Interview de JJ WILDE pour la sortie de "Ruthless" ! Interview de JJ WILDE pour la sortie de "Ruthless" ! 

Interview de JJ WILDE pour la sortie de "Ruthless" !
United Rock Nations

14/10/2020
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Traduction by Émilie Calas / Des milliers de mots
Des milliers de mots


Alaia (United Rock Nations) : Bonjour et félicitations pour votre nouvel album et le superbe single.


JJ Wilde : Merci.

Alaia (United Rock Nations) : « Ruthless » est sorti il y a environ trois mois. Quels ont été les retours des médias et des fans ?


JJ Wilde : Ils ont été super. Je me suis sentie un peu submergée, en fait. C’est une expérience intéressante de sortir de la musique pendant une pandémie (rires) parce qu’on ne peut pas vraiment faire de concert donc on ne voit pas les réactions en temps réel. Mais j’ai lu les retours sur les différents réseaux sociaux, les messages que je reçois sont géniaux. Ça a été génial.

Alaia (United Rock Nations) : C’était un peu fou car pendant la pandémie, les gens outre-Atlantique voyaient les chiffres s’envoler, et maintenant vous êtes à Paris (JJ Wilde rit). Ça a dû être la folie, comment vous sentez-vous ?


JJ Wilde : J’ai de la chance. J’ai presque l’impression que c’est un rêve, ça semble irréel. Déjà, j’ai toujours eu envie d’aller à Paris, mais venir pour la première fois et pour faire de la musique, en plus, c’est incroyable. Ça semble irréel (rire).

Alaia (United Rock Nations) : L’album donne l’impression d’être très personnel, on dirait que le chemin a été long et difficile pour en arriver là. La pandémie vous a-t-elle aidé à trouver l’inspiration, ou aviez-vous composé la majorité de la musique avant ?


JJ Wilde : Beaucoup de choses ont été composées avant. Tout ce que j’ai écrit pendant la pandémie sont des nouveaux morceaux. Mais il y a un peu des deux parce que l’album est un souvenir de deux années vraiment affreuses que j’ai traversées. J’enchainais les boulots sans avenir, je vivais dans un appartement minable, et au niveau de la musique, les choses n’évoluaient pas comme je le voulais. J’en faisais en parallèle mais j’étais désespérée parce que je savais que c’était ça que je voulais faire et je ne le faisais pas comme je l’entendais. Donc une bonne partie de l’album parle de relations amoureuses et d’amitiés, mais le cœur-même de l’album parle de la frustration due aux tentatives désespérées d’atteindre un objectif sans y parvenir.

La deuxième moitié de la pandémie m’a beaucoup inspirée. Les deux ou trois premiers mois, je n’ai rien composé. C’était une période un peu bizarre, où rien n’avait d’importance, je ne faisais pas de concerts et je n’avais rien à répéter. Je me disais : « Il est temps de se mettre au travail et de composer de la musique », mais je n’avais aucune inspiration…

Alaia (United Rock Nations) : La pandémie a été un choc pour beaucoup de personnes, et les gens réagissent de manière différente.


JJ Wilde : Oui, c’était étrange. Et bien sûr, toutes ces annulations… Mais je savais au fond que les choses allaient repartir. C’est juste que je n’arrivais à les faire sortir à ce moment-là. Et au final, en me levant tout le temps à midi, j’ai commencé à me sentir bizarre (rire). Au début, on se dit : « Oh mon dieu, on n’a rien à faire, on peut dormir, on peut faire ce qu’on veut ». Et au bout d’un moment, ça devient bizarre, alors je me suis dit : « Bon, je vais m’y mettre et essayer de faire quelque chose de tout ça. » (rire)

Alaia (United Rock Nations) : Vous avez dit que« Ruthless »a été inspiré par une période difficile. Pendant l’enregistrement, avez-vous exprimé tout ça ? Est-ce que vous y pensiez ? Dans quel état d’esprit étiez-vous ?


JJ Wilde : Absolument. L’album est très personnel parce que j’ai écrit ces chansons presque comme une forme de thérapie. Parfois, j’écris des chansons et je ne sais même pas encore de quoi elles parlent, puis je retourne dessus une semaine plus tard et je me dis : « Oh, c’est là que je voulais en venir ! Ça parle de ça ! » Je laissais les émotions s’exprimer et se déverser hors de moi. C’est ma façon d’aller de l’avant ou d’accepter quelque chose.

