Qu'est-ce qui pousse certains réalisateurs cultes à remaker leurs propres films ?
Pour Sam Raimi (Evil Dead), c'est donner un côté plus pro à son métrage via une mise en scène chiadée et des effets spéciaux plus élaborés. Pour Georges Romero (La Nuit des morts vivants), c'est récupérer les droits d'un film tombé par erreur dans le domaine public à sa sortie. Pour Hideo Nakata (Ring) et Michael Hanneke (Funny Games), c'est toucher un public plus large et faire connaître leur œuvre au-delà de leurs frontières respectives.
À ceux qui se demandent ce que le cinéma vient faire dans cette chronique, je leur répondrai que le procédé est également avéré dans le domaine musical. Et ce ne sont pas Dokken et Locomuerte qui me contrediront, au vu de leurs dernières sorties (par ailleurs réussies). Et Sodom, dans tout ça ?
Printemps 1982, Essen, Allemagne de l’Ouest. Un local miteux perdu dans une zone industrielle voit trois adolescents massacrer leurs instruments pour graver sur bandes un thrash balbutiant, inspiré des pères fondateurs Motörhead et Venom. Trois titres sont rapidement finalisés et sortent sous forme de démo l’année suivante. Une quatrième piste apparaitra, elle, sur leur premier long format, ''Obsessed By Cruelty''.
Automne 2023, fort d’un nouveau line-up, Sodom se décide à dépoussiérer ces vieilleries et les réenregistre avec ses dernières recrues, dont le revenant Franck Blackfire à la guitare. Quid du résultat ?
Passons brièvement sur '1982', brûlot de thrash old-school déjà présent sur la compilation ''40 Years At War'', dont le remix n’apporte pas grand-chose si ce n’est un accordage plus bas, ce qui donne un peu plus de lourdeur à ce titre déjà bien heavy.
Le reste de l’EP se montre bien plus intéressant via quatre relectures plus pêchues et maitrisées mais qui ne dénaturent pas pour autant le matériau d’origine. Le chant de Tom Angelripper a toujours ce côté papier de verre, en un peu plus grave toutefois, et n’a rien perdu en agressivité, en témoigne le véloce 'Equinox'. L’influence de Venom est toujours prégnante sur l’enjoué 'Witching Metal', dont les soli ensorcelés sont enfin audibles.
L’ombre du Bombardier plane sur le punkisant 'Victims Of Death' et 'Let’s Fight In The Darkness Of Hell' permet d’apprécier le jeu de batterie métronomique du cogneur Toni Merkel.
Également derrière la console (production et mixage), ce dernier a su capturer l’essence originelle de ces reliques du passé tout en leur faisant bénéficier d’un son plus méritant.
Qu’est-ce qui pousse certains artistes à réenregistrer leurs classiques ? Pour Sodom, la nostalgie d’une époque révolue et l’amour de la musique, sans aucun doute.