Inquisition, Rotting Christ, Mystifier & Schammasch au Metronum - Toulouse
Anibal BERITH
Journaliste

«Une date black incontournable avec les maîtres du genre en tête d'affiche !»

Créé 04/11/2016
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Quatrième concert de la semaine, vendredi 4 novembre 2016, pour encore une grosse date ce soir tournée vers le black metal. Vraiment, nous sommes gâtés en ce moment et c'est toujours grâce à Noiser qui nous aura gratifié de Truckfighters le soir d'Halloween et des 25 ans d'Enslaved deux jours plus tôt ; SPM nous ayant proposé Delain la veille ayant rameuté une certaine affluence grâce à leur Metal commercial.

C'est après une course contre la montre un peu serrée faisant suite à un énorme bouchon sur l'autoroute pour rejoindre la capitale d'Occitanie que j'arrive devant le Metronum.

On sent de suite que l'on change d'univers par rapport aux show précédents ! Nous retrouvons les têtes habituelles et aussi des fans de cette musique extrême à l'ambiance si particulière. Les vêtements sont noirs, les visages blafards pour certains ; point de corpse ou face paint mais des gueules qui montrent l'appartenance à cette communauté tout en restant minoritaire.

L'avantage du Metal est qu'il a plutôt tendance à unir qu'à diviser et ce quelque soit son genre de prédilection.

L'heure un peu plus tardive du début du premier concert et le fait que ce soit un vendredi attirera du monde venu des régions aux alentours remplissant ainsi plus de la moitié du Metronum avec environ 350 personnes.

Il faut dire que l'affiche ce soir est très alléchante avec pas moins de quatre groupes, dont deux à la renommée mondiale, et ce à la veille du week-end ! C'est donc en présence des suisses Schammasch et leur black metal obscure et très cérémonial, que nous allons débuter la soirée, suivi des brésiliens très old school Mystifier pour enchainer avec les grecs Rotting Christ et leur musique fédératrice pour clôturer avec les maîtres du genre Inquisition toujours aussi performants avec une recette vieille de 30 ans !

Schammasch

Il est 20 heures lorsque déboule le quartet suisse sur la scène du Metronum. J'ai déjà entendu parler de ce groupe formé en 2009, à la tête de trois albums déjà et c'est en totale découverte que je viens profiter du show ce soir ayant souhaité m'immerger dans leur univers par leur prestation live.

C'est sur la dynamique du troisième album « Triangle » paru en avril dernier que le combo se positionne de façon très rituelle pour défendre sa musique. Les light sont au rouge, très rouge même ; peu de lumière filtre, la fumée qui se dégage ajoute un côté encore plus obscure à l'entrée des suisses. Vêtu d'un costume ecclésiastique symbolisant l'appartenance à une secte, encapuchonné et visage masqué, c'est dos à la scène en effectuant des gestes cérémoniaux que le chanteur/guitariste Chris S.R. débute le set avec le titre « Metanoia » de l'album en date. Il est secondé de son lead guitare Marc A. que l'on peut aussi voir au saxophone au sein du groupe suisse Blutmond et de son bassiste Swart (de son vrai nom), que l'on a pu découvrir au chant et au clavier avec Atritas ayant splité en 2014 et arrivé dans le groupe en 2012 remplaçant ainsi Chris pouvant se consacrer pleinement à son rôle de frontman.

Ils adoptent la même tenue légèrement moins chargée et visage découvert tout comme le batteur Boris A.W., ex-Atritas également, et partageant son temps avec la formation Cold Cell.

Chris se retourne, étant dans le pit pour délivrer ses quelques photos difficiles à réaliser compte tenu de l'obscurité de l'ambiance, je reste impressionné par la posture de leader qui en jouant ses riffs avec précision, balance son chant black incantatoire avec puissance et aplomb.

Guitariste et bassiste adoptent une prestance tout aussi impressionnante, bougeant plus et headbangant sur quelques plans musicaux tout en sachant rester en retrait comme s'il y avait une hiérarchie naturelle au sein du combo, hiérarchie qui reste de l'imagerie bien sûr permettant de donner plus de prestance au live des suisses.

Au cours du set, nous reconnaîtrons les titres « Black But Shining » du premier album ainsi que « Golden Light » du second qui font partis des morceaux phares de la formation suisse.

La prestation restera très cérémoniale toute la demi-heure de leur set, les trois hommes du devant de scène sachant régulièrement aller vers la batteur permettant ainsi de le mettre en valeur du fait de sa position en retrait et de sa posture forcément moins de circonstance.

