Fall Of Summer #4 // Première journée
Anibal BERITH
Journaliste

«Une journée mitigée par un son perfectible sur Sanctuary et le mauvais temps venu gâcher la fête, cependant quelques bonnes surprises !»

Créé 08/09/2017
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Dernier festival de l'été avant de reprendre la route des concerts en salle, le Fall Of Summer, qui fête sa 4ème édition, nous attire une nouvelle fois sur la base de loisirs de Torcy en région parisienne pour deux jours de concerts à l'affiche éclectique.

Près de 30 groupes vont donc se réunir sur cette plage artificielle qui a la particularité de proposer une scène dans le sable juste derrière le lac (Blackwaters), surplombée d'une butte engazonnée du plus bel effet....lorsqu'il fait beau, et une scène principale (Sanctuary) sur un terrain plus adapté mais pas épargné par les flaques d'eau.
Arrivé la veille avec la ferme idée de squatter le camping comme l'an passé, et me retrouver immergé dans l'ambiance le soir même, le temps tournant au déluge a eu raison de moi et d'une réelle immersion, pour préférer un hôtel fort confortable à dix minutes de là; un coup de chance à la veille de l'événement!

C'est donc sous un temps menaçant le vendredi, que je retrouve mon acolyte Peetoff en charge des photos pour United Rock Nations pour le week-end et vu les conditions dantesques, je ne vous cache pas ma joie d'être cantonné à l'écriture cette année!

Comme depuis la création de ce Fest il y 4 ans, les 14 groupes de la journée vont se succéder sans pause entre Blackwaters, au bord de la plage et Sanctuary sur l'aire goudronnée faisant face au Merch qui a la particularité, pour cette édition, d'être structuré en tentes indépendantes et non sous un grand barnum comme l'an dernier.
On retrouve les bars et cantines habituelles aux mêmes endroits afin que les festivaliers puissent se sustanter avec facilité et ainsi profiter du spectacle sans en rater une miette.

Au menu, pour ce 8 septembre, les lithuaniens AU-DESSUS, suivi des italiens HIDEOUS DIVINITY, puis les français NECROWRETCH, les américains BROKEN HOPE, GRAVE DIGGER, CATTLE DECAPITATION, le tribute de SORTILEGE, MERCILESS, MAGMA, SHINING, GAAHLS WYRD, BLASPHEMY, ANNIHILATOR et PRIMORDIAL.

Comme vous pouvez le constatez, l'affiche est contrastée avec l'avantage de satisfaire tout le public en fonction des styles plus ou moins appréciés de chacun sachant que , comme chaque année, la part belle est donnée au Black et au Death Metal avec un soupçon de Heavy et de Thrash Metal auxquels s'ajoute cette année du Stoner, style de plus en plus en vogue.

Certains groupes auront marqué plus ou moins la rédaction cette année et plutôt que de vous résumer la prestation de chacun d'entre eux, il a été préféré de s'attarder sur les groupes qui pour nous ont marqué cet événement.

A commencer par les lituaniens AU-DESSUS qui ont la lourde tâche d'ouvrir le festival sur Blackwaters avec une petite demi-heure de retard, ce qui est de bonne guerre, car cela permet aux festivaliers de s'installer posément sur le sable de la scène secondaire afin de pouvoir profiter du show dans de bonnes conditions et avant que le déluge n'arrive.

Fall Of Summer Festival

On a beaucoup entendu parler de ce groupe cette année, déboulant sur la scène black avec leur album "End Of Chapter" paru en mai dernier via Les Acteurs de l'Ombre. Délivrant un post black metal hypnotique teinté de parties sludge déroutantes, le jeune groupe avait surpris, au printemps, avec cet album plein de maturité succédant au prometteur Ep éponyme.
N'ayant que 3/4 d'heure pour convaincre, le quartet s'en sort très bien en live délivrant parfaitement l'univers du disque même si l'heure à laquelle nous assistons à la prestation n'est pas des plus adaptées pour ce type de musique. Il est effectivement compliqué de recréer une ambiance sombre et mélancolique à cette heure de la journée, cependant le job est fait.
Encapuchonnés comme de coutume (petit bémol personnel sur ce type d'imagerie que l'on voit beaucoup trop maitenant (RLHT, UADA etc..), les quatre musiciens occupent bien la scène devant le backdrop géant à l'effigie de l'artwork de l'album en cours.
Ouvrant le set dos à la scène, c'est avec "II" (ep au dessus) que les baltes nous plongent dans leur univers mélancolique et malsain. Délivré par des ampli "Orange" (souvent utilisés pour le stoner et le sludge), le son est très correct pour ce premier show de la journée car il n'en sera pas de même sur Sanctuary.
Assurant une prestation scénique de qualité, même si ce genre de musique n'offre pas de mouvance particulière (ce n'est pas du thrash ou du hardcore...), le quartet arrive à transmettre leur univers au public qui sera vite pris dans ce voyage hypnotico-mélancolique. Fidèle à l'album, on notera les touches sludge venant agrémenter cette musique torturée lui donnant plus de hauteur et de volume permettant au groupe de se démarquer dans cette mode post black à laquelle nous assistons depuis 2/3 ans.
Parfaitement maîtrisé, ce set nous permet de bien commencer la journée et ce week-end avant de basculer sur une date très attendue pour ma part, celle d'HIDEOUS DIVINITY.