C’est essentiellement par le biais de la composition que j’arrive à tourner la page. Donc oui, absolument, quand j’étais en studio, c’était difficile de ne pas repenser à tout ça. Mais je trouve que quand on se remet volontairement dans cet état d’esprit et qu’on revit ces émotions, on obtient des voix et une manière de composer plus honnêtes. C’était dur car ce n’était pas de bons souvenirs, même si tous n’étaient pas mauvais, certains étaient super. Mais oui, je me suis complètement projetée à nouveau à cette époque.

Au bout d’un moment, les chansons deviennent plus faciles à chanter mais certaines m’ont fait fondre en larmes dans le studio, je n’arrivais même pas à aller au bout des prises de voix sans m’effondrer (rire).

Alaia (United Rock Nations) : Pourriez-vous nous parler du début de votre carrière et de votre collaboration avec Frederik Thaae ?


JJ Wilde : Je faisais de la musique en solo depuis un moment et je n’aboutissais pas à grand-chose, je jouais dans des bars. Puis, j’ai rencontré mon manager par le biais d’un groupe dont je faisais partie. J’en étais arrivée au point où je ne disais non à rien. Je faisais cinq heures de route uniquement pour répéter avec quelqu’un ou pour écrire une chanson. Je me disais : « Je dois aller partout et tout faire ». Et ça a fini par payer parce que grâce à un clip que j’avais fait avec un autre groupe, j’ai fait la connaissance de mon manager. On s’est rencontré pour discuter, il est venu à quelques-uns de mes concerts et m’a dit : « Envoie-moi des sons ». Je lui ai envoyé mes cinq meilleures chansons.

Puis, il a disparu de la surface de la Terre pendant un an ou deux. Je me suis dit :« Oh mon dieu, c’était ma chance et je l’ai laissé passer ». Et d’un coup, il a réapparu, comme ça, et m’a dit :« Salut, tu as de nouvelles chansons ? ». Je me suis dit : « OK, cette fois, je ne vais pas laisser le truc me glisser entre les doigts », et au lieu de lui envoyer mes cinq meilleures chansons, je lui ai envoyé tout ce sur quoi j’avais travaillé depuis un an ou deux. Il y avait des chansons à moitié finies, des mélodies, des paroles, de tout. Il y avait plus de cinq cents fichiers classés en dossiers mensuels et annuels. Je lui ai tout envoyé. Quelques jours plus tard, il m’a dit : « Passe au bureau ».

On a commencé par faire quelques déplacements. On en a fait un à Nashville, un à Los Angeles, pour prendre un peu la température. Je n’avais jamais vraiment fait de reprises auparavant, je n’interprétais que mes compos. Ensuite, j’ai rencontré Frederik, et une super connexion s’est immédiatement établie entre nous. On se stimulait mutuellement, on avait une manière de composer similaire. Puis, j’ai pris quelques chansons à moi et en huit jours il me semble, on a composé l’EP entier et quelques morceaux de l’album. C’était fou, on s’est enfermé en studio et on s’est dit : « Bon, voyons ce que ça va donner ». Il y a des chansons entières qu’on a composées ensemble, et des chansons que j’avais commencées et qu’il m’a aidé à finir. C’était une super expérience. C’était très intense (rire).

Alaia (United Rock Nations) : Quand vous composiez ensemble, y a-t-il des chansons dont vous vous disiez : « Ah, celle-là va être géniale ! » ? Quand« The Rush »est sortie, vous vous attendiez à un tel succès ?


JJ Wilde : J’avais un pressentiment pour « The Rush », mais c’est drôle parce qu’à la base, c’était une note vocale d’un ou deux vers que j’avais écrits un matin. À l’époque, je travaillais comme barmaid, serveuse, réceptionniste et employée de spa, et je faisais trois concerts par semaine. J’étais sortie toute la nuit avec mes collègues du bar après la fermeture. Le lendemain matin, j’étais en retard pour aller au spa. Je suis sortie du lit comme j’ai pu en grommelant, j’ai attrapé ma guitare et j’ai prononcé ces deux vers. Je les ai marmonnés dans mon téléphone, en me rendant à peine compte de ce que je faisais.

