Report Insomnium à l'Elysée Montmartre le 03/10/2022
Ophélie Griffin
Journaliste

«Très attendu par le public, Insomnium livre une performance maîtrisée, puissante et onirique !»

Créé 03/10/2022
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Live report by Enora Le Fustec
Photos by Ophélie Griffin

En ce lundi soir, les amateurs français de Melodic Death Metal avaient de quoi se réjouir puisque l’Vltima Ratio Fest 2022 s’arrêtait à l’Elysée Montmartre de Paris. Garmonbozia et Decibel Touring nous présentaient ainsi Hinayana (Melodic Death Metal/Doom Metal, Etats-Unis), Wolfheart (Melodic Death Metal, Finlande), Borknagar (Progressive Folk Metal/Black Metal, Norvège), Insomnium (Melodic Death Metal, Finlande) et Moonspell (Gothic Metal, Portugal) sur scène ; un sacré combo pour une seule soirée !

HINAYANA
En raison du grand nombre de groupes devant jouer ce soir, les portes ouvrent à 17h et Hinayana monte sur scène à 17h15. On ne peut que regretter cet horaire qui ne permet au groupe que de jouer devant une cinquantaine de personnes, dont une bonne partie est au stand de merch. Malgré tout, les Texans ne se démontent pas et se lancent dans ‘Death of the Cosmic’ tiré de leur EP du même nom paru en 2020. Casey Hurd, le chanteur, et Matt Bius, à la basse, agitent furieusement la tête alors que le guitariste se concentre sur son solo. Le son est plutôt bon mais la voix écrase parfois un peu le reste. Dès la fin du morceau, le frontman prend la parole : « Paris, we are Hinayana and we came all the way from Texas to be here with you tonight! » avant d’annoncer ‘Cold Conception’.

Les orchestrations sont restituées avec qualité et les lumières rouges qui illuminent la scène sont accompagnées de formes géométriques blanche qui s’harmonisent parfaitement à l’ambiance. Le bassiste et le guitariste soliste n’hésitent pas à se rapprocher l’un de l’autre pour un petit face à face. Sur l’hypnotique ‘In Sacred Delusion’, Casey Hurd invite le public à lever les bras en rythme et la magie opère petit à petit alors que la fosse se remplit doucement. Que ce soit sur ‘Pitch Black Noise’ ou ‘Taken’ qui arrivent ensuite, les membres d’Hinayana n’auront de cesse de chercher à entraîner le public avec eux mais celui-ci semble avoir encore du mal à s’investir à fond dans la performance.

Setlist d’Hinayana :
1. Death of the Cosmic
2. Cold Conception
3. In Sacred Delusion
4. Pitch Black Noise
5. Taken

WOLFHEART
Après quelques ajustements sur scène, Wolfheart démarre avec toute la solennité qu’on lui connaît par ‘Skyforger’. Le scream puissant de Tuomas Saukkonen donne le ton et il rugit : « Paris, let me see your hands ! » à un public plus réceptif mais pas plus nombreux qu’à la fin du set d’Hinayana. Le chant clair de Lauri Silvonen, le bassiste du groupe, laisse un peu à désirer en termes de justesse mais il tient son rôle avec un plaisir évident. Derrière sa batterie, Joonas Kauppinen nous propose un jeu militaire qui pousse les musiciens et la fosse à headbanguer avec force. Sans transition, Wolfheart se lance dans ‘The King’, un morceau tiré de leur nouvel album : « King Of The North ». C’est cette fois-ci au tour du guitariste soliste, Vagelis Karzis, d’assurer le chant clair mais sa performance n’est guère meilleure que celle de son confrère bassiste.

C’est d’ailleurs Lauri Silvonen qui assurera tous les échanges entre le groupe et son public puisqu’il annonce : « Paris, we are Wolfheart from Finland! This is ‘The Hunt’! » Tiré de l’album « Winterborn » de 2013, ce morceau est presque un hymne et il est évident que le public est plus familier avec la musique du groupe qu'avec celle d'Hinayana (ce qui n'enlève rien au charme des deux performances et qui incitera peut être les amateurs du genre à se pencher sur les compositions d’Hinayana). Avant d’annoncer ‘Aeon Of Cold’, le bassiste reprend : « This is our first time in France since the pandemic! », l’occasion d’insister sur le plaisir évident qu’ont les musiciens à renouer avec leur public européen après trois ans d’absence forcée. Le bassiste et le guitariste haranguent la fosse et le public se fait un plaisir de répondre !

