Report Hangman's Chair au Petit Bain le 17/05/2019
Stephane Masson
Journaliste

«Hangman's Chair prend possession du Petit Bain avec sobriété et maitrise...»

Créé 17/05/2019
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Live-report : Enora Nattfödd

Le temps est tantôt au soleil, tantôt à la pluie, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'y a pas foule devant le Petit Bain alors qu'on pourrait s'attendre à ce que celui-ci soit presque complet puisque ce sont les Suisses de Samael, connus pour ne sortir que rarement de leur tanière, que Paris accueille ce soir à l'occasion du second volet de l'« Hegemony Tour », accompagné de Hangman's Chair, qui profite de l'occasion pour promouvoir son dernier album, « Banlieue Triste » (mars 2018).

Des musiques mystiques nous accueillent lorsque les portes du Petit Bain s'ouvrent, instaurant une étrange ambiance, alors que la salle se remplit peu à peu. L'ambiance est instaurée en quelques secondes et il ne reste plus qu'aux groupes à faire leurs preuves ! Hangman's Chair arrive alors sur scène de manière très détendue, le public demeurant silencieux. Les lumières s'éteignent et la magie opère avec les notes graves, solennelles et robotiques qui introduisent ‘Naive' dans un silence religieux. Avec l'assurance d'un groupe qui n'a plus rien à prouver, les musiciens prennent possession du Petit Bain avec sobriété et maîtrise. Malgré les invitations du bassiste, Clément Hanvic, qui s'avance à plusieurs reprises, le public reste impassible à l'exception de quelques têtes qui s'agitent. La stupéfaction semble totale devant ce groupe qui s'impose avec humilité et grâce à des morceaux soignés. Après les premières acclamations, voici déjà ‘Sleep Juice', tantôt lourde et profonde, tantôt planante et évanescente. Julien Chanut, le guitariste, est entièrement consacré à son jeu, tout comme ses compères, une dévotion qui force le respect. Déjà hypnotique et lancinante, la rythmique est tirée en arrière au maximum avant que le groupe n'enchaîne sur '04/09/16', visiblement d'humeur peu bavarde. La batterie de Mehdi Birouk Thépegnier incarne les battements géants d'un coeur universel, et constitue le fil qui sous-tend l'ensemble de la prestation avec une force quasi-mystique. Le public entre peu à peu dans l'ambiance, et comment ne pas tomber en adoration devant HC qui livre ici une performance incroyable ?

La brutalité de Hangman's Chair est étrange, vicieuse et invisible. Elle se joue des ténèbres pour mieux nous transformer en enfants apeurés et nous saisir lorsqu'on croit enfin être hors d'atteinte, mais quelle beauté dans cette agression mortifère ! Avec ‘Dripping Low', le groupe nous prouve que la retenue est une source de puissance insoupçonnée et qu'il faut savoir maîtriser mais qui, une fois mise en valeur, brise tout sur son passage, emportant les coeurs et les corps. Cependant, et très étrangement il faut bien l'admettre, on sent beaucoup de réfractaires aux propositions du groupe. Est-ce parce qu'un grande partie du public est venu pour Samael et ne se reconnait pas dans l'identité musicale de Hangman's Chair ? Ou bien seraient-ils trop effrayés de laisser libre cours à ce qu'ils ressentent et à libérer leurs corps des entraves invisibles auxquelles ils le soumettent ? Il faut toute l'énergie du bassiste et l'engagement du frontman, Cédric Toufouti, pour motiver des réactions dans le public, ce qu'on déplore tant le groupe est excellent ! Plus le show avance, plus la folie dévore le groupe et son public jusqu'à l'os. La noirceur la plus totale envahit nos esprits, et la lutte s'arrête devant la supériorité incontestable de Hangman's Chair. Avec humilité, le groupe remercie et salue son public avant de disparaître en coulisse. Pas un seul mot n'était nécessaire devant un tel spectacle. Le désespoir a un nom : Hangman's Chair.

Setlist de Hangman's Chair :
1. Naive
2. Sleep Juice
3. 04/09/16
4. Dripping Low
5. Cut Up Kids
6. Full Ashtray

On peut bien se l'avouer, la tâche de Samael semble ardue tant Hangman's Chair s'est imposé comme LE groupe de la soirée avec un show d'une force et d'une beauté saisissante ! Le groupe français a opéré le genre de retournements auxquels on ne peut que succomber et au cours duquel un groupe de première partie vole la vedette à la tête d'affiche à la force de son talent. Néanmoins, les Suisses ont quelques atouts dans leur manche, à l'image d'une introduction propre sur laquelle une voix annonce la prestation, accompagnée de choeurs robotiques. Les lumières s'éteignent et le public hurle, alors qu'une rythmique frénétique se met en place avant l'entrée en scène du groupe. Comme on pouvait le pressentir, le Petit Bain, presque insensible à Hangman's Chair, se réveille pour Samael avec une ferveur qui fait plaisir à voir mais dont on regrette qu'elle ne se soit pas exprimée pour le groupe d'ouverture. Après l'explosive ‘Hegemony', morceau éponyme de leur dernier album, paru en octobre 2017, voici ‘Samael', pour laquelle un clip a été dévoilé il y a peu sur YouTube. Cette entrée en matière bien pensée se révèle efficace et emporte la fosse sans effort. Vorph, le chanteur et guitariste, invite le public à brandir le poing et crier en rythme sur ‘Rain', plus old school mais tout aussi puissante et entraînante.