Quand je suis arrivée à Los Angeles, on a passé en revue cette note vocale que je lui avais envoyé; il se demandait : « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? ». Je l’ai réécoutée, c’était un marmonnement sans queue ni tête, mais j’ai dit : « Non, je pense qu’on tient quelque chose, là », et lui : « Bon, voyons ce que ça donne. » On s’est concentré dessus pendant une heure, on en a sorti ça, et j’ai dit : « Ouah, il y avait vraiment un truc, là ! » (rire). Oui, c’était génial.

Alaia (United Rock Nations) : Je trouve que « Giveit all » est une chanson sensible et d’une beauté brute. Pouvez-vous nous parler de l’histoire de cette chanson, ou de son processus de composition ?


JJ Wilde : Je l’ai écrite quand j’avais 16 ans, environ. À la base, c’était une chanson sur les débuts d’une relation amoureuse. Je l’ai écrite une semaine avant la rupture, je crois. Mais au fil des années, elle s’est transformée en quelque chose d’autre, à mesure que je la chantais. Elle m’accompagne depuis très longtemps, je n’ai jamais cessé de la chanter. Elle parlait initialement du fait de se perdre dans une relation. C’est classique, on se fait englober par l’autre, et d’un coup, on arrête de faire ce qu’on adorait faire. On perd de vue qui on est. On ne parle plus à nos amis, on se contente de se fondre dans l’autre.

Donc, au début, il s’agissait de ça. Puis, à mes yeux, ça a changé, dans le sens où je me suis retrouvée dans ce schéma, mais pas uniquement dans une relation amoureuse. C’est comme renoncer à quelque chose en essayant d’atteindre ce qu’on croit être le bonheur, au lieu d’être dans le moment présent et de créer ce bonheur. Ou comme se perdre dans la quête d’un métier ou d’une relation amoureuse, ou sacrifier des parties de soi pour des amitiés. Vous voyez ce que je veux dire ? C’est se sacrifier pour des choses, en prendre conscience, et y mettre fin. Voilà ce que ça représentait pour moi.

Alaia (United Rock Nations) : C’est ce qu’on ressent à l’écoute de la chanson. J’aimerais aussi parler de « Cold Shoulder ».


JJ Wilde : « Cold Shoulder » fait partie des dernières qu’on a composées, des plus récentes. Au départ, c’était une chanson du style grunge des années 90. Elle était très lente, avec une guitare haletante, c’était presque un cri de désespoir. Maintenant, le refrain est très entrainant, avec une bonne rythmique, ça fait : « (chante avec énergie) Wannabereckless », alors qu’à la base, ça faisait : « (chante de manière écorchée) Wannabereckless ». C’était comme un cri de désespoir, presque comme une peur qui monte. Oui, comme perdre une part de soi parce qu’on pense qu’on ne peut pas continuer comme ça, se dire : « Il est temps de grandir et d’arrêter tout ça », et se rendre compte que ça nous définit en tant que personne.

Quelque part, cette chanson parle aussi de certaines prises de conscience. Par exemple, à chaque fois que je quitte ma ville d’origine, qui est une petite ville, je pense que les choses vont changer drastiquement, je ne sais pas pourquoi. Je me dis : « Les choses auront bien changé quand je reviendrai, blabla », et en fait, je me rends compte que rien ne change vraiment. Les liens que j’ai avec les gens en qui je me reconnaissais peuvent changer et ce n’est pas grave. C’est un peu pareil avec mon ancien groupe, qui s’est séparé, et mon groupe d’amis :leurs opinions avaient beaucoup d’importance pour moi, et je me suis rendue compte que : « Bon, eux, ils font toujours la même chose et moi, j’essaie d’avancer. Je dois simplement accepter le fait de ne plus faire partie de ce monde ». C’est un peu de ça, dont parle le deuxième couplet.

Alaia (United Rock Nations) : Allons-nous aborder le sujet « Best Boy » ?... (rire de JJ Wilde) Comment vous est venue l’idée de sortir un nouveau single qui n’apparaît pas sur l’album ? Est-ce un fruit de la pandémie ?


