Dissolu en 1984 après 3 demos (Death Fiend, Triumph of Death, et Satanic Rites) et une vie intense et fulgurante, le groupe Suisse arimé autour de Tom Warrior (Celtic Frost, Triptykon) et Martin Eric Ain (Celtic Frost) lègue un héritage massif, ayant ouvert la voie à la scène metal extrême.
Voici les quelques mots échangés avec Tom Warrior et Mia Wallace à l'occasion de cette date si singulière.
Quelles sont les raisons derrière cette résurrection de Hellhammer ?
Tom Gabriel Warrior : Bien évidemment, aujourd'hui c'est avecTriumph of Death, mais nous jouons bien la musique de Hellhammer. La raison derrière cela c'est que ces morceaux signifient beaucoup de choses pour beaucoup de monde, pour autant de raisons, Mia et moi-même inclus. Aussi, la plupart de ces morceaux n'ont jamais été joués sur scène auparavant. Donc après 35 ans, je me suis dit qu'il était temps de m'y essayer avant de mourir. Voilà pourquoi nous faisons cela.
Dans quel état d'esprit abordez-vous cette tournée particulière ?
Tom Gabriel Warrior : Dans de très bonnes dispositions, je suis même impatient. Ce fut d'ailleurs fantastique hier (ndlr : concerts warm up à Francfort et Essen, en Allemagne). Et toi, Mia ?
Mia Wallace : Hier, c' était de pures vibrations, des vibrations positives. Nous étions tellement excités à l'idée de jouer. D'autant plus que Hellhammer, c'est mes racines. Tout ce que j'ai accompli depuis 22 ans, c'est grâce à Tom et à sa musique. Musicalement parlant, c'est un pionnier, céest le père de tous ceux qui écoutent ou jouent du metal extrême. Donc être sur scène avec lui à jouer ces chansons, c'est pour moi un honneur. Et le public ! C'était dingue ! Il y en avait qui s'arrachaient les cheveux, un autre qui cognait du poing sur la scène. C'était fou !
Tom Gabriel Warrior : Nous nous sentons très chanceux. Nous avons eu des publics incroyables sur ces deux dates. Ce n'est pas quelque chose que je considère comme acquise. C'était incroyable de voir ça.
Est-ce que cette tournée avec Hellhammer est une façon de réaffirmer vos racines avant de voguer sur votre nouveau projet Niryth ?
Tom Gabriel Warrior : Non, c'est tout simplement quelque chose de très personnel surtout. Certaines de ces chansons sont étroitement liées à mon cheminement, elles signifient beaucoup pour moi, et elles revêtent un caractère d'autant plus singulier que le chemin parcouru depuis s'est allongé. C'est pour moi quelque chose de personnel, d'émotionnellement chargé. Et bien évidemment, cela résonne en chacun de façon particulière -certains de mes co-musiciens ont écouté Hellhammer, et les personnes du public ont également chacun.e.s une histoire qui leur est propre avec cette musique. Mais redonner vie à ces morceaux ne part pas d'une démarche extérieure, mais bien de quelque chose de l'ordre de l'intime. Nous ne sommes pas Hellhammer. Je suis le premier qui ne serais rien si Hellhammer n'avait pas existé. Ce n'est même pas une histoire d'influences ou autres. Je dois tout à Hellhammer.
Mia Wallace : Moi aussi je dois tout à Hellhammer.
Pourriez-vous nous parler de la musique qui vous a façonnés ?
Mia Wallace : Eh bien dans mon cas, c'est Hellhammer. J'ai joué dans mon groupe précédent durant 21 ans, et si tu regardes les premières photos que nous avons faites -désolée Tom !- c'étaient des copies des photos de Hellhammer. On écoutait tout le temps ce genre de musique ; on a fait une reprise de Massacra, c'était en 2006 il me semble. Et quand je pense que je joue maintenant Massacra avec le créateur de Massacra ... vous n'avez même pas idée de l'honneur que c'est pour moi.
Tom Gabriel Warrior : J'ai grandi avec le rock et le hard rock des années 70, Pink Floyd, Black Sabbath, Blue Oyster Cult, Led Zeppelin, ces groupes-là. Mais à l'époque, la musique rock était bien plus rebelle, ce n'était pas une industrie. C'était encore un terrain propice à l'anarchie. Rien que le look... En Suisse, c'était même plutôt dangereux d'avoir les cheveux longs. J'ai adoré que ces gens se montrent, qu'ils ne se conformaient pas à la société ; c'est ce qui m'a vraiment attiré. Leur façon de s'habiller, leur façon d'être, de jouer... C'était le rejet du politique, de la réalité, de la réalité miniature de la cour de récré, des parents. C'est ça que j'aime. C'est l'esprit que j'ai ressenti et que j'ai essayé de dupliquer avec une musique brute et lourde. Puis les années 80 sont arrivées, et j'ai découvert U.F.O., Motörhead, Discharge, Venom, tous ces sons combinés qui m'ont façonné.
