Chroniques

Report OUT OF MY EYES / WIDESPREAD DISEASE / WITHOUT A SIN @ Gibus le 16/02/2018 !
Peetoff
Journaliste

«Out Of My Eyes a été fidèle à lui-même : efficace, propre, original et puissant. La scène française regorge définitivement de pépites.»

Créé 16/02/2018
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Report : Enora Nattfödd
Photos : Acta Infernalis

Le concert de ce soir s'annonce assez intimiste au Gibus puisque Out Of My Eyes présente son album « Concept », sorti le 19 janvier dernier. Pour assurer le show, le groupe s'est entouré de Without A Sin, qui remplace à la dernière minute Dvwkins dont le batteur s'est blessé, et de Widespread Disease, avec qui ils ont déjà joué. La soirée est placée sous le signe du Metalcore (dans sa large acception) parisien et promet quelques belles surprises !

Les études obligent, j'arrive un peu en retard au concert et manque donc le début du set de Without A Sin, mais je dois avouer que je ne le regrette pas spécialement. Si le groupe ne manque pas d'une très belle énergie, musicalement ce n'est ni fait ni à faire. Comme je le fais à chaque fois, je tiens à rappeler que mon avis n'engage que moi et qu'il s'agit d'une question de goût personnel mais puisque United Rock Nations a pour but de donner à ses chroniqueurs la plus grande liberté possible pour partager leur ressenti avec vous, chers lecteurs, je ne vais pas mentir pour éviter de dire du mal d'un groupe qui ne m'a pas convaincue. Lorsque j'entre dans la salle, le groupe joue « Lighted House », la troisième chanson de son set, et ma première impression est de débarquer au milieu d'une boom d'ado de 14-15 ans réunis devant le groupe de « bad boy » musiciens du lycée. Et les hurlements de fan girls hystériques qui ponctuent le set tendent à me donner raison. Mais mettons de côté ces préjugés, c'est une très bonne chose que des amis du groupe se soient déplacés pour les soutenir car, pour leur jeune âge, ils s'efforcent d'assurer un vrai show et de donner autant de présence scénique que possible. On passe ensuite à « Seraphin », qui confirme ma première impression : la composition est fade, simpliste et déjà vue et revue (en mieux, malheureusement pour Without A Sin) ailleurs. Il est évident que le groupe s'amuse et est heureux d'être présents sur scène devant nous, leurs sourires sont d'ailleurs communicatifs. Le chanteur s'amuse, entre deux chansons, des cris des jeunes filles qui scandent le nom des guitaristes. Mais leur plaisir ne permet pas de nous faire oublier que leurs chansons, et « One-eyed » en offre une preuve supplémentaire, manquent cruellement de finesse et de réflexion. Il semble que les musiciens se contentent de balancer ce qu'ils croient suffire à donner une impression de lourdeur et d'agressivité à leurs morceaux, en ajoutant quelques breaks par-dessus, mais ça ne fonctionne pas, en tous cas par sur moi. C'est pourquoi je me souviens surtout de leur volonté de bien faire, de leur fierté à jouer devant des proches, mais pas de la qualité musicale de ce qu'ils proposent.

Setlist de Without A Sin :
1- KING
2- Flowers
3- Lighted House
4- Seraphin
5- One-Eyed
6- Dagger

Le changement de ton est radical (ce qui est un soulagement) avec Widespread Disease. Le fait que les musiciens soient plus âgés joue sans aucun doute sur le fait qu'ils soient plus professionnels et qu'ils proposent des morceaux plus techniques et mieux écrits, ce qui ne les empêche pas d'être extrêmement agressifs et lourds, en témoigne « Chaos » et « Through Flames And Carnage » qui ouvre leur set. Le manque de puissance des screams dans les aigus, que j'ai d'abord pris pour un problème de mixage, se révèle en vérité venir également du chanteur lui-même qui semble manque de souffle sur certaines notes, et être totalement faux sur les, heureusement, rares passages en voix claire. On ne le répétera jamais assez, gueuler ne suffit pas à faire de vous un chanteur, que ce soit dans le Metal ou dans n'importe quel style, alors soignez votre performance de A à Z, d'autant plus que si les passages en voix claires sont rares, le public s'en souviendra davantage, d'autant plus s'ils sont mal exécutés. Mais la ligne instrumentale est impeccable et permet de contrebalancer les quelques erreurs du chanteur, qui assure dans l'ensemble un très bon spectacle avec un scream plus grave bien maîtrisé. Soit les fangirls de Without A Sin n'étaient venues que pour les voir, soit la surprise que cause la brutalité des morceaux que nous offre Widespread Disease, qui en est maintenant à « A Flight To The Great Unknown », est trop grande pour elles, mais le fait est que l'ambiance en fosse est totalement différente. Les cris suraigus ont laissé place à des growls et des rugissements entre deux mosh pits. « The Wrench » confirme la tendance : le groupe assure un très bon concert bien que l'équilibre entre instruments et voix manque de précision. Les samples de fond sont à peine audibles ce qui fait sourire les musiciens à plusieurs reprises mais ils ne se formalisent pas de ces difficultés et poursuivent leur show, accompagnant et motivant le public de quelques mouvements de headbang. Plus le set avance, plus je me fais la réflexion que le chanteur manque de charisme, ce que la discrétion des musiciens, qui n'enlève rien à leur investissement scénique, met en exergue. Personnellement, j'ai l'impression qu'il ne dégage pas grand-chose et son physique imposant et sa voix sont des atouts derrière lesquels il semble presque se cacher. Son jeu scénique, parfois exagéré renforce mon ressenti comme sur « Unnatural Object », qui succède à « The End », sur laquelle il se roule en boule au sol, comme prostré. L'ensemble du set sera marqué par des balances qui laissent clairement à désirer. « The Walk » est la chanson la moins riche du set, presque décevant en fait dans sa composition simple et peu intéressante, ce qui contraste totalement avec « Join The Crew » qui permet à Widespread Disease de finir son show avec un titre entraînant et explosif qui nous laissera finalement à tous un excellent souvenir de leur performance.

