Mainsquare festival @ Citadelle d'Arras, première journée
Neyelia
Journaliste

«Une première journée très rock et particulièrement savoureuse »

Créé 06/07/2018
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En ce vendredi 6 juillet, lendemain de concert légendaire de Maiden à Bercy, nous quittons la capitale et son effervescence pour nous diriger vers un autre type d'effervescence, plus au nord. Nous rejoignons Arras et sa splendide citadelle où se déroule ce weekend le festival MainSquare (place principale, quand on y réfléchit, c'est bien trouvé !).
Au programme ? Pas tant que metal que ça, hormis Gojira, qu'il me tarde de revoir, et Pleymo, le reste est au mieux du rock, et bien souvent n'a pas grand-chose à voir avec ce dont on vous parle habituellement dans ces colonnes. Qu'importe, ça fait du bien, de changer d'air, parfois !

Passage par la tente presse pour récupérer les pass et signer les contrats du jour. J'en profite pour remercier ici Myriam, Océane, Virginie, et leurs équipes, qui nous ont accueillis comme des princes (princesse dans mon cas !) et nous ont permis de passer un festival sans l'ombre d'un contretemps !
Arrivée sur place, et découverte des lieux puisque je n'avais encore jamais couvert ce festival. La main stage, comme toutes les main stages du monde, est imposante, encadrée d'un écran de chaque côté, et fait appréciable, un écran est également situé derrière la régie, ce qui permet aux festivaliers les plus éloignés de la scène de voir quand même un peu ce qu'il s'y passe !
L'autre scène, la Green Room, n'est guère plus petite, elle aussi profite d'écrans de retransmission de chaque côté de la scène, et d'une pelouse assez vaste, mais parfois malheureusement pas assez pour accueillir l'ensemble des festivaliers attirés par les noms alléchants programmés sur cette seconde scène.
Tout le weekend, nous allons passer d'une scène à l'autre en alternance, parfois aisément (surtout en début de journée je dois bien l'avouer), parfois moins, car l'affluence est grande au vu des noms prestigieux qui ornent l'affiche du MainSquare.

BAASTA!


Et on attaque d'emblée sur la Green Room avec Baasta! qui, comme chacun des groupes en ouverture de journée de ce festival, est un lauréat du tremplin MainSquare. Le duo français propose une musique pour le moins inclassable. Les textes engagés et hargneux dignes d'un groupe de punk, mais enrobés d'un sucre glace en forme de beats quasi-électro qui fait passer le tout comme un petit bonbon qui pique ! La petite demi-heure qui leur est accordée ne permettra peut-être pas aux deux frenchies d'exposer toute l'étendue de leur talent, mais elle permettra au moins aux festivaliers présents de découvrir ce duo prometteur.

THE BREEDERS

Sur la Main Stage, The Breeders est à l'oeuvre ! Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais le groupe compte pourtant dans ces rangs Kim Deal, ex-Pixies, qui a invité sa frangine Kelley à former ce nouveau groupe avec elle. Enfin « nouveau » … oui, nouveau au regard de l'immense carrière de Kim Deal, mais le groupe a tout de même 30 ans cette année !
Autant vous dire qu'un groupe aux ¾ féminin, on ne voit pas souvent ça, alors je tends l'oreille ! Pour la faire courte, c'est du rock américain, et du bon rock américain. Pas de quoi non plus crier à la révolution, mais on sent le professionnalisme et l'expérience des deux soeurs. Pour tout vous dire, mon oreille est vraiment attirée quand j'entends le célèbre « Good morning ! » en ouverture de « Wait in the Car », morceau qui m'est particulièrement cher. Allez, juste pour le plaisir, on se la remet !

Pour le reste, je ne peux pas dire que le groupe m'ait bouleversée, avec une prestation somme toute assez lisse, mais tout aussi efficace.
Sur ce, migration des gnous oblige, je file voir PVRIS, qui, je dois bien le dire, est une de mes grandes attentes de la journée.

