Interview de Tuomas Holopainen pour la sortie du nouvel album de NIGHTWISH, Human. :||: Nature ! Interview de Tuomas Holopainen pour la sortie du nouvel album de NIGHTWISH, Human. :||: Nature ! 

Interview de Tuomas Holopainen pour la sortie du nouvel album de NIGHTWISH, Human. :||: Nature !
Baptman
Journaliste

18/03/2020
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Baptman : Tuomas, j’aimerais te remercier chaleureusement de la part de toute l’équipe de United Rock Nations d’être avec nous aujourd’hui !

Tuomas : Merci beaucoup de m’avoir invité.

B : Pour remettre les choses en contexte, je viens d’avoir la chance d’écouter le nouvel album dans son intégralité, donc bien sûr nous allons nous concentrer sur celui-ci dans cette interview, et nous allons aussi parler du morceau Noise qui est déjà sorti avec un clip, enfin nous aurons des questions plus générales à propos du groupe. Voici notre petit programme pour aujourd’hui si tu es ok !

T : Bien sûr, allons-y.

B : Cela fait 5 ans depuis que le dernier album, Endless Forms Most Beautiful, est sorti, et entre temps vous avez aussi sorti 2 albums live et un album de remaster : 3 albums en 5 ans, sans compter l’écriture et l’enregistrement du nouveau, est-ce que tu as quand même eu du temps pour te reposer un peu ?

T : Plein de temps en fait. Juste après avoir terminé la précédente tournée, nous avons décidé de prendre une année sabbatique pour la première fois réellement depuis que Nightwish existe. C’était une année merveilleuse. Je me suis beaucoup aéré, j’ai voyagé un peu, j’ai juste profité de pouvoir rester à la maison, sans emploi du temps. De plus, c’était une période véritablement inspirante. Nous avons fini le tout premier album de notre projet Auri avec Troy de Nightwish et ma femme, Johanna. Une aventure merveilleuse. Et cela a vraiment inspiré ce nouvel album [avec Nightwish ndlr]. Donc même si 5 ans pourraient sembler être une longue période, c’est passé super vite et nous avons accompli beaucoup de choses tous ensemble.

B : C’est un vrai chef d’oeuvre que vous allez sortir, ce Human. :||: Nature. C’est un double album studio, une première dans l’histoire de Nightwish. Celui-ci est particulièrement ambitieux car le premier CD est composé de morceaux “classiques” mais ils se suivent tous sans coupure de façon à ce qu’on pourrait écouter l’album en intégralité comme s’il s’agissait d’un seul grand morceau épique. Quant à la deuxième partie de l’album, c’est une symphonie en plusieurs mouvements. Savais-tu depuis le début que tu voulais écrire un double album ? Quand as-tu pris cette décision ?

T : La décision est venue quelque part pendant les répétitions alors que nous enregistrions des démos assez brutes. Nous avons réalisé que la longueur cumulée de tous les morceaux avoisinait les 85 minutes et on ne peut pas faire rentrer cela dans un seul CD, je crois que la limite est 78 minutes. A ce stade, on a pris la décision de sortir cet album sous forme d’un double. Donc ce n’était pas originellement prévu. Ensuite, il nous fallait trouver le courage de soumettre cette idée à la maison de disques et voir ce qu’ils en penseraient. Mais par chance, ils étaient partants depuis le début. Pas de problème.

B : As-tu écrit la partie symphonie, le deuxième CD, au même moment que le premier ?

T : Oui, j’ai travaillé dessus et sur les morceau “en groupe”, si tu veux les appeler comme ça, simultanément. Et l’idée est venue très tôt que cette sorte de symphonie devrait terminer cet album. Quand j’ai demandé au groupe ce qu’ils en pensaient ils ont trouvé que c’était une super idée. C’est une sorte de chose que nous n’avons jamais faite dans l’histoire du groupe. Quand tu t’écoutes tous les albums, il n’y a pas de longue pièce instrumentale et orchestrale donc nous voulions simplement combler ce vide.

