EMIGRATE, Interview de Richard Kruspe (RAMMSTEIN)
United Rock Nations

16/11/2018
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Interview de Richard Kruspe



Le nouvel album d'Emigrate s'apprête à sortir. Comment vous sentez-vous ?


Je vais vraiment bien, l'album de Rammstein avance bien, je viens d'apprendre que notre tournée est sold out et je dois avouer que je passe une très bonne journée! Je suis agréablement surpris aussi que notre album Emigrate fonctionne aussi bien. Notre premier single fonctionne bien, nous avons de nombreuses playlists sur Spotify, j'étais un peu surpris de tout ça pour être honnête.

C'est tout simplement parce que c'est un bon album et la chanson aussi!


C'est vrai, mais vous savez quand nous sommes si près d'un projet pendant près d'un an, nous perdons la perspective. Nous n'arrivons plus trop à savoir si c'est bon ou pas. Je n'avais pas vraiment d'attentes, alors j'étais plutôt surpris de l'engouement et ça me rend vraiment heureux.

L'enregistrement de votre album A million Degrees est particulier, car vous avez dû tout réenregistrer après l'inondation de votre studio d'enregistrement. Tout ce que vous aviez fait était perdu ou il vous restait du matériel ?


Il ne restait plus rien. Tout avait disparu.

Y a-t-il des différences entre ce que vous aviez fait et le nouvel enregistrement ?


J'aime croire que oui, mais je ne peux pas en être certain, car nous ne pouvons pas comparer. Pour être franc, ça n'a pas beaucoup d'importance pour moi. La vie me fait signe en général quand il est temps pour moi de m'arrêter, de prendre le temps de récupérer quelque chose que j'ai perdu en faisant cet album. Parfois on doit perdre quelque chose pour gagner autre chose.

J'ai dû réécrire les chansons de mémoire et en le faisant je sentais que la flamme en moi revenait. Je me suis remis à penser que les choses se passaient bien et ma motivation revenait et je me suis senti à nouveau dans le projet. Je sentais que ma passion était revenue et c'est ça qui était le plus important. Alors de savoir si le premier album que j'ai composé était mieux que celui-là ne m'importe pas vraiment, mais quand j'écoute cet album, je suis très satisfait et particulièrement parce que c'était la première fois que j'enregistrais pratiquement tout et mixais le tout dans mon studio et je crois que c'est l'album avec le meilleur son que j'ai produit. Je suis assez fier.

Parlons de la manière dont vous avez écrit les nouvelles chansons, comment procédez-vous habituellement ? Entre New York et Berlin ? Est-ce que vous écrivez dans votre studio ou quand vous êtes en tournée avec Rammstein ? Parlez-moi de comment vous avez eu vos idées pour les nouvelles chansons.


Je ne vis plus à New York depuis 2011, parce que je suis devenu le père qu'une merveilleuse petite fille, qui a maintenant sept ans. Pour son bien-être, je me suis dit que Berlin serait une meilleure ville pour élever un enfant, alors je suis revenu. Ce que j'ai fait, je suis une personne très pragmatique dans un sens, je suis une personne qui « va au travail » tous les jours.

Quand je suis à Berlin et pas en tournée, je vais vers mon studio vers midi, j'ai une certaine méthode de travail que j'ai en quelques sortes copié d'un peintre de New York. J'ai vécu pendant un moment dans sa galerie, il avait une quinzaine de peintures différentes et il travaillait sur une et au bout d'un moment il s'arrêtait pour aller sur la suivante. Je lui ai demandé ce qu'il faisait, pourquoi ne la terminait-il pas avant de passer à l'autre. Il m'a répondu que c'était en quelque sorte une connexion, si je sens une connexion avec cette peinture, je peins jusqu'à ce que je perde cette connexion et je passe à la suivante. Je fais un peu la même chose.

En arrivant dans mon studio, j'ouvre des chansons et je travaille sur celle avec laquelle je me sens connecté, lorsque je sens que je dois faire des efforts j'arrête et je passe à la suivante. Je continue comme cela jusque vers 18 h quand je vais récupérer ma fille. Voilà c'est comme ça que je travaille. J'avais l'habitude de travailler d'une certaine manière en pensant à la chanson, pour quel groupe elle devrait être faite, si elle appartient plus à Rammstein ou à Emigrate. Ironiquement, sur le dernier album de Rammstein, il y a beaucoup d'idée d'Emigrate que le groupe a aimé. Ce changement est assez intéressant en ce moment.

Sur l'album précédent ainsi que celui-ci, vous avez des invités, comme Ben Kowalewicz et j'aimerais en parler avec vous, car son univers musical est loin du vôtre. Dites-moi comment s'est-il retrouvé sur la chanson One, Two, Three, Four avec vous ?


Pour être honnête, ce n'était pas vraiment mon idée. Je n'avais pas pensé à lui en invité pour notre album. Je connais le groupe que par le biais de la radio. Ce qu'il se démarquait c'était sa façon de jouer de la guitare, qui est unique. Il est ami avec mon manager et il m'a demandé si je serais ouvert pour une collaboration. Cette chanson One, Two, Three, Four a un impact tellement vivant et c'était la seule chanson où je voyais que le groupe pourrait jouer. J'ai écouté sa voix et il y avait quelque chose d'agressif et de frais, un peu vif dans un sens et lorsque j'ai entendu sa version, ce qu'il avait fait avec cette chanson, ce morceau est devenu encore plus vivant. J'ai vraiment aimé ce que j'ai entendu.

Ensuite, je me suis dit que j'aimerais faire une performance live, je voulais avoir une vidéo où nous pourrions nous voir jouer live et quand nous leur avons demandé s'ils pourraient nous rejoindre, ils nous ont dit oui et nous avons passé un bon moment. Ça s'est passé en toute simplicité, nous étions à Los Angeles, il faisait 40° dans un entrepôt, personne ne s'est plaint, on était là pour la musique. J'ai beaucoup de respect pour eux.