Avez-vous ce même ressenti à propos de la scène metal actuelle ?
Tom Gabriel Warrior : C'est assez difficile de répondre à ça. Trente-huit ans se sont écoulés depuis mes débuts en tant que musicien, et nous sommes aujourd'hui dans une réalité où la musique est une industrie comme une autre ; elle a perdu beaucoup de son anarchie, de sa magie. En ce qui me concerne, vieillir est une chose triste. Je suis plein de nostalgie. Mais bien évidemment, la scène actuelle, j'en suis, et j'aime ce qui se fait, sinon je ne serais pas ici. Mais je trouve qu'il manque une certaine composante qui m'a attirée, le non-conformisme, le fait de clamer haut et fort « je me fiche de votre système ». La plupart des groupes à l'heure actuelle ressemblent à des gens que l'on peut croiser à la poste, à votre agent d'assurances ! Donc je suis assez mitigé sur la question, mais c'est dû à mon âge. Bien évidemment, les nouvelles générations ont grandi avec et acceptent cette musique telle quelle, et c'est bien aussi.
Mia Wallace : Il vous parle de son âge, mais je peux vous assurer que ce soir, le show que vous allez voir le fait mentir. L'énergie déployée hier, on ne la retrouve chez personne d'autre.
Tom Gabriel Warrior : Maintenant que tu le mentionnes, je vais avoir une crise cardiaque ce soir. (rires)
Mia Wallace : Non, tu n'as pas le droit, les gens ont encore besoin de toi (rires)
En parlant du concert de ce soir, à quoi pouvons-nous nous attendre ? A de l'énergie brute ?
Tom Gabriel Warrior : Pour tout vous dire, je sais que beaucoup de groupes aujourd'hui misent sur de gigantesques productions, et bien sûr je comprends bien que les gens qui paient cher pour aller en festival veulent voir un spectacle. Mais d'un autre côté, la musique et l'esprit de Hellhammer, c'est très underground, très DIY, donc nous ne faisons que de petites concessions : nous avons un joli décor mais qui reste très Hellhammer. Nous ne faisons pas d'énorme production théâtrale : nous jouons simplement notre musique, et la faisons vivre. A mon avis, faire quoi que ce soit d'autre serait grotesque, surtout avec ce genre de musique. Des groupes comme Discharge, Hellhammer, on peut difficilement faire dans le spectacle. Ça sonnerait faux.
Mia Wallace : Il y aura beaucoup d'énergie pour sûr.
Tom Gabriel Warrior : et une crise cardiaque ! (rires).
Quels morceaux avez-vous le plus hâte de jouer ?
Tom Gabriel Warrior : Mon préféré a toujours été Blood Insanity, mais que je ne chante plus. Je chantais sur cette chanson dans la démo, mais maintenant c'est notre guitariste André qui en a hérité, parce que c'est une chanson tellement brute, à vif. Elle capture parfaitement l'essence de son époque.
Mia Wallace : A mon avis, c'est assez difficile de répondre à cette question, mais je dirais Massacra, car c'est ma préférée et qu'on en a fait une reprise avec feu mon partenaire dans mon groupe précédent. Mais sinon, attention spoiler, nous allons jouer Aggressor, et lorsque l'on joue Aggressor, on peut voir la folie s'emparer du public, les gens deviennent vraiment dingues, ils montent sur scène et se jetent en slammant dans le public etc. !
Tom Gabriel Warrior : Un de mes autres moments préférés c'est ma crise cardiaque ! (rires)
Sur ces sages paroles, un grand merci à vous deux pour cette interview !
Triumph of Death is:
Mighty Tom Gabriel Warrior - voice/guitar
Badass Mia Wallace - bass
André Mathieu - guitar/vocals
Alessandro Comerio - drums
Infos & tour dates :
https://www.facebook.com/HellhammerTriumphOfDeath/
Massacra live @ Hellfest :
https://www.youtube.com/watch?v=WDTJCTCN-3A
Blood Insanity live @ Hellfest :
https://www.youtube.com/watch?v=vCTBpfK5lIE
Hellhammer :
http://www.hellhammer.org/