Une très bonne entrée en matière que ce black metal avant-gardiste aux touches sombres et mélancoliques pour démarrer cette soirée qui s'annonce déjà comme réussie vu le reste du plateau qui nous attend.

Toutes les photos de Schammasch ici: https://www.unitedrocknations.com/live-report-schammasch-tournee-inquisition-toulouse-552

Schammasch


Mystifier

Il est aux alentours de 20h45, lorsque les vétérans du black old school brésiliens foulent la scène du Metronum. Le trio est très connu dans le milieu avec son black minimaliste, qui n'est pas une critique, simplement un terme pour indiquer que le combo ne cherche pas à en mettre plein la vue avec un black torturé aux riffs complexes mais juste à délivrer quelque chose de plus basique tout en restant efficace et surtout en sachant et voulant conserver leur identité musicale.

Egalement une découverte en live et je dois dire que je suis très peu emballé par les trois premiers titres de la setlist.

Débarquant dans le noir quasi-total, c'est sous les riffs totalement incompréhensibles du guitariste Beelzeebubth au crâne rasé, portant des lunettes de soleil et arborant un débardeur à l'effigie du groupe et seul rescapé de la formation d'origine, que le set débute. Quelques instants plus tard se rajoute la basse de Diego Araùjo, visage maquillé et barbe pointue, très satanique tout çà…. ayant rejoint le groupe en 2012, le tempo soutenu étant assuré par le batteur Jhoni Apollyon (dans la bande depuis 2013) qui tout comme le bassiste jouent également dans la formation brutal death, Infested Blood.

Pas d'actualité à proprement dit pour le trio brésilien puisque le dernier album « Profanus » date de 2001. Le combo est toutefois resté actif en proposant régulièrement, compil, réédition, set box et dvd et maintenir ainsi le mythe.

C'est, comme je vous le disais plus haut, avec peu de conviction que j'essaye d'entrer dans le set et c'est ainsi que je me retrouve au niveau de la console son à regarder le spectacle. Car oui, on peut parler de spectacle ; tout y est, l'attitude, la dégaine, la posture, le look, les poignets cloutés, les pointes, la forme des guitare et basse et la couleur…toujours ce rouge sang…sainte horreur des photographes ; et c'est justement en m'étant mis en retrait que j'arrive enfin à pénétrer l'univers de Mystifier dont la musique et le son se bonifient au fil du set.

Ca devient même un plaisir d'écouter leur black old school car justement il est old school. Les nouveaux groupes (et même les anciens) apportent tant de nouveautés ou d'évolution à leur musique que c'est rafraichissant d'écouter quelque chose qui n'a pas évolué et qui vous renvoie aux années 90. Ca doit être sûrement mon côté old school qui me fait écrire ça mais quel pied que de prendre en pleine face ces riffs et blasts d'un autre temps mais au combien efficaces et directs.

C'est d'ailleurs souvent la marque de fabrique de ces groupes venus d'Amérique du Sud qui sont restés bloqués il y a 30 ans tant dans les compositions que dans le son cherchant à conserver cette nostalgie musicale qui les caractérise et en faire leur réalité.

Mystifier fait donc le job devant un pit déchainé notamment sur la reprise du groupe légendaire Sarcofago « Nightmare » et en jouant principalement des titres de leur premier album « Wicca » datant de 1992.

La prestation sera fortement saluée par le public enjoué et plus que prêt à accueillir la seconde tête d'affiche de la soirée Rotting Christ.

Toutes les photos de Mystifier ici: https://www.unitedrocknations.com/live-report-mystifier-tournee-inquisition-toulouse-553

Mystifier


Rotting Christ

Nous avançons dans la soirée avec déjà deux belles prestations tout aussi passionnantes que différentes avec les suisses Schammasch et les brésiliens Mystifier que nous attendons avec impatience les grecs Rotting Christ.

On ne présente plus le groupe tellement son black metal obscure et malsain a fait la célébrité du quartet dans le milieu et que le dernier album « Rituals » paru en février dernier était attendu comme le Messie.

Le public s'est densifié dans le pit encore bien chaud de la prestation des brésiliens et bon nombre de personne sont venus voir les grecs plus que le groupe américano-colombien Inquisition en tête d'affiche ce soir.

Rapide changement de déco sur la scène et mis en place des petits back drop derrière guitariste bassiste, le principal étant déjà en place depuis le début de la soirée.

