Réécrire 'My Way' pour tirer sa révérence : l'idée avait tout du gag de fin de soirée. NOFX l'a pourtant jouée pour de vrai, le 6 octobre 2024 à San Pedro, en avant-dernier titre du dernier concert de son existence. 'We Did It Our Way' n'avait alors jamais été enregistrée ; elle referme aujourd'hui le versant chansons de ''40 Years Of Fuckin' Up: Soundtrack + Score'', compagnon officiel du documentaire sorti en salles cet été.
Le groupe avait laissé ''Double Album'' (2022) puis l'EP ''Half Album'' (2024) comme dernières traces studio, et un épilogue nettement moins festif : au lendemain du concert d'adieu, les avocats d'Eric Melvin réclamaient à Fat Mike des comptes sur quatre décennies de finances communes. Rien de cette brouille n'affleure ici. Le disque se contente d'empiler vingt-six plages, quinze de bande-son et onze de musique de film écrites par Fat Mike avec Matt Nasir, enregistrées avec orchestre.
La partie chansons n'a rien d'une compilation de plus, et c'est sa première qualité. Le principe de sélection est celui du film, pas celui du best-of : des titres pêchés un peu partout dans le catalogue, 'Drugs Are Good', 'Separation Of Church And Skate', 'Suits And Ladders' ou 'We Called It America', servent de repères chronologiques, et l'intérêt réel se concentre sur les six raretés.
La démo de 'On The Road', captée à Omaha en 1986, est le document le plus précieux du lot : la précipitation, l'approximation joyeuse, cette façon de foncer sans regarder où, tout y est déjà intact. 'Secret Society' en version démo tient le même discours avec un peu moins de chaos. La reprise de 'La Bamba' relève franchement de la blague de studio, latine, mélodique, à peine punk, et c'est exactement pour cette raison qu'elle fonctionne : une minute dix-huit de rigolade assumée, pas davantage.
'Linoleum' en public est expédié à deux cents à l'heur. 'NOFX' tient en deux minutes, un instantanés de scène plutôt qu'un véritable témoignage de la tournée d'adieu.
Restent les deux inédits, et ce sont eux qui justifient l'achat. Le morceau-titre est du NOFX de manufacture : rapide, sautillant, obsessionnel, la signature maison condensée en trois minutes et demie, aucun risque pris et aucun besoin d'en prendre. 'We Did It Our Way' joue sur un tout autre registre. Enregistrée sur scène, portée par un public qui sait qu'il assiste à une fin, elle manie une mélancolie que le groupe désamorce dans la seconde par l'autodérision, fidèle à une règle maison qui interdit le pathos. Le résultat est bancal, et c'est de loin le moment le plus émouvant du disque. La relecture acoustique de 'Punk Rock Cliche' prolonge cette veine et compte parmi les choix les plus heureux de la sélection.
Le second versant est une autre affaire. Onze pièces orchestrales qui reprennent des thèmes du répertoire pour les habiller de cordes et de cuivres : 'Type One American Errorist' et 'Herojuana In F Major' donnent la mesure de l'exercice, ample, cinématographique, à des années-lumière du son d'origine. Écoutées deux ou trois d'affilée, elles surprennent réellement, et l'on mesure ce que Fat Mike a retenu de ses détours vers la scène théâtrale. Écoutées d'une traite, c'est autre chose : la séquence casse net le rythme de l'album, les pièces se succèdent sans architecture d'ensemble, et l'on comprend vite que ces musiques ont été conçues pour se glisser sous des images, pas pour tenir seules sur une platine. Réunir le tout sur un même objet dessert les deux moitiés, qui ne se parlent jamais vraiment.
Il faut donc prendre ''40 Years Of Fuckin' Up: Soundtrack + Score'' pour ce qu'il est : un objet de fin de parcours, généreux, bordélique, imparfaitement équilibré, avec son livret photo et sa logique de coffret. Trente-huit minutes de chansons qui racontent quarante ans sans jamais se prendre au sérieux, trente-six minutes d'orchestre qui prennent tout le monde à contre-pied sans convaincre complètement. Ceux qui n'ont jamais aimé le groupe n'y trouveront aucune raison de réviser leur jugement. Les autres y entendront ce que NOFX a toujours su faire de mieux : rater les choses avec panache, et quitter la scène en souriant.