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Report Audn,The Great Old Ones,Gaahls WYRD @ Le Petit Bain le 03/12/2017

«Gaahls Wyrd est la preuve vivante que le Black Metal peut être incarné en sobriété sans rien perdre de sa beauté et de sa force.»
PEETOFF
Journaliste
Black Metal
03/12/2017
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Report : Enora Nattfödd
Photos : Acta Infernalis

Le froid a probablement dissuadé les fans de venir tôt ce soir, mais un petit groupe est déjà là, patientant devant Le Petit Bain en essayant vainement de faire fi des températures glaciales. A 19H, les portes s'ouvrent enfin pour une soirée qui s'annonce aussi prometteuse que légendaire puisqu'Audn, la nouvelle révélation venue d'Islande ouvre la soirée en compagnie de The Great Old Ones qui erre dans l'univers de Lovecraft pour Gaahls WYRD, projet de Gaahl, ancien leader de Gorgoroth pour ne citer que ce groupe.

A 19H30, le quatuor islandais apparaît sur scène, mené par l'un de leurs guitaristes et entame, sans plus tarder, « Veröld hulin ». Une rythmique lancinante se met doucement en place, suivie des guitares, parfois dissonantes. Le morceau est plutôt contemplatif et permet une immersion en douceur dans les compositions pourtant dures du groupe. Cette ouverture instrumentale permet de poser un cadre au set d'Audn avant que leur chanteur ne les rejoigne pour ajouter ses screams puissants à l'ensemble. Sa voix parfois presque étouffée renforce la noirceur des titres, une fois que quelques réglages aient été effectués en régie pour permettre au public de profiter pleinement de ses capacités vocales, à partir de « Lífvana jörð ». La petite scène ne se prête pas aux grands mouvements mais les musiciens se montrent investis et presque aussi envoûtés que nous en se laissant aller à quelques mouvements de headbang. Le set se poursuit avec « Haldreipi hugans » et « Prísund ». L'atmosphère est solennelle et mystérieuse et je salue la capacité du groupe à emporter toute une fosse avec lui, sur des chemins sombres et mystiques qui font ressurgir des voix du passé. Mais Audn se distingue également par son apparence sur scène puisque les musiciens ont mis au placard les tenues en cuir et les chaînes de métal pour se présenter devant nous en costumes noir avec chemise et veste et sans aucun maquillage. « Ljósaslæður » prend la relève, plus doux et aérien, rappelant le début du set du groupe qui ne nous a, jusque là, pas laissé un instant de répit. Le public semble très réceptif à leurs créations musicales et à leur présence scénique, très impressionnante pour un groupe aussi jeune. La lenteur hypnotique de certains morceaux comme « Blóðrauð sól », dans la veine du Post-Black actuel, crée une sorte de transe dont nous ne sortirons que lors du changement de set, mais celui-ci semble si loin au moment où les Islandais commencent « Eilífar nætur » ou encore « Skuggar ». Je pense que personne ne voulait voir leur passage sur scène s'achever aussi vite et que beaucoup retourneront les voir dès que l'occasion se présentera. Après le sublime « Í hálmstráið held », et sous les applaudissements du public, Audn quitte la scène après un show aussi mémorable que technique qui a confirmé ce que beaucoup ont annoncé : la naissance d'un grand groupe !

Setlist d'Audn :
1- Veröld hulin
2- Lífvana jörð
3- Haldreipi hugans
4- Prísund
5- Ljósaslæður
6- Blóðrauð sól
7- Eilífar nætur
8- Skuggar
9- Í hálmstráið held