Et pour Cardinal Copia comment est-il arrivé sur I'm not afraid ?


Cela s'est passé un peu par accident. J'ai pensé à lui en écrivant une chanson, puis je l'ai oublié. Ensuite, sur un sujet complètement différent, j'ai eu besoin de ses conseils parce que nous avions besoin d'un producteur et nous avons réalisé que les producteurs que nous avions en tête pour Rammstein étaient aussi impliqués dans ses productions, il avait travaillé avec eux pour d'autres albums. Alors je l'ai appelé et je lui ai demandé s'il pouvait m'en parler. Il m'a dit qu'il serait à Berlin la suivante et que nous devrions nous voir. Il est venu, nous avons parlé et nous nous sommes bien entendus tout de suite. Nous avons parlé des producteurs et je lui ai demandé s'il serait intéressé par une collaboration quelconque. Il m'a répondu qu'il ne faisait pas vraiment ce genre de choses. Alors, je lui ai demandé si ça le dérangerait d'écouter une chanson qui m'avait fait penser à lui. Il était trop poli pour me dire non et quand il a écouté la chanson, il m'a regardé et il m'a dit qu'il avait envie de le faire. Il n'y avait rien de spectaculaire, tout s'est fait facilement. Parfois il est tellement plus simple de parler directement avec les artistes. Lorsque nous allons à la maison de disque, il y a toujours de longues discussions, ils considèrent si c'est bon pour eux ou pas, quand on s'adresse directement à la personne, cela rend les choses tellement plus faciles.

Avez-vous prévu de faire une vidéo avec lui pour cette chanson ?


Emigrate c'est un projet secondaire qui vient du coeur. C'est un petit projet et le budget qui lui est octroyé est limité. J'aimerais beaucoup faire cinq vidéos, mais j'ai l'argent pour faire que deux grosses vidéos. Une chose qui était très importante pour moi sur cet album, il y a une chanson qui s'intitule You are so Beatiful qui est pour ma fille et j'écrivais une histoire sur cette chanson, un peu comme un script et nous avons fait cela ensemble ma fille et moi, également à Los Angeles. C'était fantastique et je suis si fier d'elle. Elle a fait un super boulot et j'aime l'histoire, la chanson et la vidéo. C'était une priorité pour moi de faire celle-ci plutôt que de garder une vidéo pour Cardinal Copia.

Vous venez de parler des paroles. Vous êtes libre d'écrire les paroles que vous voulez, quels sont les sujets les plus importants que vous abordez lorsque vous les écrivez ?


Oh mon Dieu ! C'est vraiment difficile à dire ! Tout peut arriver, je peux aborder n'importe quel sujet. Je n'ai pas vraiment une manière d'écrire qui pourrait dire aux gens ce qu'ils devraient faire. Ce n'est pas d'où je viens. La chose la plus importante est de pouvoir mettre de l'ordre dans sa vie et sa tête, ce qui est déjà un travail énorme. Donc c'est plus par rapport à mes expériences personnelles, ou mes humeurs, un peu de sagesse sur laquelle on réfléchit. Les paroles sont très personnelles en fait. Cela peut venir d'un film que je regarde et une personne dit quelque chose et me rester à l'esprit. Je l'écris quelque part… Ça varie tellement… Quand j'écris des paroles, je laisse souvent la musique en fond sonore et j'essaie de chanter et il y a un mot qui sort et qui devient le thème de la chanson.

Parlons maintenant de tournée. Vous parliez un peu plus tôt de Rammstein, nous n'avons rien vu concernant une tournée éventuelle pour Emigrate. Quels sont vos projets à ce niveau ?


Il n'y a pas de projet, ce qui est un bon projet. La raison que je n'ai rien de prévu à ce niveau c'est que je n'ai vraiment pas le temps pour cela. Je termine actuellement l'album qui sort fin novembre, je pars à Los Angeles à la mi-décembre pour mixer l'album de Rammstein, ensuite nous serons en préparation pour la tournée et nous serons en tournée pour les trois prochaines années… Donc je n'ai vraiment pas le temps, mais même si je l'avais, j'aime l'équilibre que j'ai actuellement entre le projet Emigrate et Rammstein. C'est un peu comme avoir une vie principale et une sur le côté. Quand la vie principale t'appelle, nous savons tout de suite où nous devons aller.

Juste une question à propos de Rammstein, vous nous avez parlé du nouvel album, pouvons-nous avoir quelques informations à ce propos ? Nous savons que vous avez fait les répétitions ensemble à Los Angeles, pouvez-vous nous dire ce que ce nouvel album de Rammstein nous réserve l'année prochaine ?


Nous avons un nouvel album dont je suis fier. Il est terminé, mais il y a des petites choses à régler ici et là. Nous allons faire le mixage à Los Angeles. Personnellement la manière dont nous avons procédé pour faire cet album me convenait totalement.

Nous avons réussi à regagner du respect que nous avions perdu par le passé. Cela m'a rappelé nos débuts avec Rammstein. Musicalement, lorsque nous parlons des arrangements et des mélodies, je dirais que c'est plus musical. J'essayais de faire cela, parce qu'avant quand on entendait parler de Rammstein c'était à propos de ce gros oiseau, du feu et ce genre de choses, personne ne parlait vraiment de la musique. Pour moi en tant que compositeur, c'était comme me prendre une gifle. C'était pour moi important que nous puissions nous affirmer aussi musicalement. Je dirais que nous sommes maintenant Rammstein 3 D.

J'espère que nous aurons plus de nouvelles bientôt !