Wolfheart est un véritable raz-de-marée ce soir ! Si cette force brute leur va bien, on les a déjà connus plus subtiles ; peut-être cherchent-ils à laisser une impression forte et impactante puisqu’ils jouent en première partie ? Arrivent ensuite ‘Knell’ puis ‘Breakwater’ avant laquelle Lauri Silvonen explique : « Thank you so much Paris. It’s great to see all of you here on a Monday night! As I said it, we are Wolfheart and we just release a new album. We have a couple more songs for you tonight! » puis il demande un circle pit avec un immense sourire sur le visage. La fosse s’écarte mais à part quatre ou cinq fans motivés, pas de circle pit dans l’Elysée Montmartre. Il reprend la parole une dernière fois : « It’s been wonderful 30 minutes, thank you so much! (Le public siffle, espérant faire rester les musiciens un peu plus longtemps) I know (il affiche aussi une mine triste) but we'll make the most of it! » et c’est avec ‘Routa Pt.2’ que s’achève ce set.

Setlist de Wolfheart :
1. Skyforger
2. The King
3. The Hunt
4. Aeon of Cold
5. Knell
6. Breakwater
7. Routa Pt. 2

BORKNAGAR
Dès l'arrivée sur scène des musiciens de Borknagar, le public s’enflamme. Formé en 1994 à Bergen en Norvège, le groupe est un pilier de la scène Progressive avec des influences aussi Folk que Black. On y retrouve Øystein G. Brun et Jostein Thomassen aux guitares, ICS Vortex (qui était bassiste de Dimmu Borgir de 1999 à 2009 et qui est également membre d’Arcturus) au chant et à la basse, Lars Nedland (qui a brièvement été batteur pour Carpathian Forest) au clavier, et Bjørn Dugstad Rønnow (qui a rejoint Trollfest depuis 2019) à la batterie. C’est avec ‘The Fire That Burns’, une référence à leur album « True North » de 2019 que le set débute. Comme le confirment ‘Frostrite’ et ‘The Rhymes Of The Mountain’ qui arrivent ensuite, le groupe a énormément d’expérience et maîtrise entièrement sa performance.

Alors que le bassiste et le guitariste de Wolfheart avaient des difficultés à gérer la justesse du chant clair, les musiciens de Borknagar tiennent leur rôle à la perfection que ce soit en scream ou en chant clair. L’attitude scénique des musiciens est plus sobre que les groupes précédents, très démonstratifs et qui ont pris à cœur leur mission de chauffeurs de salle. Plus confiants en leur réputation bien établie, les Norvégiens sont donc plus libres de proposer davantage de nuances. A part un petit « Vive la France ! » et l’annonce expéditive de certains morceaux, le groupe ne communique pas avec son public ; si cela limite l’échange, cela permet aussi de mieux se concentrer sur les compositions et d’entrer pleinement dans l’univers du groupe à l’image du guitariste Jostein Thomassen qui tournoie sur lui-même au son des harmonies vocales de ses camarades.

Le son est plutôt très bon tout au long du set de Borknagar, ce qui permet de mettre en avant la richesse de leurs morceaux comme ‘Voices’ et ‘Colossus’, et les différents éléments qui se superposent et se répondent : chant clair, touches de clavier, riffs, scream, jeux rythmiques, etc. Si le public pouvait se laisser porter par les rythmes d’Hinayana et de Wolfheart pour brandir le poing et agiter la tête, il en va tout autrement avec Borknagar dont la musique s’appuie sur beaucoup de ruptures d’ambiances et changements rythmiques qui peuvent égarer. En concluant son passage sur scène avec ‘Winter Thrice’, tiré de l’album du même nom de 2016, le groupe finit aussi bien qu’il a commencé avec professionnalisme et en ramenant les auditeurs après un voyage musical plein de surprises et de découvertes à la manière d’une déambulation dans un cabinet de curiosités.

Setlist de Borknagar :
1. The Fire That Burns
2. Frostrite
3. The Rhymes of the Mountain
4. Up North
5. Voices
6. Colossus
7. Winter Thrice

INSOMNIUM
Après cette entrée en matière très diverse, il est temps de passer aux deux têtes d’affiche, à commencer par Insomnium qui remplace My Dying Bride pour ce Vltima Ratio Fest 2022. Comme souvent, le groupe est très attendu et le public se fait entendre durant la lente entrée des musiciens sur scène lente. En opposition totale avec le style de Borknagar, le frontman d’Insomnium n’hésite pas à glisser une phrase dès qu’il en a l’occasion pour motiver le public ! Dès ‘Ephemeral’, on remarque la cohésion qui règne au sein du groupe : Niilo Sevänen fait un geste de la main pour attirer l'attention du public sur les deux guitaristes, Jani Liimatainen (qui était membre de Sonata Arctica de 1999 à 2007) et Nick Cordle (qui remplace Markus Vanhala qui n’a pas pu se joindre à la tournée) qui se sont rapprochés pour le solo. Le chanteur/bassiste continue son œuvre et lance : « Paris, what’s up? We're Insomnium from Finland. Thank you for being here tonight, merci! Now we shall get insane, this is ‘Valediction’! ».

