorsqu'il est joué en concert, fait littéralement venir les larmes aux yeux d'une partie du public — preuve que l'alchimie entre émotion et mélodie n'a jamais pris une ride. Borg, de son côté, garde un souvenir particulier de l'enregistrement de ce morceau, sur lequel il s'est essayé à un solo de guitare très inspiré du jeu lent et habité de Gary Moore, une approche qu'il avoue ne jamais avoir réutilisée depuis. Quant à 'Brave New Love', troisième single emblématique de l'album, il connaîtra une seconde vie au cinéma en figurant sur la bande originale du film culte américain ''The Blob''.

L'histoire de cet album ne s'arrête pourtant pas à sa sortie suédoise. En 1989, la version internationale destinée au marché américain bouleverse la donne : cinq titres remixés, deux morceaux retirés ('Dying By The Golden Rule' et 'Dreamer') au profit de deux nouvelles compositions, 'The Air I Breathe' et 'Now Love', chantées par un nouveau venu, Pete Sandberg, Jidhed ayant quitté le navire après une tournée éprouvante pour se consacrer à sa vie de jeune père. Borg reconnaît aujourd'hui avoir mal mesuré, sur le moment, à quel point cette deuxième mouture représentait presque un groupe différent malgré le même nom et la même pochette. Une période de turbulence presque inévitable pour une formation portée par un label aussi puissant que Virgin, pressée de capitaliser sur un momentum qu'elle ne maîtrisait pas totalement.

Près de quatre décennies plus tard, voilà cette pièce maîtresse de l'AOR scandinave qui ressort sous la bannière Pride & Joy Music, dans un contexte où Alien n'a jamais paru aussi vivant : Borg, Jidhed et Tarrach continuent de tourner aux quatre coins du globe, viennent de sortir un disque live captant leur passage au Sweden Rock Festival, et leur dernier album studio en date, ''When Yesterday Comes Around'', renoue ouvertement avec l'esprit du tout premier disque, jusque dans son artwork qui rend hommage à celui de 1988. Un nouvel album serait même déjà dans les tuyaux. Réécouter aujourd'hui ce premier Alien, c'est donc moins se plonger dans une relique poussiéreuse que retrouver l'acte de naissance d'un groupe qui n'a, au fond, jamais vraiment cessé d'exister. Un disque fondateur, indispensable à quiconque s'intéresse de près ou de loin à l'âge d'or de l'AOR scandinave, et qui prouve, trente-huit ans après sa sortie, qu'une bonne mélodie ne s'use jamais vraiment.