Report EVANESCENCE @Le Grand Rex le 28/03/2018!
Peetoff
Journaliste

«En ce qui concerne le concert d'Evanescence, j'ai été bluffée par le talent d'Amy Lee, en revanche sa présence scénique laissait clairement à désirer, ce qui était d'autant plus problématique qu'elle a tenu le rôle principal toute la soirée.»

Créé 28/03/2018
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Report : Enora Nattfödd

Pour célébrer la sortie de « Synthesis », Evanescence a voulu faire les choses en grand et nous a organisé un concert dans la majestueuse salle du Grand Rex avec un orchestre. Si je suis d'un côté très heureuse d'enfin pouvoir voir le groupe sur scène, j'appréhende un peu ce « show spécial » car ma dernière expérience de ce genre remonte au concert d'In Flames à l'Alhambra et laissait clairement à désirer. Néanmoins, le concept est ici très différent et j'ai plutôt hâte de voir ce que cette soirée nous réserve !

Dès 19h30, alors que moins d'un quart du public est installé dans la salle, l'orchestre commence à s'accorder et les lumières s'éteignent. Sans plus tarder, c'est du Mozart qui lance la soirée, accueilli, à ma grande surprise, par un éclat de rire du public. Etant donnée que je suis une fan absolue de musique classique, je trouve cela plutôt consternant, mais passons. Finalement, des applaudissements accueillent la fin de ce premier morceau, que j'ai déjà entendu interprété de façon plus propre ; cependant, j'apprécie l'effort de laisser l'orchestre qui accompagne le groupe assurer la première partie et je ne pense pas retrouver ce genre de concert de musique classique en ouverture de groupes comme Evanescence fréquemment. Le piano prend la suite avec « Moonlight Sonata » de Beethoven. Les plus gros « tubes » du Classique semblent avoir été choisis pour nous faire patienter jusqu'à l'arrivée du groupe. Je le regrette un peu car, sous prétexte de rendre accessible la musique classique en proposant des titres que tout le monde a déjà entendu, d'où l'éclat de rire sur le premier morceau je suppose, on ne permet pas aux gens de découvrir d'autres compositeurs. Mais restons sur une note positive, Evanescence a eu une très bonne idée en s'entourant de cet orchestre. Malgré tout, quelle tristesse de voir autant de gens discuter pendant cette performance... La sonorisation des instruments classiques est assez complexe, c'est pourquoi je ne critiquerais pas trop le travail des ingénieurs-sons mais j'ai quand même du mal à comprendre que la harpe soit trois fois plus forte qu'un ensemble de quinze cordes... On ne pouvait y échapper, c'est maintenant du Danny Elfman avec « Sally's Song », tirée du Noël de Mr. Jack. Que dire devant ce concert où nous sont balancés pêle-mêle des titres de toute origine et de tout style, en passant même par la musique de Zelda, s'il vous plait ? C'est assez irritant de constater que Mozart, Danny Elfman et Zelda sont mis dans le même sac en ouverture du concert d'Evanescence. Et qu'est-ce que ça manque de précision rythmique ! La musique classique est affaire de rigueur ! Cet enchaînement sans queue ni tête donne un résultat décousu où de courts morceaux sans lien s'enchaînent après de courtes pauses. Et le public crie, et le public siffle... C'est censé être du cirque ou un concert de musique classique ?

Setlist de l'orchestre :
1- La Chasse (Mozart)
2- Moonlight Sonata (Beethoven)
3- Lacrimosa (Mozart)
4- Sally's Song (Danny Elfman)
5- Zeldas' Lullaby (Koji Kondo & Asuka Ohta)
6- Together Again (Version instrumentale)

Durant la pause, je remarque que pop-corn, coca et autre ont fait leur apparition… Nous sommes décidément bien au cirque et nullement à un concert ; si j'avais su, je me serais épargné le déplacement. Vous me trouvez sans doute injuste mais plus la soirée avance, moins je comprends l'intérêt d'organiser un tel concert. La musique classique n'a pas été mise à l'honneur, le public se croit chez lui, devant la télévision, l'atmosphère est vraiment étrange et pas des plus agréable. Pour nous faire patienter, c'est tantôt du Björk, tantôt des choses plus Blues voire de l'Electro planant. Cette soirée s'annonce vraiment brouillonne...