Il semble que la performance de Borknagar ait donné le ton pour la suite : le chant clair est impeccable. Tous les musiciens demandent au public de taper des mains en rythme, et celui-ci s’exécute avec joie. Voici ensuite ‘Revelation’ pour laquelle la fosse et les membres d’Insomnium se mettent à agiter la tête. Niilo Sevänen, Jani Liimatainen et Nick Cordle n'hésitent pas à s'approcher du bord de la scène, à brandir le poing et à afficher de larges sourires qui font plaisir à voir. Le frontman applaudit le public : « Merci France, kiitos (« merci » en finnois)! And now, the boys shall play you something older called ‘Down With The Sun’ from the album ‘Across The Dark’! ». La fosse ne se fait pas prier pour exprimer son bonheur de voir le groupe jouer des morceaux plus anciens qui sont devenus des essentiels de sa discographie tout comme ‘Mortal Share’ tiré de l’excellent album « Above the Weeping World » de 2006.

A chaque extrémité de la scène, les guitaristes se renvoient la balle que ce soit pour des échanges musicaux ou pour haranguer la foule. Comme on le remarque sur ‘And Bells They Toll’, le son des orchestrations enregistré prend parfois le dessus sur la musique live. Autre élément à souligner dans ce domaine, les mediums des guitares ne sont pas très bien restitués. Alors qu’on peut reprocher à Wolfheart d’avoir eu un set frontal, Insomnium met la subtilité de ses compositions en avant en passant de la douceur à la brutalité avec une maîtrise qui leur permet de couvrir tout le spectre des émotions avec élégance. Niilo Sevänen reprend ensuite la parole : « Thank you so much! We also want to thank everyone in this tour. Let me hear you for Hinayana from Texas, for Wolfheart from Finland, and for Borknagar from Norway. » et voici ‘Pale Morning Star’. L’introduction à la guitare acoustique est enregistrée, ce qui est dommage puisque ça ne coûtait rien au groupe d'en avoir une sur scène.

Après une rapide sortie de scène des musiciens pendant laquelle seul le batteur, Markus Hirvonen, reste derrière son instrument, la fin du set des Finlandais est un enchaînement de hits avec ‘The Primeval Dark’, ‘While We Sleep’ et enfin ‘Heart Like A Grave’. Les lumières qui éclairent la scène forment une sorte de ciel étoilé qui colle à merveille à l’univers du groupe pour ce mini-rappel qui n’a finalement même pas laissé le temps au public d’acclamer le groupe et de demander son retour (encore une contrainte lorsqu’autant de groupes doivent jouer le même soir). Après un retentissant « Thank you so much Paris, magnifique! Kiitos! », le groupe quitte la scène pour de bon sous des applaudissements mérités et qui se prolongent.

Setlist d’Insomnium :
1. Karelia
2. Ephemeral
3. Valediction
4. Revelation
5. Down With the Sun
6. Mortal Share
7. And Bells They Toll
8. Pale Morning Star
9. The Primeval Dark
10. While We Sleep
11. Heart Like a Grave

MOONSPELL
Après un nouveau changement de set rapide, c’est au tour de Moonspell de monter sur scène. La réaction du public ne se fait pas attendre et elle ne laisse aucun doute : les fans sont ravis de retrouver le groupe portugais ! Dans une lumière bleutée et accompagnés de sons d'ambiance, les musiciens font leur entrée sur scène un par un pour laisser monter la tension. C’est avec ‘The Greater Good’ que le groupe a choisi de commencer mais les aigus des guitares cachent un peu la voix par moment, d'autant plus que le frontman articule assez peu sur les passages en voix claire. A ses côtés, les musiciens déploient leur énergie ce qui laisse présager une belle performance. A coup de « Vas-y Paris ! » ou encore « Plus fort Paris ! », Fernando Ribeiro motive le public qui ne semble pas fatigué par déjà près de quatre heures de show.