Les brutal deatheux italiens en tournée sur ce mois de septembre avec CATTLE DECAPITATION, BROKEN HOPE et Gloryhole Guillotine, sont venus remplacer au pied levé DOOM, ne pouvant assurer la prestation faisant suite à une blessure importante du guitariste (Effectivement, seuls 2 groupes sur 4 de cette tournée étaient bookés pour le FoS).

Fall Of Summer Festival

Prenant place sur Sanctuary, d'entrée ça ne va pas . Tout excité de voir le groupe défendre leur excellent dernier méfait "Adveniens" paru en avril dernier, succédant au déjà très bon "Cobra Verde", l'attente n'est malheureusement pas au rendez-vous pour un problème de son évident; il n'y a pas de façade! Rien ne ressort dans le public! M'étant installé proche de la console-son pour en tirer le meilleur, me voilà obligé d'enlever mes bouchons d'oreilles pour arriver à capter quelque chose.
Le quintet a beau se donner à fond avec un plus pour le bassiste Stefano Franceschini (Aborted,Ghouls) dont la prestation fut remarquable, il manque toute l'énergie délivrée musicalement par le combo dont les albums studio sont époustouflants. Seul le chant se démarque mais il est trop fort par rapport aux restes des instruments n'arrivant donc pas à rattraper ce set qui aurait pu être mémorable.
Convaincu de la qualité et du professionnalisme des italiens, attendons de les recroiser sur une prochaine date pour s'en faire une réelle idée en live.

Alternant tout le week-end Sanctuary et Blackwaters, c'est NECROWRETCH qui marquera notre attention . Délivrant un black metal old school radical et en tournée sur "Satanic Slavery" paru en avril dernier, le quintet entame leur set avec "Putrid Death Sorcery".

Fall Of Summer Festival

Pour ceux qui ont déjà assisté à la prestation du quartet français, point de surprise, Vlad et ses comparses jouent leur musique à l'instar de leurs albums, de façon brutale et malsaine avec un travail sur le son pour qu'il reste old school. Le problème de ce type de sonorité en festival fait que le rendu n'est pas optimal et que c'est un peu brouillon. Ca joue vite, propre, c'est incisif, le public est comblé car on sent le dynamisme contagieux du combo mais en tendant vraiment l'oreille, on peine à reconnaître les morceaux. Vous ajoutez trop de réverb dans le micro du frontman et ça masque l'effet escompté.
Pour avoir déjà assisté à la prestation des français en salle, j'ai préféré; cependant NECROWRETCH assure son show avec envie et passion tout en comblant le public, moi y compris et c'est tout ce que l'on demande: passer un bon moment surtout avec la pluie qui s'annonce et qui va s'inviter tout le week-end.

Sans transition après ce black musclé, place à du gros brutal death US avec les pionniers du genre BROKEN HOPE! Ouch, quelle claque! En tournée pour le dernier album paru juste avant l'été via Century Media Records, "Mutilated and Assimilated", le quintet n'est pas réputé pour faire dans la dentelle et ce sera le cas sur scène!

Fall Of Summer Festival

Ouvrant le set avec le titre éponyme, le frontman, Damian "Tom" Leski, envoie tout ce qu'il a de façon directe et efficace. Ca joue vite, ça blaste, ça growle! Bien que le son soit un peu faiblard au début du set, ce dernier se bonifiera pour délivrer quelque chose de convenable même si ce n'est pas parfait et toujours bien mieux que celui d'HIDEOUS DIVINITY.
Rapidement, au fil de la setlist, on sent la puissance de la musique du quintet originaire de Chicago. L'énergie et la brutalité découvertes sur le dernier méfait en date sont bien là pour le plus grand plaisir des fans prenant baffes sur baffes!
Bien que le public soit statique (et le temps n'aide pas), le charismatique frontman ne démord pas et envoie tout ce qu'il a, accompagné des musiciens jouant vite et bien. La setlist défile avec très peu de pause, le jeu des américains est musclé.
Malgré une moyenne d'âge plus proche des 50 balais que des 40, les musiciens sont comme des ados dans leur coeur et c'est ce qui les inspire; c'est aussi ce que l'on ressent sur scène où l'on palpe clairement cette envie de jouer et de faire plaisir.
3/4 d'heure de set sans faille, sans baisse d'énergie et de jeu avec précision, BROKEN HOPE revient en France et en tournée européenne avec la certitude de tout dévaster. Super show!