B : L’album s’appelle Human. :||: Nature. Entre ces deux mots nous avons un petit symbole : “:||:” Pourrais-tu nous expliquer ce que ces symboles signifient ?

T : Je crains que non [rires]. Parce que c’est un de ces petits mystères sur l’album dont on laisse le soin à l’auditeur de décider le sens ou qu’on lui laisse percer. Il a véritablement une signification. Mais on prononce toujours bien le nom de l’album : “Human Nature”. Ces symboles sont là pour une raison précise.

B : Sur la pochette de l’album il y a aussi des signes et des glyphes. Je suppose que ce sont aussi des mystères que l’auditeur doit percer ou est-ce que tu peux partager avec nous un peu plus de détails à leur sujet ?

T : Ce n’est pas un mystère en réalité. Nous avons pas mal parlé d’eux et certains fans les ont même véritablement déchiffrés avant qu’on ne donne l’explication. A l’époque où nous cherchions l’idée pour la pochette, l’idée nous est venue : pourquoi ne pas essayer de trouver les plus anciens symboles connus pour les mots “humain” et “nature”. Les plus anciens symboles de l’humanité. Ensuite nous avons contacté un archéologue du nom de David Rohl, il a fait quelques recherches et nous a envoyé ces symboles avec des explications. Donc celui du haut, celui qui est rond, est un symbole sumérien pour “Dieu”/”Nature” qui date d’à peu-près 2400 av JC et c’est du langage cunéiforme. Et celui en bas est aussi cunéiforme mais c’est le symbole pour “humain” en assyrien. Donc, en fait, le nom de l’album est dans ces deux symboles.

B : Dans une interview avec Blabbermouth, tu as dis “j’ai juste attaqué les chansons une par une, je n’avais pas d’idée de comment l’album allait sonner” tu as également dis que tu avais réalisé que les mots “humain(e)” et “nature” revenaient encore et encore dans les paroles et que cela voulait dire que par conséquent, ils devraient englober tout l’album. Normalement, est-ce que le concept de l’album précède l’écriture de la musique ou c’est l’inverse ?

T : Ca vient tout seul au cours du processus d’écriture des chansons. C’est très important pour moi en tant que songwriter de ne pas trop anticiper, de ne pas calculer. Ca n’est jamais comme si où on était tous réunis avec le groupe et qu’on se disait :”est-ce que le prochain album devrait être plus heavy ? Oui, il devrait être plus heavy” ou “est-ce qu’on devrait faire un album à propos des humains et de la nature? Ouais ok, vas écrire les morceaux “. Ce n’est jamais, au grand jamais comme ça. Tu développes soudainement un intérêt pour certains sujets ou histoires. Ou tu as un sentiment que tu veux partager, tu as une histoire à raconter. Que ce soit une histoire à propos de nos appareils intelligents et notre addiction à eux ou que ce soit une histoire sur les Amérindiens ou que tu aies le coeur brisé ou quoi que ce soit, tu as ce sentiment profond qui doit sortir de toi et tu commences à écrire des chansons. Même chose pour Human. :||: Nature. A un moment donné quand j’avais quelques chansons écrites, j’ai réalisé “attends-un peu, il y a beaucoup d’humains là-dedans”. Et ensuite il y a l’oeuvre symphonique qui fait les louanges de la Nature. C’est un peu comme la lettre d’amour de Nightwish à la Planète Terre. Qu’est-ce qui se trame dans tout ça ? Et là tu regardes la chose dans son ensemble et tu te rends compte : “ok, ces chansons parlent de l’Humain, là c’est la Nature, Nature Humaine etc. C’est comme ça que c’est venu.

B : Au cours de l’histoire de Nightwish tu as écris pour 3 chanteuses lead. Est-ce que c’était difficile de s’adapter à chaque voix ? Et en quoi écrire pour Floor a été différent d’écrire pour Tarja ou Anette ?

