3ème journée @ Alcatraz Festival
Neyelia
Journaliste

«3ème journée @ Alcatraz Festival»

Créé 13/08/2017
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De bonne heure (pour un dimanche en tous cas) et de bonne humeur (festival oblige) on réintègre l'enceinte carcérale. Cette dernière journée promet d'être chargée, un peu moins typée « heavy 80s » que la précédente, plus moderne, et je dois bien l'avouer, plus à mon goût.

Après un bon café et un smoothie frais, on attaque avant même la sonnerie des onze heures. Direction la MainStage, et c'est Raven qui ouvre le bal. Les britanniques délivrent un Heavy très typé Maiden, qui présente l'intérêt de l'efficacité, et qui semble plutôt bien rôdé, 43 ans de carrière obligent ! Ils ne sont que trois sur scène, et il semble évident que l'espace leur est difficile à remplir, aussi le bassiste et chanteur John Gallagher a-t-il opté pour le micro serre-tête afin de pouvoir se déplacer tout en chantant et en jouant. Son frère Mark, guitariste de la formation, est plus statique, derrière son pied de micro classique, mais le rejoint fréquemment quand il n'a pas à donner de la voix. Une prestation parfaite pour se mettre en jambe !

RAVEN

Nous retrouvons ensuite Carnation, qui nous attend sous le chapiteau de la Swamp Stage. Je dois bien dire qu'on les attend aussi de pied ferme. Jeune groupe du cru, originaire d'Anvers, en seulement 4 ans de carrière, un petit EP et un album live, les belges ont su façonner leur Thrash/Death et s'imposer comme l'un des grands espoirs du genre. Sur scène, c'est efficace, rentre-dedans à souhait, et relativement travaillé pour un jeune groupe comme eux. Certainement une des meilleures mises en avant de ces trois jours.

CARNATION

On retourne à l'extérieur, et toujours dans cet esprit « heavy 80s » qui ne nous a pas quitté du festival, on assiste désormais à la prestation d'UFO. 46 ans d'activité, rien de moins. Ce sont des légendes du hard'n'heavy que l'on a face à nous. Et même si le set est rôdé, efficace, singulier, on doit bien reconnaître que tout cela est un peu daté, et manque de modernité. Les fans du genre ou de l'époque (ou les deux) sont bien évidemment ravis, les membres du groupe communiquent avec le public avec légèreté et humour, bref, de grands messieurs.

UFO

Sous la tente, c'est toujours plus énervé qu'à l'extérieur, on a bien eu le temps de s'en apercevoir durant ces deux derniers jours. Les énervés du moment nous viennent de Stockholm, fêtent leurs dix ans, et ont quatre albums à leur actif. Dr. Living Dead, c'est leur nom, présente un Thrash Metal particulier, avec une énergie incomparable, et des masques de squelette. Le quatuor de « Dr. » (Dr. Mania au chant, Dr. Toxic aux guitares, Dr. Rad à la basse, et Dr. Slam à la batterie) occupe sans problème tout l'espace, et captive son audience avec une aisance enfantine.

DR LIVING DEAD

Au dehors sur la Prison Stage, c'est une nouvelle bouffée de Thrash qui se prépare, avec nos amis d'outre-Atlantique Sacred Reich. Bien que vieillissant, plus de 30 ans après sa formation, le groupe propose toujours un Thrash qui a ses amateurs, mais manque à mon goût de renouvellement. Pour autant, le public apprécie de se retrouver face à un son un peu plus agressif et de pouvoir enfin se défouler un peu. Il ne nous reste plus qu'à souhaiter bon courage à nos amis del a sécurité pour récupérer tous les slammeurs et à nous retirer sous la Swamp Stage.

SACRED REICH

La raison de notre venue est encore une fois locale, mais pas nationale. Ce sont les Hollandais d'Asphyx. Leur dernier effort, Incoming Death, est bien évidemment le principal objet de leur venue, mais les fans, nombreux sous la tente, attendent bien plus que ce petit nouveau. Leur Death/Doom ne laisse pas indifférent. Si certains le fuient pour cause de manque d'énergie, d'autres le trouvent hypnotisant, captivant, et en redemandent. Je ferais plutôt partie des seconds, et me laisse facilement emporter par la musique caverneuse des quatre chevelus.

ASPHYX

Sur la Mainstage, on entre dans le vif du sujet. Life of Agony fait son entrée sur scène, et la foule exulte. Life of Agony, c'est un groupe culte pour beaucoup, salvateur pour encore plus, et quoi qu'il en soit marquant. A sa tête, Keith devenu Mina Caputo. La chanteuse Semble toujours plus assurée, toujours plus près du public, dont le contact lui est si cher. Je ne connais que trop bien son humanité, son humanisme, qui est la marque des mutilés de la vie. Réussir à mettre ses blessures au service d'un art, d'une musique salvatrice pour autant de personnes, c'est sans doute la sublimation à l'état pur. Et tous les fans du groupe le rendent bien quand on voit la communion qui a lieu ici. Le set est ponctué de discours remplis d'amour et de tolérance, et l'on en attendait pas moins de Mina. En quasi un heure de set, le groupe signe assurément l'une des meilleures performances du festival, et nous remplit d'amour inconditionnel.