Dans la même veine et pour ne pas changer de registre, restons dans le brutal death avec CATTLE DECAPITATION assurant la tête d'affiche de la tournée avec BROKEN HOPE et HIDEOUS DIVINITY et comme à l'accoutumée va orchestrer un set dévastateur.

Fall Of Summer Festival

Toujours sur la tournée de l'album "The Anthropocene Extinction" paru en 2015 via Metal Blade Records, les bouchers américains délivrent un set d'une brutalité extrême. Déjà bien servi avec BROKEN HOPE, on monte d'un cran et c'est à un véritable défouraillage de nuques auquel nous assistons. Vu la rapidité du jeu et l'enchainement impressionnant des riffs, les musiciens sont assez statiques concentrés sur leurs accords. En revanche, le frontman Travis aux yeux exorbités et au visage faisant froid dans le dos, occupe la scène de tout son espace. S'aspergeant régulièrement la tête d'eau pour accentuer la folie de son jeu, il hurle avec rage et violence les textes de ses chansons. Très peu de pause entre les morceaux, ça joue vite et fort et la setlist est délivrée sans fausse note.
Pour avoir déjà vu le combo sur scène au Hellfest 2016, il en fut de même! Pas de demi-mesure, le quintet californien se donne à fond sur le temps qui lui est imparti et exploite chaque seconde pour en délivrer un maximum. Pas de déception donc pour les fans du genre, en revanche, un grand moment de solitude pour ceux qui découvrent car c'est une grosse claque dans la gueule que l'on prend lorsque l'on assiste à une prestation du combo.

Enchainant le fest avec SORTILEGE TRIBUTE, MERCILESS, MAGMA et SHINING, on baisse de niveau sonore et d'intensité mais pas moins de qualité permettant ainsi de se reposer les oreilles et la tête de cette succession de brutalité nous ayant bien maltraité cet après-midi.

C'est sous une pluie battante que nous assistons aux prestations de ces groupes pour nous interesser plus particulièrement à celle de Gaahl et de son nouveau groupe actif depuis septembre 2015, GHAALS WYRD succédant ainsi GOD SEED. Le chanteur mythique et controversé norvégien a fondé ce groupe suite aux divergences artistiques qu'il avait avec les membres de GOD SEED et de pouvoir continuer d'exploiter les titres qui l'ont rendu célèbre dans ces anciennes formations dont GORGOROTH.

Fidèle à lui-même, le personnage est fascinant. Maquillé de bandes blanches et noires en alternance, GHAAL n'a pas pris une ride et reste reconnaissable entre mille.
L'adorateur de Satan arrive sur scène après les membres de son groupe en entonnant les premières paroles de "Carving a Giant (Gorgoroth cover)". Sûr de lui et de son aura, la frontman norvégien occupe la scène avec prestance et aisance, marchant, naviguant entre ses musiciens qu'il laisse sur le devant de la scène.
L'homme est impressionnant et magistral dans son show. Vêtu d'un simple jean noir et d'un perfecto, son talent de chanteur fait le reste et il passe aisément du scream au chant clair poussé avec puissance et justesse.

Fall Of Summer Festival

Les musiciens jouant à la perfection, l'accompagnent dans ce cover de Gorgoroth dont 4 titres de la setlist sont empruntés au groupe mythique. L'enchainement des morceaux se fait avec justesse et Ghaal impressionne par sa maîtrise et par sa capacité à se laisser emporter par son art, particulièrement sur l'incantation délivrée au début du titre "Incipit Satan".
Après une heure de set passée sous la pluie, Gaahl remerciera son public sans en faire des tonnes, certainement avec BROKEN HOPE la meilleure prestation de cette première journée plus arrosée que festive ayant transformé la fameuse butte engazonnée en une pente sacrément boueuse où il convient de marcher prudemment pour éviter de finir avec un masque de boue!
C'est sur cette dernière prestation que la première journée du Fall Of Summer s'arrête pour moi, les conditions climatiques diluviennes couvrant la base de loisir de Torcy me décourageront des prestations d'ANNIHILATOR et de PRIMORDIAL qui ont su se démarquer et accrocher un public plus courageux que moi.

Anibal Berith