Déstabilisant au premier abord mais d’une incroyable richesse musicale, ''A Stranger To You'' saura récompenser la patience de l’auditeur au fil de ses nombreuse écoutes.
Formé en 2015 à Liverpool, Loathe pratique une musique fusionnant plusieurs styles, allant du metalcore au rock progressif, en passant par le néo metal et le shoegaze. Auteur de trois albums puisant allégrement dans tous les genres précités, les voici de retour avec ''A Stranger To You'', quatrième long format qui repousse une fois de plus les limites et risque de décontenancer les néophytes.
Après un 'Entrance' d’obédience RnB, 'Gemini' surprend par sa violence et son intensité. Entre chant hurlé, basse distordue et guitares sursaturées, ce titre pourrait être le fruit illégitime d’une étreinte passionnée entre Deftones et Meshuggah.
'Revenant' semble fait du même tonneau, avec ses riffs sous-accordés et sa pesanteur que ne renierait pas Korn. La sensation d’étouffement est toutefois atténuée par des nappes de claviers judicieusement placées en début et fin de piste.
A l’opposé du spectre, les Anglais proposent de véritables bonbons sucrés et chansons d’amour, sans pour autant tomber dans la mièvrerie ou le kitsch. Au contraire, les compositions, simples mais d’une rare efficacité, sont intelligemment construites et regorgent de feeling. En témoigne la superbe balade 'The Way It Breaks', où la sensualité du chant le dispute à l’émotion des lignes de guitares, sensations exacerbées par des arrangements au cordeau et un solo final déchirant.
De même, 'No Stranger To You' réjouira les amateurs de power-balades gorgées de reverb et d’arrangements discrets.
Entre les deux, le combo nous abreuve de chansons qui soufflent le chaud du metalcore et le froid de la pop (ou l’inverse), dans une infernale sarabande qui tient étonnamment la route, les riffs massifs se mêlant aux mélodies de manière harmonieuse ('Fortress Down' et ses intonations à la The Police, 'Harder To Pretend' et son final jazzy).
Encore une fois, le véritable atout de Loathe réside en la qualité vocale de son chanteur. D’une incroyable versatilité, le bonhomme semble à l’aise dans tous les registres, du plus extrême au plus posé. Il n’est pas sans rappeler un certain Chino Moreno, aux capacités impressionnantes elles aussi. Hurlant à s’en décrocher les amygdales sur 'Block Of Flats', il s’improvise crooner sur 'The Ladder', et envoute sur 'No Stranger To You'. Il s’offre même un slam sur l’introductif 'Entrance'. 'Harder To Pretend', titre probablement le plus accrocheur du disque, le voit enfin faire preuve d’un rare talent via des harmonies du plus bel effet.
Il faut également saluer le travail des autres musiciens, tant dans la composition que dans l’interprétation.
Claires ou saturées, les lignes de guitare sont toujours à-propos, tant dans les rugissements que dans le registre intimiste ('Meet My Maker', 'Gifted Every Strength'). La section rythmique délivre assise et puissance aux structures, entre basse grondante et parties de batterie chiadées ('Harder To Pretend').
Feisal El-Khazragi, quatre-cordiste également en charge des claviers, apporte une touche aérienne contrastant idéalement avec la lourdeur de la section metal et tisse des nappes éthérées qui invitent au voyage ('Nothing Like The Knife', 'Fangs').
Refusant la demi-mesure, ''A Stranger To You'' enchantera ou rebutera mais ne pourra laisser indifférent. Si les rétifs décrocheront au deuxième morceau, les plus persévérants risquent, au fil des écoutes, de rapidement devenir addict de cette copieuse galette aux ingrédients les plus variés.