Après ‘Extinct’, le chanteur prend la parole en français : « Merci beaucoup ! Bonsoir de Moonspell du Portugal. Nous sommes très contents de revenir ici, à Paris, dans la ville lumière. Maintenant c'est notre trentième anniversaire (le groupe a été formé en 1992). Et si on partait en voyage jusqu’à ‘Finisterra’ ? » Le groupe enchaîne les morceaux mélodiques avec d’autres plus agressifs. Le fond de la scène est couvert de l'image d'une pleine lune du plus bel effet sous les jeux de lumière rouge. Tout au long du set, selon les morceaux, Pedro Paixão passe du clavier à la guitare. Contrairement aux autres groupes, le chanteur de Moonspell ne joue pas d'un instrument et est donc bien plus libre de ses mouvements. Il brandit le poing, tire la langue, fait de grands sourires au public. Sur ‘In And Above Men’ et ‘From Lowering Skies’, il occupe tout l'espace scénique à sa disposition en se rapprochant tantôt des premiers rangs de la fosse, tantôt de Ricardo Amorim à sa droite ou d’Aires Pereira à sa gauche.

La setlist met à l’honneur le nouvel album mais aussi des créations plus anciennes comme ‘Opium’ et ‘Herr Spiegelmann’ de l’album « Irreligious » de 1996. Après ‘Breathe (Until We Are No More)’, le groupe remercie longuement le public qui l’acclame et l’applaudit à tout rompre. Fernando Ribeiro annonce : « Nous avons un nouvel album qui s'appelle ‘Hermitage’. Maintenant nous allons jouer une chanson de cet album, elle s'appelle ‘Apophthegmata’ ! » Les lumières rouges et la fumée qui se répand sur scène créent une esthétique qui cadre à merveille avec les orchestrations de ‘Mephisto’. Une fois le morceau terminé, le frontman reprend : « Je parle très bien français et je parle quelques mots portugais, comme ci comme ça (rire du public). Nous avons encore une chanson pour cette nuit magique, une chanson qui va dans les tons de Wolfheart. Connaissez-vous Wolfheart ? Voulez-vous encore vous amuser ? La prochaine chanson est 'Alma Mater' ! » Le public chante immédiatement la mélodie du riff à pleins poumons et le chanteur brandit son micro au-dessus de la fosse.

Le rappel est expédié encore plus rapidement que pour Insomnium puisque le public continue de chanter après le morceau pour faire rester Moonspell sur scène. Pour sa dernière prise de parole, Fernando Ribeiro prend le temps de remercier tout le monde : « Je veux remercier notre incroyable équipe, merci à tous ceux qui nous permettent de briller sur scène tous les jours. Ici, à Paris, on est comme chez nous, merci pour l'hospitalité. Pour tous les groupes : Hinayana, Wolfheart, Borknagar, Insomnium, faîtes du bruit Paris ! Merci pour votre soutien pour les trente années de Moonspell ! Au revoir Paris, mon amour ! ». Puis il brandit des baguettes et se met face à Hugo Ribeiro à la batterie pour marteler les splashes et les crashes sur ‘Full Moon Madness’. Les applaudissements sont longs et chaleureux et le groupe reste sur scène pour saluer un public qui s’est au moins autant engagé qu’eux dans cette performance.

Setlist de Moonspell :
1. The Greater Good
2. Extinct
3. Finisterra
4. In and Above Men
5. From Lowering Skies
6. Opium
7. Herr Spiegelmann
8. Breathe (Until We Are No More)
9. Apophthegmata
10. Mephisto
11. Alma Mater
12. Full Moon Madness

Les échanges des fans qui sortent du concert ne trompent pas : la soirée a tenu toutes ses promesses ! Si on regrette qu’Hinayana soit passé sur scène à 17h15 un lundi et n’ait donc pas reçu un accueil à la hauteur de son engagement scénique, on espère que le set aura donné envie aux curieux de garder un œil sur ce groupe. Après eux, Wolfheart a pu fédérer le public autour de morceaux explosifs et grâce au sourire rayonnant de Lauri Silvonen qui a, comme à son habitude, assuré toute la communication. Dans un style différent, Borknagar a emporté l’Elysée Montmartre dans ses créations complexes et variées et a su faire forte impression sans se départir de sa sobriété. Enfin, les têtes d’affiches, Insomnium et Moonspell, ont, chacun dans leur registre, permis au public de (re)découvrir leurs morceaux les plus récents en live et de se déchaîner sur leurs chansons plus anciennes qu’on s’est fait un plaisir de reprendre en chœur.