Summer Live – CARACH ANGREN (In Theatrum Denonium / Denain) 

Summer Live – CARACH ANGREN (In Theatrum Denonium / Denain)

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SUMMER LIVE / Carach Angren 2020


07.03.2020


Cette année, l’absence des concerts et des festivals, bien que pressentie depuis des mois, se fait tout de même cruellement ressentir. Au fil des reports et des annulations, on s’arme de patience et on se dit pour se consoler que l’année prochaine sera d’autant plus excitante. Heureusement, grâce aux bons souvenirs des concerts passés et avec un peu d’imagination, on peut se replonger virtuellement dans l’ambiance le temps de quelques lignes. C’est justement ce qu’on vous propose cet été chez United Rock Nations avec notre série Summer Live : se remémorer et partager avec vous les concerts qui nous ont marqués !

Pour ma part j’ai choisi un concert spécial et mémorable à bien des égards : celui de Carach Angren au Théâtre Municipal de Denain, près de Valenciennes, lors de l’Acte V du festival In Theatrum Demonium organisé par Nord Forge.

Dire que je suis fan de Carach Angren est une litote des plus extrêmes : je ne manque aucun des shows du groupe depuis 2012, ne rate jamais une occasion de les interviewer, de parler et d’écrire sur eux et au fil du temps, (et surtout parce qu’ils voyaient ma tronche en permanence) j’ai fini par avoir le plaisir de devenir une connaissance, voire dans le cas de Namtar (l’ex-batteur), carrément un pote (et fier de l’être).



La principale raison pour laquelle ce concert est aussi spécial à mes yeux, c’est parce qu’il allait être l’ultime show de Namtar avec ses camarades. Namtar avait en effet annoncé son départ du groupe à peine un mois auparavant et personne ne s’attendait alors, car cela n’avait pas été annoncé, à ce qu’il assure un ultime concert. Quand j’ai reçu un message de l’intéressé sur Whatsapp me disant qu’il jouerait cette dernière date et qu’il m’invitait à venir au concert, j’ai été très agréablement surpris pensez-vous ! Nous étions alors la 1ère semaine de mars de cette année. Le concert avait lieu le 7, une semaine avant le confinement total, juste au moment où les premiers festivals étaient frappés d’annulation. Et c’est là une autre raison pour considérer ce concert comme spécial : à l’heure où j’écris ces lignes, c’est le dernier concert auquel j’ai assisté à ce jour et ce sera peut-être le dernier de 2020. On a bien cru d’ailleurs jusqu’au dernier moment que le festival serait annulé suite à ce qui était arrivé au Black Speech Fest qui devait avoir lieu le même weekend à Nantes. Carpathian Forest qui était la tête d’affiche d’In Theatrum Demonium avait décommandé au dernier moment, laissant l’association Nord Forge dont je salue ici l’extraordinaire énergie, l’accueil chaleureux et la qualité professionnelle de l’organisation, trouver un remplacement la veille !

Je prends donc la route vers le Nord avec deux amis le samedi matin, impatient de vivre cette expérience qui s’annonçait unique. J’avais vu des photos de l’intérieur du Théâtre Municipal de Denain où avait lieu le concert, un théâtre vénitien magnifique au style baroque, paré de boiseries dorées, de siège en feutre rouge, et de peintures au plafond. Quel meilleur cadre pour assister à un concert de Carach Angren, un groupe qui maîtrise aussi bien le maquillage, les costumes, le jeu d’acteur et le storytelling en général ? Il faut croire que mon fantasme de les voir un jour se produire dans un lieu à la hauteur de leur talent de mise en scène allait se réaliser.

Arrivé sur place, je reçois un message de Namtar m’indiquant de le retrouver à l’arrière du théâtre avec mes amis. Il nous reçoit très chaleureusement comme de vieux copains, et nous fait rentrer par l’entrée des artistes, alors que le groupe est encore en pleines balances. Cela faisait un moment qu’on ne s’était pas vus, la dernière fois remontait à leur concert à La Maroquinerie à Paris en juin de l’année dernière.



J’assiste donc aux premières loges au soundcheck de Bloodstains on the Captain’s Log, le titre qui clôt traditionnellement toutes les performances du groupe. Une fois les balances terminées et après avoir chargé sur son Mac les playbacks d’autres titres ajoutés le jour même à leur setlist suite à une extension de leur temps de plateau, Namtar tout sourire, serviette sur l’épaule nous rejoint en coulisses en nous demandant si nous voulons des bières !