C'est (une fois n'est pas coutume) sous la lumière que débarque le combo grec, le charismatique Sakis Tolis en avant et accompagné des musculeux Van Ace à la basse et Georges Emmanuel à la guitare tous deux arrivés en 2014. C'est le frère de Sakis, Themis qui reste en charge des blasts du combo.

Quelle ovation lorsque Sakis salue le public et que ses musiciens en font autant tachant de maintenir l'euphorie déjà présente et dont ils n'auront aucun mal en débutant le set avec le cover de Diamanda Galàs ‘Orders From The Dead' issu de l'album « Aealo » paru en 2010.

Une bonne entrée en matière pour un set d'une heure sur lequel le quartet grec va passer en revue sept des douze albums de sa discographie avec une large plage donnée à « Κατά τον δαίμονα εαυτού » et bien sûr l'album du moment « Rituals » dès le second titre inspiré ce soir avec ‘Ze Nigmar'.

On ressent profondément l'univers du dernier album du combo avec ses plans musicaux puissants et sombres accentués par le chant incantatoire du frontman. On se sent vite envoûté par l'ambiance presque fédératrice de cette messe noire à la limite du sacrifice et d'autant plus, deux titres plus loin lorsque Sakis seul exposé sous la lumière, le reste des musiciens dans l'ombre, entonne le guerrier « Apage Satana ».

Ce titre est un bon interlude pour le reste du concert où les athéniens vont passer en revue le reste de leur discographie survolant ainsi une carrière de 30 ans avec le très court et efficace ‘The Sign Of Evil Existence' qui aura le mérite de déchainer encore plus le public pogotant plus que de raison. Les artistes en faisant autant sur scène particulièrement Van et Georges headbangant sans cesse, jambes écartées, leurs instruments presque posé sur le sol.

Puis on bascule vers quelque chose de plus sombre avec le malsain ‘The Forest Of N'Gai' pour remettre le feu sur le thrasheux cover de Thou Art Lord ‘Societas Satanas' qui va remettre le pit en transe avant les trois derniers titres de la soirée servant de bis à l'excellent prestation des grecs.

Une setlist magique ayant retourné le Metronum sur près d'une heure avec la bande de Sakis en grande forme sachant passer habilement de l'obscurité à la lumière tant visuellement que musicalement en combinant intelligemment les titres de leur riche discographie et laissant place aux monstres sacrés du Black Metal old school, j'ai nommé Inquisition !

Setlist: Orders from the Dead (Diamanda Galás cover) - Ze Nigmar - Kata ton Demona Eautou - Athanati Este - Elthe Kyrie - Apage Satana - The Sign of Evil Existence - The Forest of N'Gai - Societas Satanas (Thou Art Lord cover) - In Yumen-Xibalba - Grandis Spiritus Diavolos - Non Serviam

Toutes les photos de Rotting Christ ici: https://www.unitedrocknations.com/live-report-rotting-christ-tournee-inquisition-toulouse-554

Rotting Christ


Inquisition

La soirée bat son plein et le niveau monte dans le pit du Metronum après la claque que nous venons de prendre avec le très bon set de Rotting Christ.

Changement total d'univers et de décor pour accueillir la tête d'affiche de la soirée Inquisition.

Immense backdrop à l'effigie du dernier album « Bloodshed Across the Empyrean Altar Beyond the Celestial Zenith » tendu derrière la batterie monstrueuse d'Incubus.

Le public scande le nom d'Inquisition et s'impatiente à l'idée d'assister à la prestation du groupe américano-colombien officiant dans un black old school resté proche de ses racines depuis un peu moins de 30 ans (1989 sans compter la période Guillotina, premier nom du combo).

A la tête de sept albums, c'est avec assurance que le duo prend place sur la scène du Metronum idéale pour ce genre de configuration. Pour avoir déjà vu le two men band à deux reprises cette année, lors de la tournée avec Behemoth/Abbath et Entombed AD en février et au Hellfest, c'est avec un plaisir certain et une impatience démesurée que je scrute l'arrivée de Dagon et d'Incubus.

La salle est plongée dans le noir et c'est dans la pénombre que nous découvrons l'arrivée des deux musiciens sur l'intro ‘The Force Before Darkness' du dernier opus qui sur 1'38'' permet de poser l'atmosphère sombre et malsain du groupe de black metal. Tout comme sur l'album, enchainement direct avec l'excellent titre ‘From Chaos They Came' sur lequel Dagon exécute ses riffs à la perfection occupant le devant de la scène comme s'ils étaient trois. J'ai beaucoup de mal à faire les photos d'une part par le manque de lumière, d'autre part du fait que je suis totalement emporté par la mélodie envoûtante de cette chanson qui me procure beaucoup d'émotions et d'autant plus ce soir que je me trouve à quelques centimètres du Maître !