PVRIS

PVRIS, c'est un groupe à la fois très pop dans les mélodies, très électro dans les arrangements, mais qui a ce je-ne-sais-quoi de sombre et torturé qu'on aime tous. Pour ma part, je ne les connaissais jusqu'ici qu'en studio, et je craignais un peu une configuration trop convenue, jolie chanteuse, un clavier, une guitare, et point barre. Eh bien quelle ne fut pas ma surprise. Belle et charismatique, Lynn Gunn l'est, assurément. Mais elle ne se contente pas de tenir le micro, tantôt à la guitare tantôt aux claviers, la chanteuse s'investit pleinement sur scène, malgré une nonchalance affichée. Ses deux comparses guitariste et bassiste donnent également un coup de main aux claviers, et le trio s'est même transformé en quatuor sur scène afin d'accueillir un vrai batteur, oui un vrai, c'est toujours mieux qu'une machine n'est-ce pas ?!
Niveau musique, si vous connaissez les albums, pas de déconvenue, la prestation live y est plutôt fidèle. La setlist ne cache pas de grosse surprise, en bon condensé des deux albums du groupe. Le combo ne pousse pas le vice jusqu'à jouer un titre de chaque album en alternance, mais on n'en est pas si loin. Et, pour tout vous dire, vu la qualité desdits albums, on ne va pas s'en plaindre !

DAMIAN

Direction la Main Stage pour inspirer quelques bonnes ondes jamaïquaines, avec le digne représentant de la descendance Marley, en la personne de Damian, fiston de Bob, a.k.a Jr. Gong. Entre les choristes, les guitaristes, les claviéristes… et même le porte-drapeau, ça en fait du monde sur cette scène ! On se demande même comment les différents protagonistes font pour bouger sans se gêner les uns les autres !
Musicalement parlant, pas de surprise, c'est du reggae, plutôt moderne et savamment exécuté, mais rien de très nouveau. En revanche, je dois avouer qu'au milieu du rock, de l'électro, et du rap, la prestation est rafraichissante, et ne fait pas du tout tache comme je le craignais a priori.


Sur la Green Room, c'est Roméo Elvis qui enchaîne. Changement de registre, puisqu'on a là à faire au jeune prodige belge du rap. Si vous ne connaissez pas encore son nom, préparez-vous à l'entendre très souvent, c'est une des coqueluches des jeunes dans le vent (et avec cette expression, on voit tout de suite que je n'y suis plus). Fan de foot, le rappeur arrive sur scène vêtu du maillot rouge de son équipe nationale à lui, fraîchement défaite par « nos bleus », et les références n'y manqueront pas tout au long du concert. Accompagné de son fidèle beatmaker et d'un second comparse, il déchaîne les foules comme à son habitude, dans une chaude ambiance. Il y a même des tentatives de pogo, oui, vous lisez bien, mais je vous rassure, rien à voir avec un bon vieux concert de hardcore ! Et rien à voir non plus avec ce qui nous attend sur la scène principale, suivez-moi, on y court !

GOJIRA

Moment tant attendu de cette première journée, nos frenchies dont on est si fiers, non pas ceux en crampons, ceux qui font du son ! GOJIRA, oui, enfin ! C'est avec une excitation non dissimulée que j'entre, viseur à l'oeil, dans ce photo-pit, sur l'un des riffs qui me fait le plus vibrer parmi leur répertoire « The Heaviest Matter of the Universe ». Toujours au top de sa forme, le quatuor bayonnais nous offre un set gras comme du jambon (pardonnez-moi, j'ai pas pu résister !). Au menu, mes incontournables « Flying Whales » et « Backbone » (oui !!! Backbone !!! Et j'ai tué le mien, de backbone), « Stranded » bien sûr, mais aussi quelques vieilleries comme « Love », « Liquid Fire », qu'il fait toujours bon de réentendre.
Niveau scénique, un écran géant derrière Mario diffuse tantôt des images de clips, tantôt des effets visuels, qui font le leur, d'effet ! On aura même droit à quelques flammes sur « Stranded », qui nous vaudront une évacuation précipitée du pit pour éviter des blessés, et de splendides confettis à rallonge qui resteront au sol durant les trois jours pour nous rappeler cette performance géniale.

