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SCORPION MILK, l'interview promo de l'album"Slime of the Times"

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef
Post-Punk Apocalyptique
22/08/2025
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Nous avons rencontré Mat McNerney, le leader du groupe Scorpion Milk qui nous parle de son nouvel album ''Slime of the Times''.

Vous avez décrit Scorpion Milk comme une évolution de Beastmilk et Grave Pleasures. Quelle a été l’étincelle qui vous a poussé à créer ce nouveau projet, et pourquoi était-ce le bon moment pour le faire ?


L’étincelle, c’est ce feu intérieur qui me pousse à créer des œuvres toujours plus radicales, totalement personnelles. J’ai travaillé toute ma vie artistique pour en arriver là. La commande réalisée en 2024 pour Roadburn m’a donné une bonne base pour franchir le pas en solo. Avec Beastmilk et Grave Pleasures, il y avait toujours une dynamique de groupe, un collectif avec lequel composer. Avec Scorpion Milk, il n’y a que moi. Je voulais concentrer tout ce que j’avais appris — l’atmosphère, l’immédiateté, la confrontation — et le distiller en une seule voix. C’était le bon moment car le monde semble s’effondrer sur lui-même, et je devais y répondre de la manière la plus directe possible : par mon propre art sonore et violent. Slime of the Times est, je crois, l’album vers lequel je tendais depuis toujours.

Vous avez aussi un long parcours dans l’underground black metal avec Dødheimsgard et aujourd’hui Hexvessel. Comment ces racines plus sombres influencent-elles l’atmosphère de Scorpion Milk ?


Ces racines m’ont appris à gérer l’extrême, pas seulement musicalement, mais aussi émotionnellement et philosophiquement. Dødheimsgard m’a donné l’esprit de confrontation, la volonté de regarder l’abîme en face et d’en rapporter quelque chose de brut. Hexvessel m’a apporté le sens de l’atmosphère, du mythe, de la spiritualité et du symbolisme. Scorpion Milk s’inspire de tout ce que j’ai fait, mais dans un langage dépouillé, post-punk. Les obsessions restent les mêmes : la mort, le sens dans le vide — simplement racontées à travers des chansons plus acérées, rythmiques et venimeuses.

Le titre de l’album *Slime of the Times* évoque à la fois l’humour et la décomposition. Comment l’avez-vous trouvé, et qu’exprime-t-il sur le monde dans lequel nous vivons ?


J’ai commencé par jouer avec l’idée d’un titre ironique façon slogan, “Slime of Our Lives”, etc. Puis je l’ai affiné pour en faire quelque chose de plus percutant. Je voulais qu’il sonne comme une expression familière, mais déstabilisante. C’est juste sous nos yeux, rampant sous les couches de la société. Le slime est une métaphore : il représente la toxicité qui imprègne tout — la propagande, l’addiction aux technologies, la peur, la distraction, la morale de façade. Ce n’est pas un apocalypse futur, c’est celui que nous vivons déjà. L’humour vient du fait d’assumer à quel point c’est grotesque, mais la décomposition est bien réelle. Comme dans le film d’horreur The Stuff, où une substance gluante se nourrit de la négativité et dévore tout, je vois ce même courant circuler sous nos vies aujourd’hui.

Vous définissez votre style comme du “post-punk apocalyptique.” Comment l’expliqueriez-vous à quelqu’un qui n’a jamais entendu votre musique, et comment *Slime of the Times* affine ou redéfinit-il cette vision ?


Le post-punk apocalyptique, c’est du doom sur lequel on peut danser. C’est sombre et désolé, mais immédiat. Une musique qui regarde l’effondrement droit dans les yeux tout en lui donnant un battement vital. Avec Slime of the Times, j’ai affiné cette idée vers quelque chose de plus brut et personnel : des chansons primales, rythmiques, enregistrées de façon à capter l’émotion dans l’instant. Ce n’est pas une recherche de style poli, c’est l’apocalypse rendue authentique, étrangement vivante. Le titre parle de lui-même : du rock’n’roll de fin du monde.

L’album réunit Tor Sjödén, Nate Newton, Big Paul Ferguson et Will Gould. Comment ces collaborations ont-elles façonné le disque, et certains vous ont-ils poussés dans des directions musicales inattendues ?