La scène ne reste pas vide bien longtemps et ce sont les Français de The Great Old Ones qui prennent la relève. Le public leur a réservé un accueil chaleureux auquel ils ne manquent pas de répondre avec l'introduction « Searching For R. Olmstead » suivie de « The Shadow Over Innsmouth ». Si vous êtes familier de la littérature et en particulier des ouvrages de HP Lovecraft, les titres évocateurs des chansons du groupe ne peuvent que vous rappeler des souvenirs de l'atmosphère mystérieuse et pourtant si riche de l'auteur dont l'imaginaire pave les créations de The Great Old Ones. Les titres sont longs et beaucoup plus lourds que ceux d'Audn. C'est peut être ce manque de finesse qui m'empêche d'adhérer totalement à ce qu'ils proposent, mais je ne peux leur enlever leur présence scénique ni leur violence. Le duo batterie-basse ne relâche pas une seule seconde la tension, renforcée par les sons aigus des guitares. Le scream est un peu plus propre que le groupe précédent, mais le mixage ne le met pas forcément toujours en valeur. « When The Stars Align » est le morceau suivant. Le public, déjà conquis, ne se fait pas prier pour headbanguer et lever le poing pour saluer les musiciens encapuchonnés. Le fait d'avoir deux chanteurs-guitaristes permet de jongler avec l'attention du public qui passe sans cesse d'un côté à l'autre de la scène mais, peut être à cause du mixage, je n'ai pas l'impression de remarquer une grande différence entre les deux screams, que ce soit au niveau de la tessiture, de la technique ou de n'importe quoi d'autre, ce qui me laisse assez perplexe quant à ce choix d'avoir deux vocalistes permanents. Après une petite pause avec « Je ne suis pas fou », le groupe revient à la charge avec « Antarctica », un morceau presque martial qui s'articule sur une rythmique implacable. Les hurlements gutturaux se font plus lents, plus longs aussi, à la manière d'une longue plainte qui résonnerait dans la nuit. A la transe d'Audn succède un cauchemar angoissant et mystérieux qui nous force à avancer toujours plus loin dans cet univers torturé en inconnu duquel personne ne s'échappe. Je retrouve un côté un peu plus mélodique sur « Visions Of R'Iyeth », plus travaillé sans doute également. La bestialité de The Great Old Ones semble s'apaiser pour un temps, une vraie bouffée d'oxygène dans ce set étouffant. Le groupe a fait le choix de proposer un rappel de l'ensemble de sa discographie et on revient vers leur album de 2014 avec « The Ascend », à nouveau marqué par une ligne rythmique très chargée sur laquelle les guitares paraissent assurer un bourdon de plus en plus grave. Le set s'achève sur « Wanderings » et « Mare Infinitum » sur lequel le groupe disparait en coulisses. La fosse semble plus prête que jamais à accueillir le maître tant attendu de cette soirée : Gaahl !

Setlist de The Great Old Ones :
1- Searching For R. Olmstead
2- The Shadow Over Innsmouth
3- When The Stars Align
4- Je ne suis pas fou
5- Antarctica
6- Visions Of R'Iyeth
7- The Ascend
8- Wanderings
9- Mare Infinitum

