En combien de temps as-tu écrit ''my sweet love’' ?
Onze ans. Ça commence à faire pas mal, hein. Non mais en vrai j’écris assez vite, c’est juste que je prenais le temps pour d’autre livres dont la trilogie sur « La France est rock » par exemple. Mais c’est intéressant car ça permet de faire beaucoup beaucoup de rencontres, d’aller dans des zones « grises », de connaître ce petit goût d’interdit qui te maintient en vie. Te sortir de ton moutonage-robot. Tu te cultives encore plus aussi : livres, films, expo, voyages… tout ça rentre dans tes veines et ressort par tes doigts et par ton cœur…
Qu’est-ce qui t’a inspiré cette fois dans l’écriture des textes comme certain lieux ?
Comme toujours l’envie de vivre, même si c’est con à dire/écrire. Sortir du quotidien, se dire qu’il existe une vie « non officielle », ne plus être une statistique, un chiffre, un « métro-boulot-dodo ». L’envie d’expérimenter beaucoup de choses avant que les vers ne lèchent nos os. Et puis la vie nous guide vers des gens cabossés, des marginaux comme on dit… Il y a beaucoup de gens qui ont un sacré vécu : du travesti à la femme battue, des punks aux alcooliques, des prostituées aux libertins, ce sont des histoires du quotidien mais qui restent en surface : j’essaye d’aller en profondeur, d’apprendre, de comprendre. Et de transmettre, sortir des clichés et se dire qu’il y a beaucoup de solitude dans notre monde.
Pourquoi dis-tu que cette œuvre est le plus beau livre que tu es écrit ?
Parce qu’avec ces 11 ans d’écart entre les deux livres, et toutes ces rencontres, tu apprends, comprends. Tu vis ta vie aussi avec des émotions à fleur de peau. Tu te bats pour tes rêves, pour les tiens, avec l’énorme pression que tu te mets pour que chaque mot de chaque nouvelle soit parfait, soit également un son, représente un regard, une texture de peau. J’ai vécu pas mal de choses ces 11 années, comme tout le monde des hauts et des bas, avec ce peut-être côté écorché qui fait que pour moi les livres sont sacrés, sont la pureté de ton âme. Et des âmes de ces personnes rencontrées également. C’est ce qu’il y a de plus beau et de plus fort en toi, en moi, en nous. En bref, l’expérience acquise rend le livre encore plus puissant.
Il y a une flopée d’âmes écorchées dans ces nouvelles, certains des personnages ont-ils été basés sur des personnes réelles comme par exemple Candice, qui est en quête d’identité ?
Tout à fait, Candice croisée dans un club libertin par exemple et qui exprime une solitude encore bien plus forte dans la réalité que dans le livre. Tu ressens vraiment les écorchures, ce besoin d’aimer et d’être aimé. Mais c’est difficile dans ce monde car pour parler crument, une femme avec une bite qui cherche à se caser avec un mec hétéro, ça reste compliqué pour plein de raisons expliquées dans ce livre, même dans un milieu libertin qui finalement, ne l’est pas tant que ça, bien au contraire en fait, à ma grande surprise.
‘’Le clown du peuple’’, rappelle beaucoup l’histoire du Joker de Todd Phillips, t’es-tu inspiré du film ?
Oui. Ce film est l’un de mes préférés avec Macadam Cowboy et Taxi Driver. Des héros de la solitude et de la misère. Ou comment la folie s’installe quand on manque tellement d’amour. Comment on dérive, comment on essaye de s’accrocher, et comment la réalité nous fait un doigt d’honneur. Évidemment, ça fait référence aussi à notre si petit homme politique. C’est la violence qui appelle la violence. Notre président a réussi à unir les gens contre lui à un niveau de détestation jamais atteint. Il est aussi à l’image de notre société. Nous avons perdus la boussole depuis l’arrivée d’Internet et encore plus des réseaux sociaux. Le niveau culturel est en baisse constante, le vide rempli les têtes, les vidéos sans intérêts sont de plus en plus regardées. Pourtant, notre société pourrait avancer dans un meilleur chemin, mais encore faudrait-il que les personnes au sommet veuillent bien tenter de rectifier le tir. Hélas je crois que l’inculture arrange parfois pas mal de monde chez ces gens-là…
Crois-tu finalement qu’a l’image de tes personnages, nous avons tous une part de folie, qui peut-être déclenché par trop de souffrances ?
Bien sûr, mais c’est le fait que les gens, souvent, passent à côté du réel. On est à fond sur les écrans, on préfère s’invectiver que dire « j’ai envie de te parler » ou « j’aime ce que tu fais », etc… Donc on se met des armures, par peur, honte, timidité, et on garde tout en nous. Du coup nous sommes frustrés et nous devenons aigris. Bien sûr dans « je t’aime » il y a un risque, celui d’avoir un refus, et donc de souffrir. Mais si plus personne ne dit « je t’aime » à personne, nous allons avoir encore longtemps notre société actuelle. Quant à la folie, c’est, selon moi un dérivé poussé à l’extrême de l’interdit qu’on nous interdit justement. C’est le mélange d’une solitude profonde, de l’interdit, de la frustration : après, il y a de bonnes folies aussi, des folies positives. C’est un vaste débat.
Pour faire un parallèle avec la réalité, est-ce la société actuelle qui rend les gens fous ?
Manque de culture + solitude + réseaux sociaux = un bout de notre monde.
Le livre est désormais dispo sur le site… https://leseditionsdujoyeuxpendu.com/ouvrages/
Teaser : https://www.youtube.com/watch?v=AqLCXg22vPg