La batterie de Tor est l’épine dorsale de l’album, primitive, tribale, elle définit l’ensemble du disque. Il a parfaitement capté mes intentions rythmiques. Nate a apporté cette énergie viscérale à la basse, une lourdeur qui ancre le chaos. Big Paul Ferguson, c’était un rêve personnel. J’ai tourné avec lui quand Grave Pleasures assurait la première partie de Killing Joke, et sa présence ici revient à tisser directement un fil d’histoire dans le disque. Will Gould a apporté du théâtre gothique à l’état pur. Dans She Wolf of London, il s’est glissé dans le rôle comme un acteur, et l’a transformé. Chacun a ajouté une énergie unique, mais au final c’est toujours ma vision qui unit le tout.

L’album a été enregistré en Finlande, mixé à Londres et masterisé à Abbey Road. En quoi ce processus international était-il important pour capturer l’énergie brute et explosive que vous recherchiez ?


C’était essentiel. J’ai enregistré le cœur du disque moi-même en Finlande, brut, direct, sans filtre. Mais je voulais aussi le connecter à la tradition britannique qui m’a inspiré et formé : le post-punk, l’anarcho-punk, Killing Joke, les débuts du goth. Voilà pourquoi il fallait qu’il soit mixé à Londres et masterisé à Abbey Road. Cela a permis de relier l’album à mes propres racines, tout en conservant la brutalité de son lieu de naissance. C’est profondément personnel : mon son, le bruit de ce que je suis.

La pochette réalisée par Danu Bharatu paraît brute, expressionniste et dérangeante. Quelles discussions avez-vous eues avec lui sur l’identité visuelle de Scorpion Milk, et comment l’artwork s’inscrit-il dans l’esthétique “fin-du-monde” de l’album ?


Je voulais que l’artwork sonne comme la musique : barbouillé, déformé, grotesque mais étrangement beau. Avec Danu, nous avons parlé de capturer la texture de la décomposition, dans un style expressionniste, mais avec une vitalité étrange. On y retrouve des formes de crucifixion, le Christ et la figure du bouffon — autant d’aspects du monde dans lequel nous vivons, qui cherche à manipuler, conditionner et nous détruire. Ce n’est pas une illustration littérale, c’est comme une tache psychique. Le slime sous forme visuelle : brut, dérangeant, mais vibrant d’énergie. Je voulais que l’album semble venir d’un autre monde que celui du simple Metal. Pas du fantastique, mais du punk : une réalité maléfique.

Vous avez choisi d’utiliser l’IA pour le clip de *Another Day Another Abyss*. Vous avez dit qu’elle représente à la fois un outil et une menace. Voyez-vous l’IA comme un partenaire artistique, ou comme quelque chose qui risque d’effacer la voix humaine dans l’art ?


Les deux. L’IA est un outil, mais aussi une menace. C’est pour ça que je l’ai utilisée. Je ne voulais pas un clip lisse et futuriste, mais quelque chose d’étrange, de cassé, comme un rêve où les images ne tiennent pas tout à fait. Cela reflète la manière dont je vois l’IA : fascinante mais instable, miroir de nos angoisses collectives. Elle ne doit pas remplacer la voix humaine, mais elle peut révéler les distorsions de notre époque. Le clip a dérangé, choqué, et c’était exactement la réaction que je recherchais.

Votre premier single aborde le “poids psychologique de la catastrophe moderne.” Pouvez-vous développer le message de ce morceau et ce que vous voulez que les auditeurs ressentent en l’écoutant ?


Another Day Another Abyss parle du fait de se réveiller chaque jour avec de nouvelles catastrophes : gros titres, peur, indignation… jusqu’à ce que cela devienne un bruit de fond. Il s’agit de l’engourdissement face à la crise permanente, de l’abîme que nous fixons quotidiennement. Ce que je voulais que les auditeurs ressentent, c’est ce mélange étrange de désespoir et d’énergie : cette impression que oui, tout s’effondre, mais qu’on peut encore bouger, encore ressentir, encore trouver de la beauté dans les ruines.

Avec la sortie de l’album le 19 septembre via Peaceville, quels sont vos projets pour Scorpion Milk ? L’imaginez-vous comme un groupe à long terme, avec des tournées et d’autres albums, ou plutôt comme une déclaration artistique unique ?


Cet album est très personnel, donc en un sens c’est une déclaration qui se suffit à elle-même. Mais je ne considère pas Scorpion Milk comme un one-shot. C’est une vision en évolution, et si le monde continue de s’écrouler, il y aura encore beaucoup à écrire. La tournée est clairement envisagée : ces morceaux exigent d’être joués en live, fort et brut. Que cela devienne un groupe pérenne ou reste ma vision solo, Scorpion Milk continuera tant qu’il restera du slime à traverser.