T : Non ça a toujours été assez facile. J’ai naturellement toutes les voix d’une chanteuse dans ma tête avant d’écrire les chansons. Et pendant que j’écris les chansons. Même chose pour les autres membres du groupe et la façon dont ils jouent de leurs instruments, j’essaye de m’y adapter du mieux que je peux. Floor est d’une versatilité unique. Je veux dire, son chant aigu et puissant, son côté plus doux, sa voix d’opéra, même ses growls...ils sont tous là et il n’y a vraiment rien qu’elle ne puisse pas faire. En ce sens là aussi c’est très facile et je suis le plus chanceux songwriter du monde d’avoir ces gens autour de moi.

B : Parlons de Noise, le premier single de l’album sorti sur YouTube avec un clip impressionnant qui a récolté plus de 2 millions de vues [2,7 actuellement ndlr] et 9000 commentaires. J’ai jeté un oeil à la section commentaires utilisateurs, peut-être que tu en as vu la plupart déjà, mais j’aimerais avoir ton retour sur certains d’entre eux.

T : Je n’en ai vu aucun. Je ne vais pas vraiment sur des forums de discussions ou des sections commentaires. Je le faisais un peu par le passé puis je me suis rendu compte que ce n’était pas mon monde. C’est un peu trop sombre à mon goût donc j’essaye de garder mes distances mais vas-y, qu’est-ce qu’ils disent ? Ou est-ce que je dois les lire ?

[Tuomas prend la feuille que je lui tends et qui contient une sélection de commentaires YouTube laissés sur le clip de Noise que je lui ai préparée]

B : Prends en un que tu aimes bien et que tu voudrais commenter

T : Ca marche.

[Tuomas lit à voix haute un des commentaires de la feuille]

T : “Combien de temps ça a pris à Tuomas de se laver après ce bain de pétrole simulé?” [référence à une scène du clip dans laquelle Tuomas est coiffé d’un masque à gaz et est intégralement couvert de pétrole dans une baignoire]

Ce n’était même pas simulé. C’était de la vraie huile. C’était juste de l’huile de colza donc pas ce que tu mets dans un moteur. C’était de l’huile de colza avec une pâte noire. Je crois que j’en ai eu pour 3 ou 4 douches et j’avais encore de ce truc noir entre mes ongles de pied et dans mon derrière [rires] donc ça a pris longtemps d’enlever ça !

Quoi d’autre ?

[parcours du regard les autres commentaires imprimés et les lit à voix haute avant de les commenter]

“...une chanson dénonçant le côté obscur des réseaux sociaux…”
Oui c’est plutôt exact.

“...l’ironie de regarder ça sur mobile”
[rires] C’est un bon point ! Un très bon point en fait.

“...le message de ce clip devra être une critique acerbe de la société et des réseaux sociaux”
ça ne critique pas tant la société et les réseaux sociaux que l’addiction humaine. Voilà de quoi il s’agit au fond. Nous ne voulons pas pointer du doigt la technologie : les téléphones portables, les réalisations de l’homme en matière d’appareils techniques...Je voue un culte à mon téléphone portable. Je trouve que c’est une petite merveille pour rechercher des vraies informations, pour me connecter à mes amis, à ma famille, et aux gens. C’est bien pour le divertissement, pour aller voir des choses sur YouTube et tout ça mais ce qui est réellement dangereux c’est si tu y deviens trop attaché, que tu ne peux pas vivre sans, que tu ne peux plus passer une heure sans penser que tu dois regarder ton iPhone. J’ai arrêté d’aller au cinéma depuis longtemps parce qu’à chaque fois que j’y allais, tout le monde était quand même sur son portable. Quand bien même les gens n’avaient pas de conversation avec, ils l’allumaient quand même pour regarder l’actualité ou Instagram ou je ne sais quoi. Et tu pouvais voir la lumière des écrans en vision périphérique. C’est triste, vraiment et ça a commencé à m’énerver tellement que je ne peux plus aller au cinéma maintenant.

[reposant la feuille]

De bonnes choses ! Content que ça ait été bien pris. La raison pour laquelle nous avons choisi ce morceau comme premier single est exactement ça : on savait que ça ferait une vidéo fantastique.

