Enter Shikari- Death By Romy - Bataclan - 11 Nov 2025
«DeathbyRomy : une découverte sombre, puissante et soignée»
PAULINE Journaliste
11/11/2025
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Cela fait plus de dix ans que je n’ai pas manqué un concert d’Enter Shikari à Paris. Autant dire que ce soir-là, au Bataclan, il n’était pas question que ça démarre maintenant.
Et heureusement : le groupe comme la première partie ont offert une soirée aussi dense que mémorable.
La soirée s’ouvre avec DeathbyRomy, artiste américaine solo accompagnée d’un batteur, d’une guitariste et d’une bassiste : une formation presque entièrement féminine, chose suffisamment raredans ce registre pour être soulignée.
Je ne connaissais que de nom, et la claque fut réelle.
Dès les premiers titres, on découvre une esthétique hyper léchée, un mélange de pop sombre, delourdeur industrielle et de touches électro, avec des passages chorégraphiés et un jeu de lumière intense… parfois même trop léger en comparaison de l’univers très tranchant et pesant de la musique.
Vocalement, Romy impressionne : voix grave et stable, capable de tenir tête à l’instru massive, avec çà et là quelques phases screamées très bien placées.
Le public est encore timide, mais le premier rang compte déjà une petite fanbase conquise, qui connaît chorégraphies et paroles.
Malgré une ambiance globalement calme, la salle se réchauffe peu à peu.
Quelques soucis de son se font sentir vers le cinquième morceau — la voix coupe, la guitare passe moins bien — mais rien qui entache vraiment la prestation.
Un Circle pit est enfin demandé pour le final . Participatif, spontané, presque inattendu pour une première partie, mais parfaitement exécuté.
« Welcome in team Death Paris », lance-t-elle en quittant la scène sous une énergie rayonnante et une belle complicité entre les musiciennes.
Pour une spectatrice qui ne connaissait pas, le set a filé à toute vitesse. Malgré les soucis sonores, elle m’a complètement embarquée.
Elle annonce un retour à Paris en tête d’affiche en février : une artiste à suivre de très près.
Le Bataclan est désormais chaud, prêt. Et Enter Shikari ne perd pas une seconde : ouverture avecdes avatars Mii des membres du groupe sur des tourelles et la musique de Wii Sports, ambiance décalée et introduction lumineuse déjà iconique. L
a scénographie est — comme toujours avec eux — spectaculaire : stroboscopes, panneaux colorés, structures cyberpunk… chaque détail est pensé.
Le début de set est relativement calme, mais très vite, Live Outside puis Satellites mettent fin à la douceur.
Ce ne sont pourtant pas les morceaux les plus violents de leur discographie, mais l’impact est immédiat. Le son est impeccable, et le groupe, survolté : normal, c’est le dernier soir de la tournée.
The Great Unknown réveille encore la salle et dévoile les fameuses tours lumineuses évoquant des barres d’immeubles futuristes. Chaque morceau possède son univers visuel, comme autant de tableaux successifs.
Le thème du temps qui passe prend une teinte particulière sur Juggernauts.
Rou Reynolds échange quelques mots en français pour faire retomber la pression avant… de mieux la relancer.
Montée en puissance, précision électronique, et chaos maîtrisé, le côté électro a toujours été un des atouts majeur du groupe.
Un dosage parfait, puissant sans jamais devenir ridicule ou artificiel parfaitement mit en valeur une fois de plus ce soir tant bien par le son que la scénographie.
Les classiques s’enchaînent et le Bataclan explose enfin : le premier gros circle pit arrive plus de trente minutes après le début, sur Destabilise.
Les lasers transpercent la salle, littéralement.
Puis vient Sssnakepit, énorme, imparable, et encore un circle pit, toujours plus massif .
Sur Jailbreak, les lumières horizontales dessinent des silhouettes de barreaux de prison .
Havoc B plonge tout le monde dans un bain de lumière rouge, break remixé très lourd à la clé : c’est le chaos, l’un des moments les plus intenses du concert.
La transition vers Sorry You’re Not a Winner, avec tout le public qui claque dans les mains en rythme, déclenche une acclamation générale. Le fameux « fuck off! » hurlé par toute la salle secoue les murs.
À partir de Satellites, le show ne relâche plus rien.
The Last Garrison vient conclure le set principal avec panache : l’un des morceaux les plus fédérateurs du groupe, exécuté à la perfection.
Un rappel s’ouvre sur un Meltdown revisité, explosif, qui transforme le Bataclan en fête totale.
Le groupe remercie chaleureusement le public : « On pouvait pas rêver mieux pour finir la tournée. »
Impossible de mieux résumer l’osmose du soir.
La setlist est équilibrée, jonglant entre grands classiques de la première heure et titres plus récents, sans jamais casser la dynamique.
Enter Shikari a encore prouvé qu’il reste l’un des groupes live les plus inventifs, les plus généreux et les plus cohérents de la scène alternative. Entre scénographie futuriste, émotion brute, montée électronique millimétrée et chaos parfaitement orchestré, ce 11 novembre au Bataclan restera dans les mémoires.
Et si la soirée a été ouverte par une révélation comme DeathbyRomy, elle ne pouvait que devenir exceptionnelle.
DeathbyRomy : une découverte sombre, puissante et soignée