Vêtu de noir et arborant une paire de bottes de la même couleur, le visage maquillé, Dagon inspire le respect tout comme Incubus perché sur sa batterie dans le même accoutrement tabassant ses fûts énergiquement d'emblée.

C'est sur le micro de droite (face à la scène) que le frontman hurle son texte avec cette voix erraillée et terrifiante si spécifique et reconnaissable entre mille.

Rapidement, Dagon occupe l'espace, joue sa musique, passant d'un micro à l'autre permettant ainsi de faire profiter de sa qualité de jeu, dont le son est particulièrement soigné, à l'ensemble du public semblant lui aussi envoûté par la mélodie prenante du duo.

Incubus impose un rythme effréné matraquant ses fûts sans relâche et donnant le change à son acolythe qui sont comme deux frères, totalement indissociables. Il faut dire que près de 30 ans d'existence pour un duo dans le black metal, à part eux, je ne vois pas qui peut se vanter d'une telle stabilité et d'une telle longévité.

Pas moins de douze titres seront interprétés de main de maître par le duo lui permettant de passer l'ensemble de sa discographie excluant tout de même le premier album du combo et donnant la part belle au cinquième album « Ominous Doctrines of the Perpetual Mystical Macrocosm » paru en 2011 en prenant quatre titres répartis de façon équilibrée sur la setlist permettant ainsi de varier l'univers de cette musique qui peut paraître répétitive pour les non-initiés.

A ce stade du show, je serai totalement incapable de vous dire sur ce qu'il se passe dans la salle tellement je suis parti, complètement emporté par les mélodies mélancoliques et brutale du duo. Je bois la musique du two men band, avale les textes aux faux airs sataniques, me fais tabasser par les blast beat d'Incubus, me fait tordre par les riffs dissonants de Dagon.

Par l'insertion judicieuse d'interludes de type intro et outro que l'on retrouve sur les albums du combo, ce dernier passe aisément d'un album à un autre, d'une ambiance à une autre sans perdre le fil conducteur de délivrer un black metal old school et propre et maintenant son public en haleine tout le set durant.

Un set qui fuse, une heure de jeu et l'on entend l'outro du dernier opus qui se scinde en deux titres et qui laisse présager un retour sur scène pour un ultime titre mais il n'en sera rien et c'est peut-être mieux ainsi.

Très peu de communication, quelques mercis au fil du set, juste ce qu'il faut pour maintenir un climat de convivialité suffisant et affirmer la relation élitiste que se veut cette musique.

Une prestation plus que grandiose (oui je sais je ne suis peut-être pas très objectif) pour un groupe de cette dimension à l'envergure immense. Pas besoin d'être 4,5 ou 6, de mettre de la déco partout, de sauter dans tous les sens, d'insérer des effets pyrotechniques ou autres subterfuges pour en imposer, juste Dagon, Incubus en mode Inquisition pour tout retourner, en prendre plein la face et en plus en redemander !

Setlist: The Force Before Darkness - From Chaos They Came - Intro of Ancient Monumental War Hymn - Ancient Monumental War Hymn - Hymn for a Dead Star - Desolate Funeral Chant - Infinite Interstellar Genocide - Outro of Infinite Interstellar Genocide - Vortex From the Celestial Flying Throne of Storms - Dark Mutilation Rites - Embraced by the Unholy Powers of Death and Destruction - Command of the Dark Crown - Master of the Cosmological Black Cauldron - Astral Path to Supreme Majesties - A Magnificent Crypt of Stars - The Invocation of the Absolute, The All, The Satan - Coda : Hymn to the Cosmic Zenith

Toutes les photos d' Inquisition ici: https://www.unitedrocknations.com/live-report-inquisition-tournee-inquisition-toulouse-555

Inquisition

Une soirée exceptionnelle sous le signe du Black Metal avec quatre superbes prestations. Merci à Noiser pour avoir pu réunir ce plateau magique sur le sol toulousain et merci aux artistes de garder toujours autant d'énergie et d'envie pour continuer à nous délivrer des sets aussi talentueux et faire que nous continuerons de suivre et d'assister à ces tournées grandioses.

Anibal Berith