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Report Grace Bowers aux Etoiles le 9 juillet 2026

«Grace Bowers est une musicienne complète, une guitariste remarquable, une frontwoman charismatique et une compositrice qui possède déjà une identité artistique bien affirmée.»
CARMZIOFA
Rédacteur en Chef
Rock
09/07/2026
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Il y a des artistes dont on pressent le potentiel. Et puis il y a ceux qui, dès les premières minutes d'un concert, dissipent le moindre doute. À seulement 19 ans, Grace Bowers appartient déjà à cette seconde catégorie. Pour sa toute première tournée européenne – réduite à deux dates seulement, Londres et Paris – la jeune guitariste américaine faisait escale aux Étoiles, offrant au public français un concert aussi énergique que prometteur.

Dès "Outta Sight, Outta Mind", l'intention est claire : pas de démonstration technique gratuite, mais du rock vivant, brûlant, profondément ancré dans la tradition des années 70 tout en restant résolument actuel. Seulement voilà, le destin décide de pimenter les débuts du concert. À peine le premier morceau terminé, l'ampli principal de Grace rend l'âme.

Loin de déstabiliser le groupe, l'incident donne lieu à un moment aussi imprévu que réjouissant. En attendant qu'une solution soit trouvée, Grace branche sa guitare sur l'ampli du second guitariste et le groupe improvise quelques minutes en formation guitare-basse-batterie. Aucun flottement, aucun stress apparent : simplement trois musiciens qui continuent à jouer avec le sourire. Une séquence qui en dit long sur leur spontanéité et leur expérience de la scène.

Une fois les problèmes techniques résolus, le concert reprend son rythme de croisière... et quel rythme !

Grace Bowers ne tient pas en place. Elle bouge sans arrêt, multiplie les poses rock, échange des regards complices avec ses musiciens et joue avec un plaisir communicatif. Rien ne paraît calculé. Tout semble naturel. On retrouve cette attitude que possèdent les grands guitar heroes : celle de quelqu'un qui vit littéralement sa musique.

Mais le plus impressionnant reste peut-être son jeu de guitare.

Depuis plusieurs années déjà, les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux avaient laissé entrevoir une musicienne hors norme. En concert, la promesse est largement tenue. Son toucher oscille entre le blues, le southern rock, le funk et le classic rock avec une étonnante maturité. Les solos sont fluides, jamais bavards, toujours au service des morceaux. On pense évidemment aux grands guitaristes des seventies, mais sans jamais avoir l'impression d'assister à un simple exercice de nostalgie.

Les compositions du groupe possèdent une vraie personnalité. "Cigarettes for Breakfast", "Girl Like That", "Future Trip", "Fleas" ou encore "Nosy Parker" s'enchaînent avec une efficacité redoutable, alternant riffs massifs, grooves irrésistibles et refrains accrocheurs. La reprise de "Celebrity Skin" apporte une dose supplémentaire d'énergie, tandis que le medley "Brutal / Queens of Noise" montre à quel point le groupe aime puiser dans l'histoire du rock tout en la réinterprétant avec fraîcheur.

À 19 ans, Grace Bowers fait déjà preuve d'une étonnante maturité musicale. Là où certains jeunes prodiges misent tout sur la vitesse ou la démonstration, elle privilégie le feeling. Chaque note semble avoir une intention. Chaque solo raconte quelque chose. Cette capacité à jouer pour les chansons plutôt qu'à jouer sur les chansons est sans doute ce qui impressionne le plus.

Tout n'a cependant pas été parfait.

Le principal regret de la soirée concerne le son. Ou, plus précisément, le mixage de la voix. Pendant pratiquement tout le concert, le chant de Grace est resté trop en retrait, noyé dans l'épaisseur instrumentale. Les paroles perdaient en intelligibilité et certaines nuances vocales disparaissaient complètement derrière les guitares. C'est d'autant plus dommage que les rares moments où la voix ressortait laissaient deviner un vrai potentiel. Ce problème semble davantage relever de l'équilibre de façade que de la prestation elle-même, mais il constitue le seul véritable bémol d'une soirée particulièrement réussie.

Le concert s'achève dans une ambiance euphorique avec "Eat Shit", avant un rappel où le groupe revisite "Hollywood Swinging", transformant la salle en une véritable fête où le funk vient rencontrer le rock avec une aisance déconcertante. Une conclusion parfaite pour un concert qui n'aura quasiment jamais relâché la pression.

Cette première venue parisienne aura surtout confirmé ce que beaucoup pressentaient déjà outre-Atlantique : Grace Bowers n'est pas une simple révélation des réseaux sociaux ni un phénomène générationnel éphémère. C'est une musicienne complète, une guitariste remarquable, une frontwoman charismatique et une compositrice qui possède déjà une identité artistique bien affirmée.

Si elle continue sur cette trajectoire, il ne fait guère de doute que les salles comme Les Étoiles deviendront rapidement trop petites pour l'accueillir. Les Américains l'ont déjà bien compris. Les spectateurs parisiens présents ce soir-là ont simplement eu la chance de la découvrir avant tout le monde.