B : C’est d’autant plus méritoire qu’il y a tant de choses dans cette vidéo, qu’il faut la regarder plusieurs fois pour saisir toutes les références. Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est que tout le monde dans le groupe est vraiment impliqué, chacun joue son rôle

T : C’était super important. On ne voulait pas que le groupe soit représenté de manière traditionnelle où on jouerait de nos instruments ou chanterait devant la caméra. Aucune absurdité de ce genre. Nous voulions faire quelque chose de différent de façon à ce que nous ayions des rôles et nous ayions même à jouer un rôle un peu. Personnellement, je crois que ma partie préférée de toute la vidéo est quand Floor maintient sa petite fille - c’est une actrice, pas sa vraie fille - prisonnière sous sa robe. Et sur le fond on voit un parc d’attractions gris. Si ce n’est pas du symbolisme, ça. J’en ai des frissons à chaque fois. Comme tu l’as dis, c’est tellement rempli de détails. Je l’ai vu peut-être 20 fois maintenant et à chaque fois je remarque quelque chose de nouveau aussi.

B : Je vous imagine lors de la phase de conception en ayant une liste énorme de tout ce que vous voulez insérer dans la vidéo. Finalement, il semble que vous ayez réussi à tout y mettre. Est-ce qu’il y a des choses que vous vouliez ajouter mais avez dû couper ?

T : Pas vraiment. Je crois qu’on y a mis tout ce qu’on voulait. C’est une vidéo très remplie et pleine d’action mais ça reflète le thème de la chanson, Noise, (Bruit): du bruit constant, beaucoup de choses qui arrivent en même temps, tu ne peux pas suivre. On y a tout mis. La manière dont le script pour la vidéo a commencé c’est quand le réalisateur, Stobe Harju, et moi-même, nous sommes assis autour d’une table et avons commencé à faire la liste des effets secondaires pénibles des réseaux sociaux et d’Internet, ainsi que des personnages les plus énervants. Par exemple, ce personnage de mère parangon de beauté que Floor incarne.

B : Ou l’écologiste de façade que tu joues

T : Oui, on m’appelait “L'Écologiste”, qui n’en est pas un du tout. Mon personnage ne fait que prétendre, son image en public est quelque chose de complètement différent de qui il est. C’est juste pour te rappeler de ne pas croire tout ce que tu vois ou lis sur Internet, dans les médias, sur les réseaux sociaux.

B : Ce clip est un pamphlet contre l’hypocrisie également. Chaque personnage incarne un idéal social comme ton personnage qui est l’archétype de la personne directement en contact avec la Nature et les animaux mais dont on découvre à la fin de la vidéo qu’il ne fait que jeter de la poudre aux yeux. Toute cette image verte n’est là que pour lui acheter une bonne conscience écologiste.

T : Oui, c’est une façade. C’est quelque chose de proéminent sur Internet, sur les réseaux sociaux. Les gens ne montrent pas qui ils sont réellement, ils montrent une partie d’eux-mêmes et espère obtenir les likes. Ils veulent que les gens disent : “quelle bonne et juste personne tu es” et “c’est vraiment bien ce que tu fais” et “mon Dieu tu es tellement belle, envoie-nous plus de photos” et ils satisfont leur narcissisme. C’est très triste, vraiment et c’est le message de mon personnage, le soi-disant “Ecologiste”.

B : En tant que musicien qui doit être connecté à son public, à ses fans, mais aussi en tant que personne qui veut rester en contact avec sa famille et ses amis, comment gardes-tu une relation saine avec les réseaux sociaux et les smartphones ?

T : Personnellement, je ne suis pas sur les réseaux sociaux. Je n’y ai jamais été. Je n’ai pas de compte Twitter, Instagram, Facebook rien de tout ça. Le groupe, Nightwish, en a mais nous avons embauché un type pour s’occuper de tout ça. Je n’ai même pas les codes d’accès ou quoi que ce soit donc je ne pourrais même pas écrire des choses si je le voulais. La façon dont je reste en contact avec les fans est pendant les tournées, pendant les concerts, pendant les “meet & greet” quand c’est organisé et qu’on a l’endroit et le temps adéquats. Mais quand je ne suis pas en train de faire des choses pour Nightwish, je suis quelqu’un de très très réservé. Et je veux que ça reste ainsi.