Setlist de Widespread Disease :
1- Chaos
2- Through Flames and Carnage
3- A Flight To The Great Unknown
4- The Wrench
5- The End
6- Unnatural Object
7- The Walk
8- Join The Crew

Pour ceux qui suivent United Rock Nations depuis quelques temps, vous avez probablement vu passer mon report du concert de Crystal Lake, le 31 octobre 2017, où j'avais découvert Out Of My Eyes qui avait assuré une première partie explosive et très prometteuse pour le groupe japonais. Mon intuition et mon ressenti de ce soir là ne m'ont pas trompée puisque leur album « Concept » s'est révélé être un très bel opus, créatif et original tout en conservant les bonnes bases du Metalcore agressif qui nourrit le groupe. Et ce qui plaît en premier lieu avec Out Of My Eyes, c'est leur identité bien affirmée et qui passe par la profondeur de la ligne de guitare qui gagne en intensité grâce aux réponses que lui fait la basse sur « 404 ». Le groupe dénote par sa volonté de proposer des compositions intelligentes et posées dans lesquelles ils peuvent déployer une palette musicale et émotionnelle. L'autre grande qualité d'Out Of My Eyes, c'est indéniablement leur énergie sur scène ! Les musiciens sautent sur scène, nous demandent de crier plus fort, de continuer les mosh pits à toute vitesse… Pour faire simple, ils ne nous laissent pas une seconde de répit, pas plus qu'ils ne s'en accordent. La suite du programme se compose de « Hello » et de « Renegade », des chansons tout aussi tendues et inquiétantes l'une que l'autre, avec cependant des sonorités plus traditionnelles sur le second morceau. Le public, qui compte de nombreux proches du groupe, est conquis, et je dois avouer ne pas vraiment aimer ce genre d'ambiance car les groupes ont tendance à moins se donner devant un public venu pour eux puisqu'il y a moins d'enjeux, moins de choses à prouver. Et même si le concert de ce soir est très bon, Out Of My Eyes ne fait pas aussi bien que lorsque je les ai découvert et où ils devaient impérativement se dépasser pour convaincre. Néanmoins, le frontman du groupe se donne toujours autant à fond dans sa prestation, allant même jusqu'à faire un slam tout en continuant la chanson. « OG Gold » est presque un classique désormais et tout le public s'anime lorsque les premières notes résonnent dans la salle. La lourdeur de la ligne rythmique est toujours aussi séduisante et personne ne résiste à quelques mouvements de tête mais le paroxysme du set est probablement atteint avec « Pigs Never Die », une véritable déflagration musicale qui parcourt et traverse toutes les personnes présentes. Ce concert sera décidément placé sous le signe de la violence avec « Addictions (Turfu) » qui ne ralentit pas et nous offre un charmant passage non-screamée qui met en valeur les influences plus directement Rap du groupe. Out Of My Eyes nous a organisé une release-party dans les règles de l'art et les morceaux de l'album gagnent tous en profondeur en étant joués en live. « Anubis », qui suit « Rituals », nous offre presque un court moment d'apaisement avec une composition plus légère et intrigante. Comme beaucoup de leurs titres, celui-ci est dérangeant et dégage une sensation malsaine, qui perd un peu de sa force puisque la performance live est pleine de vitalité et déborde d'énergie, mais l'esprit est là et on ne va pas se plaindre d'un groupe qui se donne en live ! On revient vers du Metalcore plus classique mais tout aussi entraînant avec « Imperfections » et « Snowflake », comme si le groupe nous rappelait que, malgré leurs nombreuses expérimentations et leur univers très personnel, ils ne tournaient pas le dos aux bonnes vieilles recettes qui ont fait leur preuve. Le rappel est marqué par l'évanescente « Disappeared » avant que le set ne s'achève avec « Fear // Weakness », preuve supplémentaire, s'il en fallait, que le groupe ne se laisse pas aller à un bourrinage pur et dur malgré une présence scénique folle.

Setlist de Out Of My Eyes :
1- 404
2- Hello
3- Renegade
4- OG Gold
5- Pigs Never Die
6- Addictions (Turfu)
7- Ritual
8- Anubis
9- Imperfections
10- Snowflake
11- Disappeared
RAPPEL
12- Fear // Weakness

La soirée est allée crescendo avec un début très mitigé avec Without A Sin qui ne m'a décidément pas laissé un bon souvenir. Widespread Disease a brusquement relevé le niveau en proposant un show très agressif et incisif qui a plu au plus grand nombre et Out Of My Eyes a été fidèle à lui-même : efficace, propre, original et puissant. La scène française regorge définitivement de pépites qui valent la peine d'être observées de près et ce soir en a été la preuve. Peu importe les goûts de chacun et ce que j'ai pu penser des productions musicales des groupes, tous se sont réellement investis et c'est ce que je veux retenir : le plaisir communicatif des musiciens à nous présenter leurs créations.