Samael fait l'unanimité grâce à une musique plus accessible que les propositions de Hangman's Chair et le premier pogo démarre enfin sur ‘Slavocracy', soutenue par la basse implacable de Zorrac ! Le frontman nous bénit et le show se poursuit. Entre batterie et clavier, Xy n'a aucun répit et qu'est-ce que c'est impressionnant ! Dans la continuité de l'atmosphère créée par Hangman's Chair, Vorph demeure assez silencieux, ne laissant échapper qu'un bref : « Bonsoir Paris. Voici ‘Luxferre' ! ». Le clavier nous emporte en Orient, toujours avec le côté industriel et terriblement dansant de la musique de Samael qui sait motiver son public à force de breaks puissants. Les mosh pits s'enchaînent sans pour autant parvenir à prendre de l'ampleur et se limitant au coeur de la fosse. Le chanteur demande un circle pit qui ne prendra malheureusement pas ; Paris semble un peu endormi quand on sait que certains publics ont fait tanguer le Petit Bain ! Le frontman reprend : « Okay, c'est la nouvelle tournée « Hegemony », et ce prochain titre va au plus profond de l'âme de Samael. Enjoy ‘Angel of Wrath' ! ». Plus lancinant et purement Indus, ce titre séduit le public qui agite frénétiquement la tête. Le public aura attendu ‘Rite of Renewal' pour envoyer son premier slammeur dans les airs !

Après ‘The Ones Who Came Before', la salle est plongée dans le noir et les musiciens sortent de scène. Après une courte attente, ils reviennent sous les acclamations du public, et avec une rythmique encore plus primitive et puissante. ‘Solar Soul' est une proposition militaire à l'exécution millimétrée. De concert, Vorph, Drop et Zorrac se mettent à headbanguent sur ‘Son of Earth' dont la rythmique invite le public à les soutenir avec force. Du fond des âges, arrivé ensuite ‘In the Deep' et son refrain : « Call me Samael » qui hypnotise le public parisien. Le chanteur abandonne sa guitare pour ‘Infra Galaxia', véritable moment de grâce et de transe. Le groupe salue, Vorph récupère sa guitare, et la frénésie repart de plus belle ! Il faut attendre ‘Year Zero' pour que la fosse se mette à bondir et que les pogos prennent davantage d'ampleur, accompagnés du second slam de la soirée ! Le chanteur annonce alors : « Merci. Voilà, c'est fini (rire et hurlements dans le public). Bon, il nous en reste deux et avec ce morceau, on va vraiment sur du lourd. Est ce que vous êtes assez braves pour supporter la charge ? Ave Paris ! ». Il n'en faut pas plus pour lancer une tentative de wall of death qui sera finalement avortée... Mais enfin, que se passe-t-il Paris ?

Très attendue, ‘Black Supremacy' est la dernière chanson avant le rappel durant lequel les musiciens de Samael s'éclipsent quelques minutes en coulisses. Le public scande le nom du groupe mais l'énergie semble s'éteindre lentement, jusqu'à ce que Xy reprenne position à l'arrière de la scène et que le guitariste, Drop, motive le public qui finalement répond présent pour les trois ultimes morceaux. Sur l'introduction de ‘Baphomet's Throne', le chanteur hurle : « Horns up in the air ! » et des centaines de mains s'élèvent. Puis il déclare : « Une dernière ? Okay, avant ça on essaie quelque chose : je dis quelque chose et vous le répétez ! I (le public crie « I ») Paris, il va falloir y aller plus fort ! I ! Am ! My ! Saviour ! ». On s'en doutait, cela ne pouvait qu'introduire ‘My Saviour' après quoi le groupe salue longuement et serre toutes les mains.

Setlist de Samael :
INTRO
1. Hegemony
2. Samael
3. Rain
4. Slavocracy
5. Luxferre
6. Angel of Wrath
7. Rite of Renewal
8. The Ones Who Came Before
INTERLUDE
9. Solar Soul
10. Son of Earth
11. In the Deep
12. Infra Galaxia
13. Reign of Light
14. Year Zero
15. Ave!
16. Black Supremacy
RAPPEL
17. Ceremony of Opposites
18. Baphomet's Throne
19. My Saviour

En conclusion, Samael n'a pas dérogé à sa réputation en livrant un concert d'une qualité impeccable, porté par des morceaux iconiques que les influences Industrial du groupe rendent accessibles. Mais la véritable révélation du soir reste Hangman's Chair qui a offert un moment tout simplement époustouflant au Petit Bain, qui ne semblait malheureusement pas être en mesure de réagir devant tant d'engagement, d'humilité, de beauté et de professionnalisme. Chapeau bas, donc, à ce groupe stellaire qui nous a donné des frissons !