Vos deux premiers albums ont fait découvrir au monde le Hunnu Rock. Quel a été le plus grand défi artistique lors de la création de HUN ? Aviez-vous consciemment voulu éviter de vous répéter ?
Absolument. Nous n'avons jamais voulu faire ''The Gereg 2'' ou ''Rumble of Thunder 2''. Le plus grand défi consistait à rester fidèles à notre identité tout en continuant à avancer. Le Hunnu Rock est vivant : il doit évoluer. Avec ''HUN'', nous nous sommes poussés plus loin sur les plans émotionnel, musical et lyrique. Nous avons exploré de nouveaux arrangements, de nouvelles dynamiques et nous nous sommes autorisés à être plus vulnérables.
Au lieu de nous demander : « Comment sonner davantage comme The HU ? », nous nous sommes demandé : « Qu'avons-nous sincèrement à dire aujourd'hui ? » C'est devenu le cœur de cet album
Plusieurs morceaux de cet album explorent l'âme humaine, les ténèbres intérieures et la résilience. Pourquoi ces thèmes sont-ils devenus si importants pour vous à ce stade de votre carrière ?
Après plusieurs années passées à parcourir le monde et à rencontrer des personnes issues de cultures très différentes, nous avons compris que chacun porte en lui des combats invisibles. Peu importe d'où l'on vient : tout le monde connaît la perte, la peur, l'espoir et le désir de devenir plus fort. ''HUN'' parle de ce cheminement.
Il ne s'agit plus tant de combattre des ennemis extérieurs que d'affronter ceux qui vivent en nous. Nous voulions rappeler que la force ne consiste pas à ne jamais souffrir, mais à apprendre à se relever grâce à cette souffrance.
''Echoes of My Father'' est probablement l'une de vos chansons les plus émouvantes à ce jour. A-t-il été difficile d'écrire quelque chose d'aussi personnel ? Qu'espérez-vous que les auditeurs en retiennent ?
C'est l'une des chansons les plus difficiles que nous ayons jamais écrites, parce qu'elle vient d'un endroit très intime. Chacun finit un jour par comprendre ce que signifie porter la voix, les enseignements et la mémoire de ceux qui nous ont précédés.
Mon père représente bien plus qu'une seule personne : il incarne nos ancêtres, nos traditions et la responsabilité dont nous héritons. Si les auditeurs pensent à leurs propres parents, à leurs grands-parents ou aux personnes qui les ont façonnés en écoutant cette chanson, alors nous aurons accompli quelque chose de véritablement précieux.
La collaboration avec Jonny Hawkins sur ''Lost Soul'' paraît très naturelle. Qu'est-ce qui vous a le plus surpris en travaillant avec lui ? A-t-il apporté quelque chose que vous n'aviez pas imaginé ?
Jonny est un artiste exceptionnel parce qu'il ne cherche jamais à dominer une chanson : il se met au service de celle-ci. Dès le départ, il a parfaitement compris l'émotion que nous voulions transmettre.
Il a apporté une vulnérabilité et une intensité qui ont trouvé un équilibre parfait avec notre univers. Il a ajouté des couleurs auxquelles nous n'aurions jamais pensé, tout en respectant l'esprit du Hunnu Rock. Nous n'avons jamais eu l'impression que deux artistes se faisaient face ; c'était une seule et même histoire racontée par deux voix différentes.
Vos précédents albums portaient des titres très marquants. Pourquoi avoir choisi ce mot si simple : ''HUN'' ? Que symbolise-t-il pour vous au-delà de sa signification historique ?
Pour nous, ''HUN'' possède de nombreuses dimensions. Bien sûr, il fait écho à notre histoire et à notre héritage, mais il parle aussi de l'humanité elle-même. C'est un mot simple, mais puissant.
Il nous rappelle nos origines tout en invitant chacun à y trouver sa propre signification. Cet album ne parle pas uniquement du passé ; il parle d'identité, de liens entre les êtres et d'un esprit qui traverse les générations.
Vous avez enregistré cet album après plusieurs années de tournée mondiale. La route a-t-elle influencé votre écriture, ou avez-vous volontairement cherché à vous couper du monde en entrant en studio ?
La tournée s'est invitée dans cet album, que nous le voulions ou non. Chaque public, chaque pays, chaque rencontre nous a laissés une empreinte. Mais une fois en studio, nous avions aussi besoin de silence.