LIFE OF AGONY

Il me faut un sacré effort pour sortir de ce set et rejoindre la tente sous laquelle m'attendent les norvégiens d'Enslaved. Leur Black Metal à tendance progressive, quasi-doom par moments m'a toujours laissée partagée entre la fascination et l'ennui. Radical me direz-vous, mais tout dépend du contexte. Il faut bien dire qu'ici, en live, c'est fort heureusement la première qui a pris le dessus. Les musiciens réussissent à nous captiver et à nous emmener totalement ailleurs, et c'est tout à fait ce que j'étais venue chercher dans leur concert. De fait, le public ne semble pas hyperactif, mais la musique ne s'y prête pas, et nous laisse plutôt dans une contemplation rêveuse. Le voyage est fort agréable, et j'aurai autant de mal à m'extraire de la tente que je n'en ai eu à la rejoindre.

ENSLAVED

De l'autre côté, une autre de mes principales motivations m'attend. Trivium s'apprête à envahir la Prison Stage, Après avoir loupé de peu leur passage parisien, je suis donc doublement motivée, et dans les starting-blocks, traduisez index sur le déclencheur, oeil à l'affut, et cervicales échauffées. Je ne sais pas s'il est d'une quelconque utilité de présenter Trivium… je me contenterai donc de situer la prestation. Le groupe sort d'un petit tour des festivals européens, et surtout s'apprête à sortir un album que j'attends de pied ferme : The Sin and The Sentence. Après l'incontournable « Rain » en guise de mise en bouche, c'est un set d'une incroyable intensité qui nous attend, avec en bonus un aperçu de ce fameux futur album, en l'occurrence le titre éponyme. Le public est très réceptif, et évacue énergiquement les 15 cornets de frites et 20 litres de bière que chacun a ingurgité au cours du weekend. Cette heure d'exercice physique bienvenu arrive à son terme, et l'on migre à nouveau vers la tente, siège de l'agression sonique.

TRIVIUM

Et agression sonique il y aura avec I Am Morbid. Si le nom vous dit quelque chose, c'est simplement que l'iconique David Vincent, ex-leader de Morbid Angel, et son batteur Tim Young, ont formé ce groupe, qui ne joue que du « bon vieux » Morbid Angel, justement. Et ça tombe bien, car lesdits anges morbides ont dû pour des raisons administratives annuler leur participations aux festivals européens. L'Alcatraz a sans doute joué la carte la plus intelligente en invitant David Vincent et consorts pour les remplacer ! Je n'ai jamais été une fan de Death old school, crade à souhait, mais il faut dire qu'en live, ça passe tout de suite mieux, tant le côté percutant prend le dessus. Et il faut dire aussi que les gaillards sur scène maîtrisent leur domaine, et autant vous dire qu'on en prend littéralement plein la gueule.

I AM MORBID

Après ça, un peu de féminité serait de bon goût. Et devinez quoi ? C'est l'heure de rejoindre la Metal Queen, alias Doro. Cela fait plus de 30 ans que l'on voit cette silhouette blonde vêtue de cuir arpenter les scènes du monde entier, et cette expérience se ressent bien dans l'assurance de la chanteuse. Communiant plus que communiquant avec le public, la chanteuse et son groupe nous offre un set en forme d'hymne au Heavy Metal. Des classiques de Warlock et de sa carrière personnelle, à l'incontournable reprise de « Breaking the Law » La belle allemande nous embarque pour une bonne heure de heaviness, et on la suit de bon coeur ! C'est là encore l'une des prestations marquantes du festival, l'une de celles dont on retient l'ambiance avant tout, et qui nous fait aimer ce genre et son public.

DORO

Changement d'ambiance quand on rejoint la Swamp stage ! Moonspell et son unique loupiote rouge nous attend. En grande fan du groupe, j'attendais ce moment avec une grande impatience, et quelle ne sera pas ma déception face à ce set où les titres me semblent quasi-méconnaissables… Niveau visuel, c'est le quasi néant, et mes collègues photographes et moi-même peinons à capturer une image présentable des portugais. Je garde la conviction que le groupe n'est simplement pas fait pour les festivals, et qu'il ne s'est certainement pas présenté sous son meilleur jour, malgré le set aux sonorités nostalgiques qui m'attiraient tant.