B : Ca pourrait être une réponse aux gens qui vous reprochent avec humour ou sérieusement de sortir une vidéo qui critique les réseaux sociaux...sur YouTube

T : [Rires] Comme je l’ai dit et c’est très important, nous ne sommes pas contre YouTube, ou Internet ou la technologie ou même les réseaux sociaux. Ce que nous essayons de faire ressortir avec cette chanson et cette vidéo ce sont les addictions des gens. C’est le mot-clé : addiction à tout ça. Nous devons les garder comme outils elles sont merveilleuses pour ça : les technologies vont sauver le monde. Mais qu’elles restent dans leur rôle. Malheureusement pour beaucoup de gens, c’est déjà allé trop loin. Nous sommes plus leurs esclaves qu’ils ne sont nos outils.

B : Je ne sais pas si tu as lu le dernier livre de Robert Greene, Les Lois de la Nature Humaine, [Tuomas fait signe que non] au début il dit qu’on peut penser que la technologie nous a libéré de la nature humaine parce que grâce à elle nous pouvons faire tant de choses. Mais on ne pourrait voir plus tort car pour lui, la technologie a en effet donné aux gens la possibilité de céder à leurs déviances encore plus. La technologie a accentué notre nature humaine en fait. Et lorsque quelqu’un est naturellement égotiste, veut se mettre en avant ou se donner une bonne image, la technologie lui permet de faire ça à un tout autre niveau.

T : Absolument. Il y a cet aspect-là mais le potentiel que la technologie a pour servir le bien commun est immense. Pense un instant à ce que la science et la technologie ont fait : elles nous ont donné Internet, elles ont envoyé l’Homme sur la Lune, et toutes les réalisations dans la médecine, par exemple, tout ça, c’est la technologie. Le fait que je sois en train de communiquer avec vous tous qui nous écoutez [lisez] maintenant c’est grâce à la technologie. Le fait que nous sortons cet album que tout le monde pourra écouter, c’est grâce à la technologie. Tout est là, prêt à être utilisé pour le bien donc gardons ça à l’esprit. Mais ça a l’effet terrible de nous aliéner, et de nous rendre étrangers l’un à l’autre également. Il y a moins de conversations et d'interactions face-à-face maintenant parce que c’est tellement plus facile d’envoyer un tweet.

B : Dans l’oeuvre de Nightwish et dans ce morceau [Noise] également, il y a beaucoup de références littéraires. Dans Noise on peut voir des références au Meilleur des Mondes, le livre d’Aldous Huxley mais aussi à Walden, ou la vie dans les bois de Henry Thoreau. Te décrirais-tu comme un lecteur enthousiaste, un rat de bibliothèque, peut-être ?

T : Absolument. J’adore les livres. Et puisqu’on parle de technologie [rires] je lis encore des livres à l’ancienne. Je n’ai pas de Kindle ou équivalent. Il y a ce quelque chose d’unique dans la sensation de tourner une page d’un vrai livre et dans l’odeur qui s’émane d’eux. Donc oui, j’aime beaucoup lire. Les titres que tu as mentionnés, oui, et aussi dans le morceau intitulé Pan, il y a une multitude de référence à des livres différents parce cette chanson parle du pouvoir de l’imagination humaine. Ca parle de pourquoi on aime tant les histoires et la fiction. Donc je met beaucoup de mes livres de prédilection dans les paroles, certaines références pas si évidentes que ça, mais tout est là.


B : On parlé de l’album, on a parlé de Noise, à présent j’aimerais te poser quelques questions plus générales sur le groupe si tu le veux bien. Il a été annoncé en juillet dernier que Jukka, votre précédent batteur et membre fondateur, ne retournerait pas dans le groupe. Kai joue désormais de la batterie en tant que membre à part entière. Comment va Jukka ? Il a eu malheureusement des problèmes de sommeil dans le passé. Comment va-t-il maintenant ? Que fait-il ?

