The Amity Affliction - Silent Planet - Varials - Orthodox - 06 Octobre 2026 - Élysée Montmartre
«Entre violence et vulnérabilité, une soirée Metalcore comme on les aime»
PAULINE Journaliste
Metal
06/10/2026
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Il y a des soirées qui ressemblent à de véritables marathons Metalcore, et celle-ci en faisait clairement partie. Avec plusieurs affiches particulièrement solides réunissant notamment I Prevail et Polaris au Zenith ou encore Humanity’s Last Breath à la machine du moulin rouge, la scène Metalcore et ses différentes déclinaisons avaient de quoi faire parler la poudre.
De notre côté, direction The Amity Affliction pour une soirée qui promettait autant de violence que d’émotion.
Reste une question : dans une salle loin d’être pleine et un public parfois étonnamment contemplatif, l’intensité musicale suffit-elle à faire décoller la fosse ?
Orthodox : un rouleau compresseur pour ouvrir les hostilités
Orthodox attaque avec l’artillerie lourde et balance d’entrée l’un de ses morceaux phares Sacred place.
Le ton est donné : riffs tranchants, groove massif et batterie qui cogne comme un marteau. Le groupe ne fait pas dans la dentelle « We’re here to ruin your fucking night ! » Le message est limpide.
Pourtant, malgré les sollicitations répétées du chanteur, la fosse peine à véritablement s’animer.
La salle est loin d’être pleine et une bonne partie du public semble préférer observer le spectacle plutôt que d’y participer.
Pas de quoi décourager la formation qui réclame davantage de mouvement et finit par lancer un « I don’t care how many of you are in here, show me your horns ! ».
L’énergie ne manque pourtant pas sur scène. Les lumières agressives découpent l’espace, le son est excellent et la batterie vient sublimer des riffs déjà particulièrement incisifs.
On se retrouve rapidement happé par cette mécanique brutale, portée par un groupe aussi solide que communicatif.
Dans la fosse, quelques irréductibles mosheurs répondent présents et tentent de lancer la machine. Sans parvenir à transformer la salle en champ de bataille, Orthodox assure néanmoins une mise en jambe particulièrement efficace.
Le public est prévenu : la soirée ne sera pas de tout repos.
Varials : toujours plus lourd, toujours plus sombre
Dans la continuité d’Orthodox, Varials poursuit les hostilités, mais en poussant encore davantage le curseur vers la lourdeur. Les tempos semblent ralentir, les riffs s’épaississent et l’atmosphère se fait plus sombre. Ici, chaque coup paraît peser une tonne.
La fosse, elle, reste fidèle à son étrange retenue. Quelques mosheurs continuent de défendre vaillamment les couleurs du chaos, tandis que le reste de la salle observe, presque religieusement, le déroulement du set.
Le groupe ne se laisse pas démonter pour autant et enchaîne les morceaux avec une efficacité redoutable.À l’image de leurs prédécesseurs, les musiciens n’hésitent pas à solliciter le public. La communication est bien présente, même si l’énergie peine encore à se diffuser pleinement dans la salle.
Le set gagne toutefois en chaleur au fil des morceaux, et la fin de prestation semble enfin amorcer un léger réveil collectif.
Varials livre ainsi une prestation parfaitement calibrée, sombre et massive, qui confirme la cohérence de cette première partie de soirée. Reste à espérer que le public saura se libérer un peu plus pour la suite.
Silent Planet : une parenthèse atmosphérique et engagée
Avec Silent Planet ( arrivant sur scène avec lunettes bérets « à la française ) changement de décor. Les lumières se font plus colorées, la scénographie gagne en relief et l’univers visuel devient immédiatement plus étrange, presque irréel.
On quitte la brutalité frontale des deux premiers groupes pour entrer dans quelque chose de plus atmosphérique, où les riffs mélodiques et les passages en chant clair viennent ouvrir de nouvelles perspectives.
Le groupe semble aussi parvenir à embarquer davantage de monde dans son délire.
L’ambiance prend une tournure un peu plus décalée, sans perdre cette intensité propre à Silent Planet. La proposition musicale, elle, se révèle particulièrement riche : le metalcore se teinte parfois de sonorités presque progressives, entre envolées mélodiques, techniques et séquences plus lourdes.
Mais Silent Planet ne se contente pas de soigner son atmosphère.
Le groupe assume également une dimension politique et engagée, avec une dédicace à l’Ukraine et des prises de parole qui donnent un relief supplémentaire à certains
morceaux. L’avant-dernier titre Panic Room semble notamment prolonger cette volonté de faire de la musique un espace d’expression qui dépasse le simple
défouloir.
Dans la fosse, l’énergie commence enfin à se libérer. Un premier circle pit semble enfin prendre forme, quelque chose semble se débloquer, comme si cette troisième proposition avait réussi à réveiller une partie du public.
