WARDRUNA - “First Flight of the White Raven” virtual show
Anibal BERITH
Journaliste

«Techniquement bien réalisé, le show manque d'émotions et dévoile une prestation plutôt froide.»

Créé 26/03/2021
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Faisant suite à cette pandémie de Covid qui s'est bien installée pour durer de façon indéterminée, les live streaming se multiplient et ce soir 26 mars 2021, c'est au tour de Wardruna de faire le sien en mondio-visio. Cette diffusion ne se substitue pas à la tournée mondiale reportée et propose une toute autre approche de l'univers du groupe norvégien formé par l'incontournable Einar Selvik il y a près de 20 ans !
Profitant de la sortie du cinquième album, intitulé "Kvitravn" et paru le 22 janvier dernier, ce show virtuel s'appuie en partie sur quatre titres de ce dernier, agrémenté de neuf titres supplémentaires puisés dans la discographie de la formation pour proposer une setlist de treize morceaux pour 75 minutes de prestation.

Il n'est pas tout à fait 21h lorsque débute la diffusion par un court échange entre le leader de la formation et l'animateur (connu pour ceux qui ont eu la chance d'assister à la "release party" de l'album la veille de sa sortie). Le show ayant été enregistré, ils échangent très brièvement sur le contenu et Einar souhaite que l'audience connectée passe un bon moment malgré la situation et le format particulier de ce spectacle.

Ecran noir puis l'image propose un gros plan fixe sur Einar; cette dernière est volontairement floutée puis s'élargit sur les six autres membres du groupe. L'instant est solennel, juste des cris de corbeaux en fond sonore puis le cadrage se resserre pour mettre en valeur chacun des protagonistes. Seuls les visages se distinguent surexposés sur un backdrop/écran sur lequel sont diffusées des images de la Nature et qui sera très peu mis en valeur au cours de la diffusion du spectacle.
Cet instant ne dure que quelques instants et rapidement le plan devient plus large permettant de découvrir l'ensemble du groupe débutant son interprétation par le titre éponyme de l'album en date.

Tout vêtu de noir, le groupe distille à l'unisson 'Kvitravn'. Le son est parfait, le cadrage est dynamique et permet d'immerger le téléspectateur très rapidement dans l'ambiance cérémoniale déployée par le septet. Le réalisateur tente de mettre tout le monde en valeur et il y parvient. Même si les compositions de Wardruna sont l'oeuvre d'Einar, elles ne sont rien sans ses fidèle compagnons de route dont l'incontournable Lindy-Fay Hella qui fait partie intégrante du line-up et dont la place, dans ce show virtuel, est tout aussi importante que celle du frontman.

Globalement, la prestation est très sobre et invite au recueillement et au partage. Une large place visuelle est donnée aux instruments et à leur manipulation, chose qu'il est difficile d'apprécier au cours d'un "vrai" live et auquel il est intéressant d'assister, ici, à défaut de l'ambiance chaleureuse du public manquant cruellement.
Le decorum est minimaliste et se manifeste davantage par le jeu des lumières qui s'adapte à la setlist et par conséquent aux thèmes des chansons interprétées. C'est ainsi que le groupe se voit plongé dans une nappe de brume sur 'Skugge', illuminé de lights jaunes/orangées sur 'Solringen' ou encore noyé dans les ténèbres sur 'Raido'.

Au-delà du charisme d'Einar, Lindy-Fay n'a rien à lui envier et lui donne la pareille brillamment. Elle est totalement habitée, plus qu'Einar lui-même, qui doit aussi se concentrer sur son jeu musical. La chanteuse maîtrise son organe à la perfection et le pousse à son paroxysme pour apporter un mysticisme certain à l'ensemble de la prestation. En second plan, c'est sur elle que repose la profondeur des compositions. Je trouve le duo complémentaire avec l'ésotérisme qu'elle apporte au côté organique de la musique de l'oeuvre. Le titre 'Isa' aux allures glaciales lui est d'ailleurs entièrement dédié.

La setlist défile rapidement, les chansons choisies ne sont pas très longues et l'absence de dialogue, même face à une caméra, confère une froideur certaine et met une barrière avec le téléspectateur en plus de celle de l'écran. Là où tous les groupes qui se prêtent à cet exercice périlleux réussissent à embarquer le public avec eux malgré la situation (Avatar, Obituary, Behemoth, TesseracT, Danko Jones etc...) Wardruna n'y arrive pas alors qu'il y réussit indéniablement en live physique.

Habitué à assister régulièrement à ce type de prestation, je l'ai trouvée plus glaciale qu'un concert de black metal alors que ce n'est pas dans les habitudes du septet norvégien. Certes la musique de Wardruna ne se prête pas à l'ambiance festive des concerts que je cite plus haut, mais, je trouve que le côté solennel à quoi nous a habitué la formation, cette communion qui se passe à chacune des prestations des scandinaves n'y est pas et qu'il a été accordé trop d'importance à la technique au détriment de l'émotionnel. Alors, oui, le thème musical et lyrique porte à l'introspection et à la méditation mais en absence de chaleur humaine et d'environnement naturel propices à cet état, un échange avec l'audience était indispensable.

Setlist :
Kvitravn
Skugge
Solringen
Bjarkan
Raido
Voluspá (Skaldic Version)
Isa
UruR
Grà
Vindavlarljod
Rotlaust tre fell
Fehu
Helvegen