T : Il va super bien. Je viens justement de le voir il y a 3 semaines à peu près, parce qu’on vit assez proche l’un de l’autre on se voit relativement souvent. Donc il est venu à la maison et on a passé une vraie soirée entre mecs, à jouer au poker et à regarder Rambo 5 [rires]. Encore une fois, il est d’une telle bonne humeur en ce moment, le moral est très bon. Mais tourner avec le groupe est hors de question. C’est là que l’insomnie serait la plus susceptible de le frapper de nouveau. C’est une terrible, terrible maladie. J’ai souffert d’insomnie pendant quelques mois tout au plus, et la sensation est indescriptible. Et lui a traversé ça pendant des années et des années. Donc je comprends complètement sa décision.

B : On est ravis d’apprendre qu’il va bien. Personnellement, il est l’un de mes batteurs préférés et je suis très content d’apprendre que tout est ok pour lui.

T : C’est un brillant batteur. Je crois qu’il est presque un batteur sous-évalué aussi. Il met une telle passion et vitalité dans son jeu, il est très différent de Kai. Ils sont tous deux de brillants musiciens mais diamétralement opposés. Je suis vraiment content que Kai ait été là pour sauver le groupe.

B : C’est d’ailleurs je trouve l’un des aspects les plus remarquables de Nightwish, au-delà de votre art et de votre capacité à créer un univers et à fédérer tous ces fans dans le monde, votre résilience et votre capacité à rebondir après toutes ces épreuves que vous avez dû affronter par le passé : les changements de chanteuse, le départ de Jukka...toutes ces épreuves et malgré tout vous allez toujours de l’avant, l’album que je viens d’écouter le prouve. Il semble que vous ayez émergé de toutes ces épreuves plus forts. Comment es-tu parvenu à traverser tout ça tout en gardant le groupe vivant et en bonne santé ?

T : Ouh...[pensif] ça doit se résumer au fait que nous aimons réellement ce que nous faisons. On ne peut vraiment pas faire autre chose, je veux dire, si nous n’avions pas la musique, je n’aurais pas la moindre idée de quoi faire de ma vie [rires]. Je pense que c’est aussi simple que ça. Mais tous ces changements de membres au sein du groupe ont été les draineurs d’énergie ultimes. Et quand cette situation avec Jukka est arrivée il y a quelques années, j’étais [soupir] “je n’arrive pas y croire” et je me sentais tellement navré pour Jukka aussi parce qu’il s’éclatait dans le groupe et de nous tous je pense que c’est celui qui aimait le plus partir en tournée. Et ce truc est arrivé. Mais tu dois laisser aux choses le temps de s’apaiser et d’en tirer le meilleur et au moins jusqu’à présent nous avons été capable de faire ça. Les gens me demandent souvent : “quel est ton plus grand rêve avec Nightwish, est-ce qu’il y a quelque chose que tu n’as pas encore accompli?” et je réponds habituellement : “oui, c’est le fait que je veux garder ce line-up jusqu’à la toute fin”. Fini les changements, je ne crois pas que je pourrais, personnellement, le supporter.

B : C’est compréhensif. Tuomas j’aimerais te remercier chaleureusement pour ton temps, tes réponses et pour cette oeuvre d’art que le monde aura l’occasion d’écouter le 10 avril. Merci encore, c’est un vrai privilège de t’avoir avec nous. Est-ce qu’il y a quelque chose que tu aimerais dire aux fans sur United Rock Nations et aux fans français, car vous allez passer 2 dates en France ?

T : Oui je vais dire comme d’habitude, j’espère que vous serez tous au concert et...une autre chose que j’ai toujours dit pendant ces interviews est “posez votre téléphone et sortez dans la nature pour retrouver vos potes et ayez une conversation sympa face-à-face avec eux”. C’est un rappel qui vaut pour moi aussi. Tout de bon !