Les lumières s'éteignent une nouvelle fois et une musique d'ouverture introduit l'arrivée sur scène de l'orchestre. Le nombre de personnes qui filment alors que les musiciens s'accordent est prodigieux... Comme quoi, mettez 1 500 fans de musique dans des sièges et ils se transforment en public de cinéma. Je ne m'attarde pas sur les hurlements hystériques qui accompagnent l'arrivée sur scène du groupe puisque je m'y attendais un peu, connaissant la réputation de groupies des fans du groupe... Et, pour être honnête, je trouve plutôt ça touchant que des artistes suscitent une telle ferveur chez leur public ! Malheureusement, le premier titre, « Never Go Back », confirme ce que je craignais le plus : j'ai davantage l'impression d'assister à une performance d'Amy Lee qu'à un concert d'Evanescence. Je pense de plus en plus que mon parallèle avec le concert d'In Flames était justifié puisque j'ai la même impression d'avoir droit au show d'un chanteur/d'une chanteuse égocentrique qui relaie ses musiciens au dernier plan… Bien sûr, ce que je dis n'enlève rien à l'incroyable talent vocal d'Amy Lee qui assure à la perfection absolument toutes ses notes. Après « Lacrymosa », elle prend d'ailleurs la parole : « Comment ça va Paris ? Nous sommes vraiment ravis d'être ici ce soir. J'ai d'excellents souvenirs dans cette ville et c'est vraiment un endroit spécial alors merci de nous avoir ici ce soir. Merci à vous ! ». Alors qu' « End Of Dream » résonne, je me surprends à penser que c'est décidément très beau à écouter, mais incroyablement mou et plat à regarder. Je sais que je vais me mettre des gens à dos mais autant être sincère : à moins d'être fan du groupe, d'aimer regarder de jolies lumières projetées sur un rideau ou de vénérer la voix d'Amy Lee, ce show s'avère plutôt assez chiant.

Mon but n'étant pas de démolir sans raison la performance du groupe, je reconnais que l'effet produit par l'orchestre est assez magistral et impressionnant musicalement parlant mais visuellement, tous les musiciens restent statiques, tout comme la chanteuse qui se contente d'allers-retours entre son piano et le pied de micro. A un moment, un fan hurle : « Amy, je t'aime ! », ce à quoi elle répond par un « Merci. » qui sonne comme un murmure. Visiblement, elle n'avait pas prévu de parler à ce moment là puisque le début de « Lithium » s'élève déjà. La communication n'a pas l'air d'être sa priorité dans ce show clairement millimétré, mais à force de vouloir tout contrôler, ça manque de vie et de spontanéité... Je vais quand même en profiter pour saluer le travail de la choriste, d'autant plus qu'elle met beaucoup moins de fioritures qu'Amy Lee dans sa prestation, une sobriété qui fait beaucoup de bien. De la même façon, le batteur du groupe est très investi dans son travail, ne se privant pas de faire tournoyer ses baguettes et de bouger un peu la tête. En dehors de ça, c'est le calme plat et on distingue à peine le guitariste et le bassiste, cachés derrières leurs pupitres. Amy Lee s'adresse alors à nous : « Merci beaucoup. Cette tournée est unique, différente et spéciale pour nous pour beaucoup de raisons, mais la raison principale est qu'on joue avec un orchestre différent chaque soir, alors s'il vous plaît, applaudissez-les. ». Après de chaleureuses acclamations, les premières notes de « Bring Me To Life » s'élèvent, provocant une véritable hystérie parmi les fans.