Setlist :
1. Only Pain
2. The Heaviest Matter of the Universe
3. Love
4. Stranded
5. Flying Whales
6. The Cell
7. Backbone
8. Terra Inc.
9. Silvera
10. Liquid Fire
11. The Shooting Star
12. Vacuity

PLEYMO

C'est non sans peine que je m'arrache à la fin du set de Gojira (adieu, oh, Vacuity de mon coeur) pour replonger dans mes jeunes années avec Pleymo sur la Green Room.
Pleymo fait partie de ces groupes qui vous font vieillir en les revoyant, tant ils sont rattachés à une époque bien déterminée. Et quand ladite époque prend 20 ans dans les dents… ben vous aussi ! Eux par contre, ne sont pas trop marqués par les ans, si je puis me permettre ! Avec toujours l'énergie de leurs 20 ans, justement, les parisiens nous emmènent dans une vague de nostalgie, pas pour autant mélancolique. Ils enchaînent les titres phares de leur carrière (« Nawak », « Rock », « Adrénaline », et j'en passe) dans l'euphorie générale ! Après une entrée en scène explosive sur « United Nowhere », les six membres se répartissent l'espace présent sans jamais rester figés, avec bien sûr en première ligne l'irremplaçable Mark Maggiori dont le charisme n'est plus à prouver. Et c'est parti pour une heure de folie douce et de revival de nos jeunes années, il faut dire que ça fait plutôt du bien !

Setlist :
1. United Nowhere
2. Ce Soir C'est Grand Soir
3. Rock
4. Adrénaline
5. Tout Le Monde Se Lève
6. Chérubin
7. Nawak
8. Muck
9. Le nouveau monde
10. New Wave
11. Tank Club
12. Polyester Môme
13. Zéphyr
14. Blöhm

QOTSA

A nouveau, il faut s'arracher à Pleymo (adieu à toi aussi, Zéphyr que j'aime tant) pour rejoindre la première tête d'affiche de ce vendredi, qui n'est nulle autre que Queens of the Stone Age, QOTSA pour les fainéants.
La transhumance des adaptes de QOTSA étant terminée c'est une marée humaine impatiente d'en prendre plein les yeux et les oreilles qui se trouve devant la Main Stage. Rappelons si besoin est que QOTSA nous a gratifié d'un nouvel album « Vilains » en 2017 et qu'il s'agit du groupe référence dans l'univers du Stoner Rock, ou Robot Rock pour reprendre les termes de Josh Homme (chant et guitare) leader incontesté du groupe. Il est 22h20 et nos oreilles sont alors doucement titillées par les premiers accords annonçant l'arrivée de la bande à Josh et ce sont les accords de « Regular John » qui ont l'honneur d'ouvrir le bal. A en voir la réaction du public le terme de « fan » est vraiment le meilleur que l'on puisse utiliser pour décrire la foule qui entre immédiatement en communion avec Queens of The Stone Age.

QOTSA

QOTSA va faire le tour de sa discographie en n'oubliant aucun album avec des titres tels que « Monster In The Parasol », « No One Knows » ou encore « Little Sister » permettant ainsi de faire plaisir aussi bien aux fans de la première heure qu'aux nouveaux venus. Côté public justement il est totalement sous le charme de QOSTA, il se laisse porter sans retenue par leurs rythmiques entrainantes et aux riffs parfois bien sauvages distillés à la perfection. En parlant de perfection il semble que cela définisse parfaitement la qualité du show proposé par QOTSA, c'est du grand professionnalisme, à la fois après 20 ans de carrière scénique, et avec des musiciens de haute volée, on n'en attendait pas moins de leur part. Et si certains avaient osé émettre des doutes concernant la valeur des membres du groupe les compétences de Jon Theodore (batterie), Troy Van Leeuwen (guitare) et Dean Fertita (clavier) auront tôt fait de les rassurer.
Petite mention spéciale aux jeux de lumières qui seront eux aussi de très bonne facture, et quelle bonne idée ces néons en position verticale dans des flexibles que les membres du groupe feront osciller en les secouant tendrement ou en les frappant violement en fonction de leur humeur du moment, voilà qui est du plus bel effet…
« A Song for the Dead » se met alors à résonner dans la nuit des Hauts de France entrainant l'hystérie collective mais hélas cette dernière annonce aussi la fin du set…

Setlist :
1. Regular John
2. If I Had a Tail
3. Monsters in the Parasol
4. My God Is the Sun
5. Feet Don't Fail Me
6. The Way You Used to Do
7. You Think I Ain't Worth a Dollar, but I Feel Like a Millionaire
8. No One Knows
9. The Evil Has Landed
10. Smooth Sailing
11. Domesticated Animals
12. Make it Wit Chu
13. Little Sister
14. Go With the Flow
15. A song for the dead

Pendant ce temps sur la Green Room, c'est Jungle à l'office. Je dois d'emblée vous avouer que je ne suis pas spécialement attardée sur la prestation du groupe, coincée entre QOTSA et Nekfeu, et dont le style funk/soul m'attire un peu moins que les deux autres.
Les londoniens ont cependant livré un show tout en groove, avec une sacrée équipe sur la scène de la Green Room, avec un public qui se dandine joyeusement au rythme de cette musique venue tout droit des années 70, mais tout de même résolument moderne.