Silent Planet offre une transition particulièrement bienvenue : plus mélodique, plus immersive et plus nuancée, sa prestation prépare idéalement le terrain pour la tête d’affiche. Car après la violence d’Orthodox et Varials, il est temps de laisser parler les émotions.
The Amity Affliction : quand la fosse se transforme en exutoire
Dès les premières notes de « Pittsburgh », le ton est donné. Les nappes de violons installent une atmosphère chargée d’émotion, et le public entonne déjà le refrain.
La salle semble alors changer de dimension : ce qui paraissait parfois manquer de vie pendant les premières parties se transforme en une véritable communion autour de morceaux qui ont accompagné bien des histoires personnelles.
The Amity Affliction ouvre ainsi son set avec un titre emblématique, immédiatement repris par les fans. La formation reste relativement sobre dans son occupation de la scène, mais l’émotion, elle, est partout.
Les lumières bleues drapent l’espace d’une mélancolie presque permanente, tandis que la scénographie accompagne avec justesse les variations de la musique.Après « All My Friends are dead », le groupe propose au public de choisir entre « Chasing Ghosts » et « Open letter » avant d’entamer les notes de cette dernière .
Une attention qui renforce ce sentiment de proximité entre les musiciens et la salle.
La configuration du concert accentue encore cette impression : il y a de l’espace, beaucoup d’espace même, et la foule est loin de remplir les lieux.
Paradoxalement, cette relative intimité donne à la prestation une dimension presque personnelle. Le groupe, lui, joue à fond et ne semble rien vouloir céder à ce contexte.
C’est aussi la première fois que je découvre The Amity Affliction dans cette nouvelle formation, avec son nouveau batteur et son nouveau chanteur clair.
Une curiosité qui devient rapidement l’un des points d’intérêt du concert.
Sur les anciens morceaux, la voix de Jonathan Reeves semble parfois épouser les contours de celle de son prédécesseur, tandis que les titres plus récents lui permettent d’affirmer une identité plus personnelle. Le contraste est intéressant, et l’on se surprend à tendre l’oreille pour saisir la manière dont il navigue entre ces deux registres.
Puis vient le moment où la soirée bascule franchement dans l’émotion.
Après un début de set éprouvant, l’atmosphère se charge d’un poids
supplémentaire sur « All fucked up »
L’introspection qui traverse la discographie du groupe prend tout son sens : certains spectateurs se prennent dans les bras, d’autres gardent les yeux rivés sur la scène, immobiles, comme suspendus à chaque parole. Les téléphones s’allument et les voix s’élèvent dans un moment de communion sincère.
Plus qu’un simple concert, la prestation prend alors des allures d’exutoire collectif.
The Amity Affliction a toujours su mettre en musique les blessures, les pensées sombres et les fragilités que l’on peine parfois à formuler. Dans cette salle qui n’a pourtant rien d’une marée humaine, ces chansons semblent trouver un écho particulièrement fort. On ne vient pas seulement écouter des morceaux : on vient aussi y retrouver quelque chose de soi.
Arrive « Death’s Hand » pour finir et quelle claque. Le morceau fait partie de ces titres qui suffisent à raviver instantanément
l’intensité d’un concert, et il constitue l’un des grands plaisirs de cette fin de set.
Après les moments de recueillement, place à une dernière décharge émotionnelle et sonore.
Le groupe quitte finalement la scène avant de revenir pour le rappel. « Soak Me in Bleach » vient conclure la soirée, dans un dernier élan qui rassemble tout ce qui a fait la force de cette prestation : des mélodies fédératrices, une lourdeur toujours
présente et cette capacité à faire résonner des émotions très personnelles à l’échelle d’une salle entière.
Le bilan : quatre visions du metalcore, une même intensité
Orthodox et Varials auront proposé une entrée en matière brutale et sans compromis, même si la fosse s’est parfois montrée plus contemplative qu’attendu.
Silent Planet aura apporté une respiration bienvenue, entre atmosphères travaillées, mélodies et engagement.
Enfin, The Amity Affliction aura ramené la soirée à quelque chose de plus intime, en transformant ses chansons en autant de points de rencontre entre le groupe et son public.
L’affluence limitée a parfois pesé sur la dynamique collective. Mais c’est aussi ce qui rend la prestation de The Amity Affliction intéressante : malgré l’espace laissé libre dans la salle, l’émotion, elle, ne manquait pas de prendre de la place.
Une soirée qui rappelle que le metalcore ne se résume pas aux riffs les plus lourds ou aux pits les plus violents. Il peut aussi être ce refuge où l’on chante à pleins poumons, où l’on serre un inconnu dans ses bras et où, le temps d’un morceau, on se sent un peu moins seul.