Le live fait malheureusement émerger un grand problème avec Evanescence : toutes les chansons sont les mêmes. Si c'est extrêmement beau à écouter sur album, en concert cela devient plus problématique, surtout ce soir puisque la performance n'apporte rien étant donné qu'elle reste très froide. La chanteuse se contente d'un : « Merci beaucoup. » pour meubler lorsque l'orchestre se réaccorde. « Unraveling », « Imaginary » et « Secret Door » s'enchaînent sans parvenir à faire changer mon opinion. Bien sûr que c'est merveilleux à écouter, il faudrait être de mauvais foi pour dire le contraire, mais qu'est-ce que c'est plat ! Le groupe n'échange pas avec son public et je ne retrouve rien de la force des concerts auxquels j'assiste habituellement. Pour grossir le trait, on pourrait dire que pour moins cher et pour plus de confort, il vaut mieux acheter un DVD de concert plutôt que de venir voir ce show si spécial ; et je suis assez triste de devoir faire ce constat alors que je me faisais une joie d'enfin découvrir Evanescence en live. La chanteuse vient, une nouvelle fois se placer au centre de la scène : « Merci. Beaucoup des chansons de ce nouvel album viennent en fait d'un travail sur d'anciennes chansons prises à travers l'histoire du groupe. Mais il y en a quelques nouvelles, comme celle-ci. » et c'est bien sûr « Hi-Lo » qu'elle désigne, un morceau plus calme musicalement qui met la voix en valeur. J'en reviens au concept de « show spécial » défendu par Evanescence ce soir et par In Flames il y a quelques mois mais je commence vraiment à me dire que je suis vraiment attachée aux concerts « traditionnels ». C'est peut être un point de vue puriste mais au moins il y a de l'énergie, une relation avec le public, une force de groupe, un moment unique avec ses faux-pas et ses succès, ça ne reste pas un spectacle froid et distant, aussi organisé qu'un défilé militaire. Amy Lee reprend : « Merci beaucoup. La chanson suivante est une des toutes premières et je sais qu'il y a des gens spéciaux dans cette salle parce qu'ils étaient là depuis le tout début. C'est difficile à expliquer mais cette chanson est pour vous. ». Tout le monde s'y attendait : « My Immortal » débute, et ma déception est totale. Sur chacun des lives de cette chanson que j'ai pu regarder, tout le public reprend en choeur les paroles, mais ce soir, personne ne bouge, personne ne chante, personne n'a l'air heureux. Il est assez triste de voir que le public se contente encore et toujours de filmer, avec une ardeur redoublée sur ce morceau si célèbre. Les mains sur le coeur, la chanteuse salue avant de se remettre au piano. « The In-Between » et « Imperfection » précèdent le rappel de ce concert, finalement pas si exceptionnel que ça.

Setlist d'Evanescence :
1- Ouverture
2- Never Go Back
3- Lacrymosa
4- End Of Dream
5- My Heart Is Broken
6- Lithium
7- Bring Me To Life
8- Unraveling
9- Imaginary
10- Secret Door
11- Hi-Lo
12- Lost In Paradise
13- Your Star
14- My Immortal
15- The In-Between
16- Imperfection
RAPPEL
17- Speak To Me (Amy Lee)
18- Good Enough
19- Swimming Home

On ne va pas se mentir, d'ailleurs je n'ai nullement cherché à dissimuler mon point de vue dans ce report : le concert d'Evanescence est loin d'avoir tenu ses promesses. Si l'idée d'avoir un orchestre sur scène est bonne, elle n'a pas été pleinement exploitée, ressemblant davantage à un prétexte qu'à un véritable avantage. En ce qui concerne uniquement le concert d'Evanescence, j'ai été bluffée, comme toujours, par le talent de chanteuse d'Amy Lee, en revanche sa présence scénique laissait clairement à désirer, ce qui était d'autant plus problématique qu'elle a tenu le rôle principal toute la soirée, laissant de côté les musiciens. In Flames avait, selon moi, proposé son plus mauvais concert lors de leur show spécial en mars 2017, mais ils avaient rebondi en offrant un concert monumental lors de leur tournée avec Five Finger Death Punch en fin d'année ; j'ai donc envie de laisser une nouvelle chance à Evanescence lors d'un concert plus « normal », mais sans doute plus chaleureux.