Rage, institution allemande de heavy metal burné, fêtera cette année ses quarante années d’existence. Et quoi de mieux pour célébrer l’évènement qu’offrir à ses fans non pas un mais deux disques, réunis dans un superbe packaging.
La première galette, intitulée ''Afterlife'', propose 11 titres de Rage pur jus, à savoir un heavy speed puissant et mélodique. Si l’introductif 'In The Beginning', avec sa guitare sèche et ses cordes, peut surprendre, le véloce 'End Of Illusions' ne laisse planer aucun doute quant à la teneur en metal de cet opus. Qu’il soit d’obédience traditionnelle (l’entrainant 'Life Among The Ruins', 'Justice Will Be Mine' et ses harmonies de guitare), power (le très mélodique 'Toxic Waves'), thrash ('Afterlife', 'Waterwar' et sa saccade rythmique que n’aurait pas renié Anthrax), voire metalcore ('Under A Black Crown', proche de ce que peut proposer Trivium). L’accordage de certaines pièces et la mise en son donnent un côté très moderne à l’ensemble, en témoigne le dynamique 'Shadow World' au solo très coloré. Côté chant, Peavy Wagner démontre encore de belles capacités vocales et module habilement entre registre agressif et envolées mélodiques.
Ce constat est d’autant plus flagrant sur ''Lifelines'', seconde rondelle, où le metal du trio se pare d’orchestrations 46 minutes durant. Après l’entrainant 'Cold Desire', 'Root Of Our Evil' propose un up-tempo plein de groove, qui devrait fédérer les fans en configuration live. Les éléments orchestraux s’insèrent harmonieusement à la base rock et nous vient souvent à l’esprit le travail réalisé par Michael Kamen sur le ''S&M'' de Metallica ('Curse The Night'). L’occasion ici de rappeler que le combo allemand s’était déjà frotté à l’exercice symphonique via le Lingua Mortis Orchestra au milieu des années 90. Les instruments à corde sont ainsi mis en valeur sur le final d’'It’s All Too Much' et la balade 'Dying To Live', sur laquelle Peavy nous gratifie d’une très belle prestation vocale. Le morceau-titre, longue pièce de près de dix minutes, s’illustre par une structure plus élaborée et des saillies de violon qui s’accordent harmonieusement aux riffs saccadés de Jean Bormann.
Considérant la richesse (et la durée) de l’ensemble, il est déconseillé d’enchainer les deux rondelles, l’attention risquant de décroitre au fil de l’écoute, ce qui serait dommage au vu du travail fourni. Les deux galettes pouvant s’appréhender de manière indépendante, l’auditeur se fera un plaisir d’alterner les faces brute et polie d’un même joyau.