C’est à ce moment que je rencontre plusieurs membres du staff de Nord Forge qui, levés aux aurores avec à peu près 3 heures de sommeil à leur actif, s’affairent à préparer les stands de merch, de nourriture, à aider les groupes suivant à installer leur matériel. Leur professionnalisme, attention au détail et bonne humeur sont tout simplement extraordinaires. Adorables, ils se présentent et ayant été informés par Namtar qu’on était invités nous remettent à tous les 3 des pass All Access ! On n’en demandait pas tant !

En attendant l’ouverture des portes et le début des premières parties, on se retrouve avec mes amis, incrédules, dans les loges, à boire des bières avec Namtar, à essayer de faire marcher la machine à café en échangeant des plaisanteries avec Seregor et Ardek tous les deux très sympa et que j’avais revus fin janvier lors d’une session d’écoute et d’interview de leur prochain album. Je discute avec Namtar de son départ du groupe, qu’est-ce que ça lui fait de jouer ce soir son dernier concert avec eux ? Il me répond en haussant les épaules et avec un sourire que pour lui c’est juste un autre concert, la routine. Il m’annoncera plus tard dans la soirée, sans me donner son nom, que le groupe lui a trouvé un remplaçant, un « excellent batteur » selon ses propres termes. En début de soirée je le verrai, extrêmement détendu, bavarder avec les gens, aller et venir entre la loge et les coulisses, écouter le set des autres groupes, aller se chercher une bière, en offrir une au passage, taper des pieds sur le sol, me montrer des patterns de batterie sur lequel il bosse en ce moment. Je vois alors indéniablement à quel point il est rodé par les tournées et rompu à l’exercice des concerts. Aucun échauffement, aucune préparation spécifique. Le gars est tout simplement super chill. Je suis impressionné de voir sa sérénité et sa disponibilité, pareil pour ses camarades. Ils se retrancheront toutefois tous les 4 dans leur loge individuelle quelques trois quarts d’heure avant leur set.



Les groupes se suivent. D’abord Spectrale, puis Suplhur Aeons, puis Borgne. Enfin vient le tour de Carach.
Je rejoins la fosse au premier rang, impatient mais aussi fébrile. Avant de rentrer en loge se préparer, Namtar m’avait chargé d’une mission. Sur le morceau Spectral Infantry Battalions, à un moment précis où la batterie s’arrête et où les projecteurs sont braqués sur lui, je devais me faufiler derrière la scène et prendre en photo Namtar sur le moment, à son kit avec tout le public et le théâtre complet en face de lui, dans le but entre autres d’envoyer une photo à la marque de cymbales qui le sponsorise. Mon portable allumé et actif depuis le début de la journée allait être bientôt à plat et comme il présentait des signes inquiétants de latence depuis un moment, je me demandais surtout s’il réagirait assez vite pour prendre un bon cliché.

Le concert de Carach commence sur The Sighting is a Portent of Doom tiré de Death Came Through a Phantom Ship, leur concept album sur le vaisseau fantôme du Capitaine Van Der Decken. L’accueil du public est enthousiaste. Sur General Nightmare, Seregor se déchaîne et arpente de gauche à droite la scène grandiose du Théâtre de Denain de sa démarche saccadée qui ponctue les ordres vociférés par le personnage du général sanguinaire qu’il incarne. A l’annonce du morceau suivant, The Carriage Wheel Murder, tiré de leur chef d’œuvre, Lammendam, dès que les roulements militaires de Namtar ont fini de retentir et que le riff principal explose, le pogo se déchaîne. Plus personne n’est assis, les fauteuils des premiers rangs sont désertés, le public s’est rassemblé, debout au pied de la scène. Tout en m’éclatant dans la bousculade amicale, je songe à mon objectif ! ça va bientôt être à moi de jouer !

Spectral Infantry Battalions est un morceau au tempo lourd et martial qui évoque la marche coordonnée et impitoyable de troupes revenus de l’Au-Delà pour exercer leur vengeance. Je quitte la salle pour me mettre à mon poste. Deux trois mots chuchotés à l’oreille du staff en régie scène pour leur expliquer ce que je vais faire, puis le moment arrive enfin, les cors sinistres d’Ardek laissent échapper leur dernière note retentissante, la musique se tait, le projecteur se braque sur Namtar qui va redonner le départ en même temps que Seregor.

Je prends mon élan hors des coulisses, fait une glissade façon commando pour me mettre sous le couvert des amplis et arriver derrière Namtar qui lorsqu’il me voit, prend la pose pendant les quelques secondes qui précèdent la suite du morceau, je mitraille avec mon smartphone qui fort heureusement marche immédiatement, puis le morceau repart et j’ai tout juste le temps de regagner les coulisses discrètement.