Il nous fallait assimiler tout ce que nous avions vécu. ''HUN'' est donc né de cet équilibre entre l'énergie du monde extérieur et l'introspection.
Votre musique est profondément enracinée dans la culture mongole, pourtant des personnes issues d'horizons totalement différents s'y reconnaissent. À quel moment avez-vous compris que vos chansons étaient devenues véritablement universelles ?
La première fois que nous avons vu des milliers de personnes qui ne parlaient pas un mot de mongol chanter nos paroles avec nous, nous avons compris que la musique dépasse les langues.
Les gens ne se connectaient pas parce qu'ils comprenaient chaque mot, mais parce qu'ils ressentaient les émotions. C'est à ce moment-là que nous avons compris que le Hunnu Rock n'était plus seulement une histoire mongole : c'était devenu une histoire profondément humaine.
Beaucoup de groupes deviennent plus « internationaux » en s'éloignant de leurs racines. Vous semblez faire exactement l'inverse. Le fait d'être restés fidèles à votre langue et à vos traditions est-il finalement devenu votre plus grande force ?
Je le pense sincèrement. Nous n'avons jamais cherché à devenir un groupe international en ressemblant aux autres. Nous voulions le devenir en montrant au monde qui nous sommes réellement.
Plus nous assumons notre langue, nos instruments et nos traditions, plus les gens se reconnaissent dans notre musique. L'authenticité n'a pas besoin d'être traduite. Lorsqu'une démarche est sincère, elle touche immédiatement les gens.
Vous avez joué partout, de Glastonbury aux tournées avec Iron Maiden. Le fait de vous produire devant des publics du monde entier a-t-il changé votre manière de composer ?
Oui, cela nous a changés, mais pas dans le sens où nous chercherions à plaire à des foules toujours plus grandes. Les tournées nous ont appris que les moments de calme peuvent être aussi puissants que les passages les plus explosifs.
Nous avons appris à ressentir la respiration du public avec notre musique. Cette expérience nous a donné la confiance nécessaire pour écrire des chansons plus profondes émotionnellement et plus contrastées. ''HUN'' reflète cette maturité.
Vous dites souvent que le Hunnu Rock n'a pas de limites et pourrait même intégrer du hip-hop ou d'autres styles. Existe-t-il une direction musicale que les fans ne s'attendraient jamais à voir explorer par The HU ?
Nous sommes naturellement curieux. Si un autre style musical peut nous aider à raconter une histoire avec sincérité, nous irons l'explorer. Les gens seraient peut-être surpris de nous entendre utiliser des textures électroniques, des orchestrations symphoniques ou encore des rythmes venus d'autres cultures.
Mais quelle que soit la direction prise, le ''morin khuur'', le chant diphonique et l'esprit de la Mongolie resteront toujours au centre de notre musique. C'est notre fondation.
Vous avez déjà évoqué un prochain album. Cela signifie-t-il que vous considérez ''HUN'' comme le début d'un nouveau chapitre plutôt que comme une finalité ?
Sans aucun doute. Chaque album clôt une aventure et en ouvre une nouvelle. ''HUN'' ressemble à un nouveau départ parce que nous sommes devenus des personnes différentes au fil de tout ce que nous avons vécu.
Nous avons déjà des idées qui n'étaient pas prêtes pour ce disque, et c'est extrêmement stimulant. Tant que nous continuerons à évoluer, le Hunnu Rock évoluera lui aussi.
Imaginez que, dans cinquante ans, un jeune musicien mongol dise : « The HU m'a donné envie d'apprendre un instrument traditionnel plutôt que la guitare électrique. » Serait-ce une réussite encore plus importante qu'un disque de platine ?
Sans la moindre hésitation. Les récompenses et les ventes sont extraordinaires parce qu'elles montrent que les gens nous écoutent, mais elles ne sont pas éternelles.
Inspirer quelqu'un à préserver sa culture tout en créant quelque chose de nouveau, voilà ce qui peut traverser les générations. Si, dans cinquante ans, un jeune musicien choisit le ''morin khuur'', le ''tovshuur'' ou le chant diphonique parce que The HU lui a montré que ces traditions ont toujours leur place dans l'avenir, alors ce sera sans doute notre plus bel héritage.
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