Le moment est solennel, la foule étrangement apaisée, et les membres de Gaahls Wyrd font leur entrée sur scène, sous un déchaînement d'acclamations. La setlist se compose d'une alternance de morceaux des divers projets du chanteur : Trelldom (dont sont issus les trois premiers morceaux : « Steg », « Til Minne… » et « Slave Til En Kommende Natt »), Gorgoroth et God Seed. Tous les membres sont très investis sur scène, les deux guitaristes n'hésitant pas à s'avancer au bord de la scène pour headbanguer. Néanmoins, la présence scénique de Gaahl est tout simplement prodigieuse et empli entièrement la salle de concert. Son aura surpasse sans aucun doute celle de nombreux artistes ayant foulé cette scène avant lui, et son investissement dans le concert est sans faille, puissant et beau. Il faut attendre la première reprise de Gorgoroth, « Sign Of An Open Eye », pour que le public entre dans une frénésie impressionnante, bien que, dès l'accueil du groupe, la ferveur ressentie était bien plus forte que pour Audn et The Great Old Ones : Gaahls Wyrd sont décidément les maîtres de la soirée et le public parisien est déterminé à leur faire honneur. Quelques slammeurs se lancent depuis la scène du Petit Bain (et au vu de ses quarante centimètres de hauteur, c'est un vrai exploit, c'est probablement aussi pour cela que beaucoup de tentatives sont finalement avortées par une chute au sol) et la foule ne cesse d'enchaîner les circle pits et pogos sous le regard amusé mais toujours sombre des musiciens. Quelques titres plus tard, « Carving Like A Giant » provoque un furieux mouvement de foule, les fans se mettant à hurler dès que le morceau est annoncé. Les membres du groupe n'hésitent pas à venir provoquer leurs fans du haut de la scène, arborant des mimiques démoniaques et les invitant à se faire entendre à force de cris. Contrairement aux deux autres groupes, l'apparence des musiciens est bien plus classique : veste en cuir, chaînes, pantalon en latex noir, bottes, maquillage…Mais qui oserait se plaindre de ce bon Black traditionnel et gras ? D'autant plus que la voix de Gaahl apporte une touche mystique aux chansons, pourtant portées par une batterie endiablée et des guitares dissonantes. Le frontman erre sur la scène, la traversant d'un bout à l'autre. Il laisse échapper le titre des morceaux en un murmure mais ne communique pas davantage, à travers la parole du moins. Au-delà de sa seule présence, il n'hésite pas à s'arrêter devant un fan des premiers rangs et à saisir sa main, plongeant son regard dans le sien pour quelques secondes qui semblent des heures. Et je pense que c'est aussi pour ça que les fans sont aussi réceptifs et investis : Gaahls Wyrd n'est pas qu'une musique ou une performance scénique, c'est aussi et avant tout un échange, l'impression de toucher du doigt un autre univers, si riche et lointain mais pourtant accessible le temps d'une soirée durant laquelle les musiciens se nourrissent de nous tout autant que nous apprenons d'eux. Cette sincérité et cette générosité transpire dans chacune des chansons qui nous sont proposées ce soir, et ne serait-ce que pour cela, je les remercie. Après un très court rappel, le groupe achève sa prestation avec « This From The Past » et « Incipit Satan » dont la lente litanie restera dans beaucoup de mémoire tant la voix de Gaahl est puissante à vous glacer le sang.

Setlist de Gaahls WYRD :
1- Steg (Trelldom cover)
2- Til Minne… (Trelldom cover)
3- Slave Til En Kommende Natt (Trelldom cover)
4- Sign Of An Open Eye (Gorgoroth cover)
5- Awake (God Seed cover)
6- Aldrande Tre (God Seed cover)
7- Høyt opp i dypet (Trelldom cover)
8- Carving a Giant (Gorgoroth voer)
9- From The Running Of Blood (God Seed cover)
10- Lit (God Seed cover)
11- Alt Liv (God Seed cover)
12- Exit – Through Carved Stones (Gorgoroth cover)
13- Wound Upon Wound (Gorgoroth cover)
14- Prosperity and Beauty (Gorgoroth cover)
RAPPEL
15- This From The Past (God Seed cover)
16- Incipit Satan (Gorgoroth cover)

La foule sort extrêmement satisfaite de cette expérience musicale. Audn a fait ses preuves et a confirmé qu'il était essentiel de suivre le groupe à l'avenir. The Great Old Ones ne m'a pas conquise musicalement mais leur univers et leur jeu scénique fait tout son effet. Puisque l'annonce est tombée et qu'ils seront au Hellfest, je vous conseille d'aller voir ce qu'ils donnent en festival. Et enfin, Gaahls Wyrd a dépassé toutes mes espérances, d'autant plus que le dernier concert de Black Metal auquel j'étais allée, celui de Belphegor, m'avait laissé un arrière goût amer tant le groupe jouait sur les clichés et les excès. Gaahls Wyrd est la preuve vivante que le Black Metal peut être incarné en sobriété sans rien perdre de sa beauté et de sa force.