MOONSPELL

Oublions la loupiote rouge, car côté MainStage, on va être carrément éblouis ! Sur scène, les vikings suédois d'Amon Amarth prennent possession des lieux, avec leur imposant décor de drakkar. Dès le premier titre, on est dans l'ambiance, ça secoue des cheveux blonds un peu partout, ça slamme et ça pogote. Même si la setlist ne change pas, et en effet vu la mise en scène littéralement colossale, il serait difficile de la faire varier indéfiniment, cela reste toujours aussi efficace ! Bénéficiant d'un set d'une durée quasi-équivalente à celle d'un headliner, le groupe va en profiter pour nous en mettre plein la vue et plein les oreilles. Les effets pyrotechniques succèdent aux jets de fumée, l'inénarrable Johan Hegg met à profit le décor et communique avec bonhommie avec le public qui lui est tout acquis… En résumé : 1h15 de sympathique violence viking, de secouage de tête en rythme, et de partage qui fleure bon le houblon.

AMON AMARTH

Vous vous rappelez de la loupiote rouge ? Bon, eh bien maintenant c'est l'heure de la loupiote bleue ! Les anglais de Paradise Lost débarquent ! Sur album, ils font partie des groupes qui me laissent de marbre. Mais sur scène je dois bien avouer que je me laisse séduire, et que la performance est irréprochable. L'ambiance est sombre, presque plombante, mais c'est après tout ce qu'on recherche chez un groupe de Doom, pas vrai ? C'est donc un set réussi que les pionniers nous livrent, convaincant et maîtrisé, en force et en subtilité.

PARADISE LOST

Dernière migration des gnous, dernier retour sur la Prison stage. LE clou du spectacle. LE groupe qui a parachevé ma décision de venir ici à Courtrai en plein mois d'août. Et si l'on sort d'une heure de subtilité, croyez-moi, l'heure et demie à venir n'en verra pas la moindre miette ! KoRn débarque, avec pour mission de clôturer un weekend chargé de bons concerts et de bonnes ondes. Pour beaucoup d'enfants des 90s, KoRn est un groupe pilier, je fais bien évidemment partie de ceux-là. Il m'est impossible d'être impartiale. Je ne peux être qu'enthousiaste ou déçue. Enthousiaste, je l'étais en mars dernier au Zénith de Paris. Je le suis encore en ce mois d'août face à ces cinq gars qui transpirent la sincérité et qui m'embarquent dans une thérapie exutoire.
Leur entrée se fait bien entendu sur un morceau de leur dernier album, The Serenity of Suffering, qui m'a laissée froide. Ce « Rotting in Vain » pendant que j'ai l'oeil rivé au viseur est donc des plus satisfaisants pour ma part ! Arrive ensuite « Falling away from me », et je n'ai pu retenir mon headbang, quitte à louper quelques clichés. « Here to Stay » est d'autant plus frustrante, mais je ne photographie pas encore avec mes cordes vocales, je me permets donc de pousser la chansonnette tout en déclenchant. Le temps de rejoindre le reste du public, et c'est « Y'all Want a Single » qui prend le relais. Un titre défouloir qui me permet de me mettre pleinement dans l'ambiance. Et il était temps car c'est ensuite « Clown » qui vient heurter mes tympans et faire tournoyer ma tête dans un couvent quasi réflexe. Quelques titres plus tard, l'incontournable cornemuse fait son entrée, pour introduire sans surprise « Shoots And Ladders », qui se fondre dans un « Twist » endiablé, déjanté, et un « Got The Life » régénérant. La merveille qu'est « Coming Undone » achèvera sans doute mes vertèbres, mais n'entamera pas mon énergie soudain redoutablement débordante ! En fin de set, nous voilà gratifiés du poignant « 4U », trop rarement entendu en live, et du solo de batterie du talentueux Ray Luzier avant d'enchaîner sur l'intro de Blind, reconnaissable à la première mesure. La foule hurle de joie, et on les comprend ! On finit en beauté avec « Freak on a Leash », et tout le monde semble conquis, épuisé mais heureux, comblé.

KORN

Il est temps pour nous de redescendre sur terre, de laisser nos combinaisons oranges et de retourner à la vie civile, tout du moins jusqu'à l'année prochaine. Car croyez-moi, je n'ai nullement l'intention de passer mon tour l'an prochain. Le festival présente bon nombre d'avantages, parmi lesquels bien évidemment la programmation est en bonne place. J'ai grandement apprécié l'organisation de celle-ci entre les deux scènes, la Swamp stage sous la tente étant plus dédiée aux sauvageries que j'affectionne tant, et le running order permettant de ne pas en louper une miette. Côté restauration, toutes les options sont à votre disposition, du burger au veggie, et d'une qualité honorable pour un festival. On profite même d'un bar à cocktails (à consommer avec modération pour shooter droit !) et côté espace VIP, les possibilités de se reposer sont nombreuses et confortables. Que du bon, donc, pour ce festival aux portes de la France !