Après 2 titres du dernier album, le show de Carach se poursuit avec A Strange Presence Near The Woods et Heretic Poltergeist Phenomena, deux titres mémorables de Lammendam qui ont depuis peu opéré un retour bienvenu dans les setlists du groupe.

Sur les titres suivants, en particulier sur Bitte Tötet Mich à l’intro de batterie dévastatrice, le public laisse échapper toute son énergie. De moins en moins de personnes sont assises et le devant de la scène est de plus en plus rempli.

Enfin arrive le dernier titre, celui-là même que j’avais vu en balances. La boucle est bouclée. Je prends quelques secondes pour saisir l’importance de l’instant. C’est le dernier morceau que Namtar joue avec Carach Angren et j’ai la grande chance d’y assister. Alors, et en ayant aussi un peu la suspicion que je ne les reverrai pas avant un certain temps, tout comme les salles de concert, je décide d’en profiter au maximum ! Quand s’annoncent les mesures de fin du morceau, au break juste avant l’outro, Seregor fait signe au public de se lâcher dans le pogo et s’écrie : « Allez, la France, c’est notre dernier concert avec notre frère Namtar et votre dernière chance ! » Le morceau s’achève sur une ultime répétition de « Blood…stains on the Captain’s… Looooooooog » ponctuée par un dernier cri infernal de Seregor. Puis c’est la fin du show. Tonnerre d’applaudissements.

J’observe ensuite le show de Saor entre la salle et les coulisses où Namtar s’affaire à mettre une bière dans la main de chaque personne qu’il croise.

A la fin du concert, alors que le public quitte les lieux et qu’on s’apprête à remercier tout le monde avant d’y aller à notre tour, on tombe sur Namtar au détour d’un couloir des loges qui débouche d’une main une bouteille de Fischer avant de s’envoyer une gorgée. « After ? » lance-t’il.

L’after aura lieu quelques heures plus tard dans la réception du Novotel où les groupes sont logés, sur une zone industrielle entre Denain et Valenciennes. Il y a en tout 3 hôtels dans le coin, distants de chacun de 10 min à pied. Mes amis ont une chambre dans l’un des deux autres et moi dans le dernier. On est tous voisins ! A l’after je retrouve des membres de Borgne en plus d’Ardek, Namtar et leur ingé son. On avait fait le plein au passage dans une épicerie tardive de Denain en rentrant à l’hôtel mais je vois que les néerlandais avaient largement prévu de quoi faire. On terminera donc cette soirée sous l’œil fatigué du réceptionniste à coup de canette de Hertog Jan. Namtar est le dernier à monter se coucher. Avant ça il me montre un exercice de batterie qu’il mettra en scène quelques mois plus tard sur sa chaîne YouTube dans une nouvelle série humoristique et didactique qui mélange robotique et batterie intitulée « Namtar Explains Stuff ».

Vous l’aurez compris, je ne suis pas prêt d’oublier cette journée, le show et l’after qui a suivi. Je suis très reconnaissant d’avoir pu assister à ce festival. Et bien sûr, en tant que fan invétéré, à ce dernier show de Carach Angren avec Namtar, qui a montré une fois de plus, que non content d’être un batteur exceptionnel il était aussi un des gars les plus cool et les plus chill que je connaisse !

Je tiens à adresser un immense merci à tout le staff d’In Theatrum Demonium et de Nord Forge pour leur accueil chaleureux et familial, leur disponibilité et leur gentillesse, tout en soulignant leur professionnalisme à toute épreuve, qui leur a permis de maintenir la progra alors que leur tête d’affiche leur faisait faux bond la veille ! Ce genre de festival, né de la passion et du travail acharné et j’insiste sur « travail acharné » d’une équipe de passionnés qui font vivre le métal dans leur ville ne peut qu’inspirer et susciter l’admiration. Du cadre unique du festival : le très beau théâtre de Denain, jusqu’au stands de merch et de nourriture de grande qualité (ils proposaient même leur propre bière brassée et embouteillée spécialement pour l’occasion !), l’environnement est idéal. Grâce à eux et à leur accueil extraordinaire, encore une fois, j’ai passé un excellent moment et je leur en suis très reconnaissant. Mes amis et moi-même avons été accueillis comme des rois.

Et bien sûr un grand merci à Carach Angren et à Namtar en particulier, pour cette soirée vraiment super fun ! Deux choses sont sûres : en 2021 je retournerai voir Carach tout comme je retournerai au In Theatrum Demonium ! Si vous venez aussi on se boira des bières (avec modération car il y a décidément beaucoup de bière dans cette histoire)!


Baptiste
Journaliste