JJ Wilde : Oui. Je vais d’abord parler de l’enregistrement. Mon producteur avait une chanson dont il ne savait pas quoi faire. Je l’ai écoutée et je me suis dit : « Ouah ». C’était un homme au chant, et je l’ai trouvée ça vraiment cool. Je voulais la chanter. « Vraiment ? Parce que c’est censé être chanté par un homme. » et j’ai dit : « Non, non. Je veux la chanter, je vais changer les paroles et quelques petites choses. Je veux me l’approprier. » J’ai pris quelques semaines pour la réécrire, je me suis beaucoup demandé si je pouvais parler de certaines choses dont je n’avais jamais vraiment parlé auparavant. Je craignais de me sexualiser à outrance et de ne pas envoyer le bon message.

Puis, c’est devenu une question de pouvoir : « Pourquoi, en tant que femme, ne pourrais-je pas parler de ça ? » On essaie toujours de renverser les stéréotypes sur ce que les hommes et les femmes sont autorisés à dire, d’envoyer des messages par la musique, etc. Et puis, je me suis sentie forte, simplement en essayant d’aller à l’encontre de l’idée que nos vêtements définissent notre personnalité, ou que ce à quoi on choisit de dédier notre temps, ou qui on choisit d’aimer est un facteur déterminant de notre personnalité. Je ne pense pas du tout que ça soit le cas. Je voulais essayer de renverser cette idée et la tourner en ridicule en disant : « Non, les deux n’ont rien à voir ». Voilà pour la composition.

Ensuite, l’enregistrement : on n’a pas fait de sessions d’enregistrement quand je travaillais à Los Angeles avec Frederik. C’était très intéressant parce qu’on faisait les sessions d’écriture par Facetime. Ça s’est très bien passé parce qu’on avait déjà une super relation, on se comprenait immédiatement. Puis, Hugh a posé quelques guitares et j’ai apporté deux ou trois modifications. On savait où on voulait amener la chanson, mais au moment d’enregistrer les démos de voix, je me suis dit : « Bon, plus aucun studio n’est ouvert », c’était pendant le pic de la crise. J’avais une installation micro très simple : un micro Rode et GarageBand, mais dans mon appartement, les plafonds sont très hauts, donc il n’y avait pas d’endroit où on pouvait étouffer le son. J’ai donc créé un petit studio voix dans mon placard, avec des oreillers et des couvertures, et j’ai coincé mon micro entre les couches de vêtements. J’étais dans ce décor hilarant et je me suis dit : « OK, voyons voir si on peut s’en servir pour la démo. » J’ai envoyé ça à Frederik et il m’a dit : « Oh mon dieu, on peut carrément s’en servir. Refais quelques prises ! En fait, chante tout et on verra ce que ça donne. » Alors, je suis retournée dans mon placard, et voilà !

Alaia (United Rock Nations) : Après ça, vous êtes passés au clip. Il est très intéressant. Comment en êtes-vous arrivés à ce résultat ?


JJ Wilde : C’est sûr qu’on renouvelle le concept. L’idée, c’est de renverser le discours classique et de changer les stéréotypes, de s’en débarrasser, même. À la base, je devais me moquer de ce que les hommes montrent souvent, dans leurs clips : des filles nues et aguichantes qui se trémoussent partout. Tout le monde trouve ça normal mais dès qu’une femme fait la même chose, elle se fait juger et insulter.

Alors, je me suis dit : « C’est ce que je vais faire, en me l’appropriant ». On pensait à une belle demeure, comme dans le clip Candy Shop de 50 Cent (rire). Le réalisateur a lancé un casting pour trouver des comédiens, mais parce qu’on était en pleine pandémie, on ne pouvait pas réunir tout ce monde dans la maison. Il avait dit en description : « Filmez-vous en train de danser comme vous le voulez sur la chanson. Voici le genre qu’il nous faudrait, mais vraiment, faites ce que vous voulez ». Il a reçu une quantité colossale de vidéos, ce qui a un peu changé nos plans parce qu’on s’est dit : « Il faut qu’on se serve de tout ça, c’est vraiment cool, une expression de soi totalement libre, c’est exactement de ça dont parle la chanson. Il faut qu’on trouve un moyen d’intégrer tout ça ».

Donc au final, j’ai attiré ces gens depuis leur monde vers le mien, qui est le monde de « Best Boy ». Ça a pris une tournure intéressante et je suis très satisfaite du résultat. On ne s’attendait pas à ça.

Alaia (United Rock Nations) : Merci pour le temps que vous nous avez accordé, et merci d’être là.


JJ Wilde : C’était un plaisir. Merci beaucoup !