Menu principal
Accueil(current) News Live Reports Interviews The Wall Chroniques Groupes Concerts

12:34

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Cinema Stereo

Classic rock, indie, new wave, rock alternatif des années 90, pop, touches psychédéliques: ''12:34'' un album insolant et envoutant !
12 titres
Rock alternatif
Durée : 43 minutes
Sorti le 02/10/2026
50 vues
Il y a parfois un décalage assez savoureux entre l’image d’un groupe et la musique qu’il produit. À regarder Cinema Stereo, trio originaire d’Orlando désormais installé à Nashville, on pourrait facilement imaginer une formation nourrie exclusivement au rock américain des seventies. Cheveux longs, attitude rock’n’roll et un goût évident pour une époque où Aerosmith, Cheap Trick ou Queen régnaient sur les platines : le décor semble planté. Sauf que ''12:34'', premier véritable album du groupe, se révèle rapidement beaucoup moins prévisible.

Derrière Cinema Stereo, on trouve Ian Rayha au chant, à la basse, aux guitares et aux claviers, Sebastian Borysek à la guitare lead et Jeffrey Lageveen à la batterie. Pour ce premier album, le trio s’est entouré du producteur Paul Moak et a investi son studio The Smoakstack à Nashville. Un choix déterminant tant la production participe à l’identité de ''12:34''. Plutôt que de chercher à enfermer le groupe dans une esthétique précise, Moak lui a laissé la possibilité d’expérimenter, d’empiler les idées et les textures. Ian Rayha explique d’ailleurs que cette liberté leur a permis de véritablement commencer à définir l’identité de Cinema Stereo.

Et c’est probablement là que réside la principale qualité de ce disque : Cinema Stereo connaît parfaitement ses classiques mais refuse de choisir une époque.

Dès les premières minutes, ''12:34'' affiche pourtant de solides fondations rock. 'Flood' et 'Over The Edge' reposent sur des guitares anguleuses, une batterie très présente et cette énergie immédiate qui rappelle que le groupe s’est largement construit sur scène. Sebastian Borysek occupe une place essentielle dans ce dispositif : ses guitares peuvent se montrer mordantes sans jamais transformer les morceaux en démonstrations techniques. Quant à Jeffrey Lageveen, il apporte au trio une dynamique permanente, notamment lorsque les compositions prennent une orientation plus nerveuse.

Mais réduire Cinema Stereo à cette dimension serait passer à côté de l’essentiel. Car derrière cette ossature très rock se glissent rapidement des éléments beaucoup plus contemporains. 'Now We Feel Special' en est une parfaite illustration : le morceau conserve le goût du groupe pour les refrains immédiats mais y ajoute une coloration indie et new wave, avec une façon de poser le chant qui évoque parfois davantage The Killers que les héros des années 70 auxquels le look du groupe pourrait faire penser.

C’est précisément ce jeu entre les générations qui rend ''12:34'' attachant. Les influences sont nombreuses – Aerosmith, Cheap Trick, Queen, The Police ou The Killers sont régulièrement cités par le groupe – mais elles ne prennent jamais totalement le dessus. Cinema Stereo pioche dans plusieurs décennies sans chercher à reproduire servilement une période particulière.

Cette volonté de ne pas rester enfermé dans un seul registre apparaît encore plus clairement lorsque l’album ralentit le tempo. 'A Moment' dévoile ainsi une facette beaucoup plus introspective. Les arrangements respirent davantage, les guitares prennent leurs distances et le groupe accepte même de laisser du vide entre les notes. Une retenue bienvenue qui permet aussi de mesurer le soin apporté à la production.

'Expectations' ramène une belle dose de puissance avec un riff massif et un refrain immédiatement mémorisable. C’est sans doute l’un des morceaux qui synthétise le mieux les deux visages du groupe : suffisamment musclé pour fonctionner comme un titre de rock pur, mais construit avec un vrai sens de la mélodie et plusieurs changements de dynamique qui l'empêchent de devenir trop linéaire. Le morceau traite par ailleurs du doute et des attentes que l’on place en soi-même, thèmes qui traversent plus largement un album consacré au passage à l’âge adulte, aux rêves, aux relations et à la recherche de sa propre direction.

À l’inverse, 'Ride To The Sun' ou 'Flowers' privilégient les mélodies et une certaine douceur. Le premier possède quelque chose du rock alternatif des années 90, tandis que le second adopte une approche beaucoup plus acoustique, presque solaire. On découvre alors que Cinema Stereo est tout aussi convaincant lorsqu’il baisse le volume. Les mélodies restent au premier plan et Ian Rayha possède surtout cette faculté de modifier son phrasé selon l’ambiance : chanteur rock frontal à certains moments, il adopte ailleurs une approche beaucoup plus indie ou presque narrative.

Puis arrive 'Lean On You', et les seventies reviennent soudain frapper à la porte. Le morceau possède ce groove décontracté et cette insouciance qui évoquent le rock américain d’une autre époque. Pourtant, là encore, la production évite soigneusement l'exercice rétro. C’est peut-être toute la réussite de ''12:34'' : donner régulièrement l’impression d’avoir déjà entendu quelque chose de familier tout en étant incapable de rattacher complètement Cinema Stereo à un groupe ou à une décennie.

'All I Want' constitue probablement l’une des surprises les plus inattendues du disque avec son groove aux accents reggae/ska qui rappelle par moments The Police. Puis les guitares reprennent leurs droits et le morceau change pratiquement de nature. Sur le papier, le mélange pourrait sembler artificiel. À l’écoute, il fonctionne avec une étonnante fluidité. C’est aussi révélateur d’un groupe qui considère visiblement les frontières stylistiques comme de simples indications plutôt que comme des règles à respecter.

'Proxima' referme ''12:34'' sur plus de cinq minutes et constitue sans doute le morceau le plus ambitieux du disque. Les claviers installent une ambiance plus sombre, la composition prend progressivement de l’ampleur et Borysek y livre quelques-unes de ses interventions les plus inspirées. Plus qu’un simple dernier morceau, 'Proxima' donne le sentiment d’aboutir quelque part après toutes les directions explorées auparavant.

''12:34'' possède une véritable progression : les morceaux énergiques côtoient les passages introspectifs, les guitares électriques répondent aux séquences acoustiques et deux courts instrumentaux servent de respirations entre les différentes étapes. C’est un disque qui gagne donc à être écouté dans son intégralité plutôt qu’en allant uniquement chercher les singles.

Pour un premier album, Cinema Stereo prend surtout beaucoup de risques. Là où nombre de jeunes formations cherchent d’abord à définir une formule facilement identifiable, le trio fait pratiquement l’inverse. Classic rock, indie, new wave, rock alternatif des années 90, pop, touches psychédéliques et même reggae : ''12:34'' se permet beaucoup de choses mais conserve suffisamment de cohérence grâce aux mélodies, au jeu de guitare de Sebastian Borysek et surtout au travail de production de Paul Moak.