JUNGLE

Ne m'étant pas trop éloignée, je suis tout de suite en place pour accueillir la seconde tête d'affiche du jour, en la personne de Nekfeu. Le rappeur a son public, et ça se voit ! Des milliers de bras levés au ciel à son entrée sur scène, et des milliers de voix (pour la plupart un peu suraiguës, il faut bien le dire) pour l'acclamer. Ken ne nous a pas autorisés à approcher nos objectifs de sa frimousse, et c'est bien dommage, et même les jeux de lumières, au demeurant absolument sublimes, sont étudiés pour qu'il ne soit jamais trop visible. C'est donc de loin, et sans reflex en main, que je vais regarder cette heure et quart de concert. Niveau son… c'est Nekfeu. Si vous avez réussi à passer à côté de son album Feu il y a de cela 3 ans, et j'ignore comment vous auriez pu, alors contentez-vous de retenir que c'est du rap français dans ce qu'il a de plus moderne, dans le cas contraire, vous savez déjà à quoi vous en tenir !
Dans la setlist, c'est 50-50, un coup Feu, un coup Cyborg, son dernier opus en date, hormis le début de set qui se concentre, ça va de soi, sur la dernière parution du rappeur. Un début de set en demi-teinte, à mon sens, avec un autotune bien trop présent, chose regrettable sur une voix qui n'en a pas forcément besoin, mais ce petit réglage sera fait au cours du set, et l'agression auditive cesse vite. La seule agression auditive qui persiste, c'est cette clameur suraiguë à chaque déplacement, à chaque intervention entre les titres du rappeur, dont la « fanbase » comme on dit maintenant, est pour le moins expressive !
Une fois de plus, je file avant l'heure pour rejoindre la Green Room pour le dernier set de la journée.

Setlist :
1. Humanoïde
2. Mauvaise graine
3. Squa
4. Martin Eden
5. Nique les clones, Part II
6. Galatée
7. Esquimaux
8. Tempête
9. Egerie
10. Saturne
11. Ma dope

PAUL KALKBRENNER

Une heure du matin, les yeux piquent un peu après une nuit trop courte, un peu de route, et une journée de shoot. Mais pour nous garder éveillés jusqu'à deux heures et demi, quoi de mieux qu'un bon DJ ?
Eh bien c'est Paul Kalkbrenner qui s'en charge. Je ne vais pas vous le cacher, le monsieur est allemand ! Et son électro envoie de l'infrabasse bien comme on l'aime ! Le DJ s'est même payé une visite sur la scène de Tomorrowland, le festival référence en la matière, et on comprend vite pourquoi !
Ici, à l'inverse du festival dont je viens de vous parler, pas de décor grandiloquent. Une scène vide, une estrade, et Paul derrière ses mixettes. Ah, oui, et un écran géant ! Cet écran, le plus bienvenu dans un DJ set (car sinon, on doit bien avouer qu'il n'y a pas grand-chose à voir…) retransmet en direct les images de deux petites caméras situées sur les platines du DJ, qui filment ses mains et son visage pendant le mix. Pour le côté visuel, rajoutez des jeux de lumière assez sympathiques, mais pas très photogéniques, et vous aurez un bon aperçu du show, qui se regarde de loin et en dansant, plutôt qu'en fixant la scène béatement.
Tous les soirs, le MainSquare a eu la judicieuse idée de programmer de l'électro en clôture (ou presque), et je dois dire que ça a son petit effet. Aussi bien sur les jeux de lumières beaucoup plus saisissants à la nuit tombée, que pour l'ambiance boîte de nuit à ciel ouvert, le choix est à saluer !

Sur ces beats entraînants, il est maintenant l'heure d'aller se coucher ! On se retrouve demain, même endroit mais plus tôt, pour la suites des festivités !

Crédit photos : Mainsquare Festival - Nicko Guihal / United Rock Nations - Aline Meyer