Interview avec Elize et Olof d'AMARANTHE pour la sortie de "Manifest" ! Interview avec Elize et Olof d'AMARANTHE pour la sortie de "Manifest" ! 

Interview avec Elize et Olof d'AMARANTHE pour la sortie de "Manifest" !
Hell Haine
Journaliste

16/09/2020
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Traduction by Émilie Calas / Des milliers de mots
Des milliers de mots

Comment vous sentez-vous vis-à-vis de ce sixième album, « Manifest » ?



Elize :
Très enthousiastes. C’est agréable, on a le sentiment d’avoir évolué, à la fois en tant qu’êtres humains, musiciens, artistes, et compositeurs.C’est un peu comme un renouveau, entre Nuclear Blast, le nouveau management, et la sortie d’un nouvel album, dix ans après le premier.

Olof :
C’est toujours palpitant,de travailler longtemps sur un album et une fois qu’il est terminé, l’avoir juste pour soi pendant quelques mois. Parfois, c’est un peu inquiétant de savoir que tout le monde va l’écouter,alors qu’on l’avait juste pour nous. Mais maintenant qu’on se sent à 100% l’aise et qu’on est super satisfait de l’album, on attend le 2 octobre avec beaucoup d’impatience.

J’ai lu que vous avez dit de« Manifest »qu’il était la dernière étape de l’évolution d’Amaranthe, comme une nouvelle ère. Pourquoi cela ?



Olof :
Je dirais avant tout que c’est un album qui définit vraiment Amaranthe, parce qu’on avait commencé à prendre un peu cette direction avec l’album Helix. Je dirais que les deux sont liés. On a vraiment persévéré dans cette voie. Sur chaque album, on expérimente, mais avec « Manifest », on voulait vraiment affirmer ce qu’Amaranthe est aujourd’hui, en 2020. Le groupe existe depuis plus de dix ans. Il était important pour nous d’afficher clairement la direction que l’on prend. Ça inclut beaucoup de nouveaux éléments, de passion, d’enthousiasme,et comme le disait Elize, nous avons un nouveau management, une nouvelle maison de disques.C’est vraiment une nouvelle ère. Une nouvelle décennie, aussi.

Est-ce que ça change beaucoup de choses pour vous, d’être chez Nuclear Blast ?



Elize :
Oui,je trouve.

Olof :
Jusqu’à présent la coopération a été parfaite. Ils nous laissent une totale liberté artistique. Ils n’ont jamais demandé de démos, ils ne nous ont jamais dit quelle direction prendre. Ils nous ont juste donné le budget, on a enregistré l’album, et le retour qu’on en a eu…c’est assez rare pour une maison de disque d’avoir autant d’enthousiasme pour un album, parce qu’en général, ça signifie qu’au final, c’est eux qui vont payer, s’ils sont d’un trop grand soutien, si tu vois ce que je veux dire. Mais Nuclear Blast nous a dit : « On vous soutient à 100% sur ce projet, on adore ce que vous faîtes. Merci d’être aussi passionnés, et merci pour votre musique. »C’est sûrement la première fois qu’on entend ça de la part d'un label,c’est génial.

Votre avant-dernier album, Helix, était plus lourd et plus metal que le précèdent,et il semblerait que « Manifest » confirme cette tendance. Ne craignez-vous pas la réaction des fans,car certains pourraient se sentir dépassés par ce changement, cette évolution ?



Elize :
Je reste toujours fidèle à mes goûts personnels. J’aime toutes les musiques qui me touchent, les chansons ou les sons qui me font vibrer. On a toujours ressenti quelque chose de particulier pour la musique qu’on écrit, c’est logique. Tant que je ne suis pas choquée par notre musique, je me dis que personne ne sera surpris non plus. Bien sûr, je ne connais pas tout le monde. Je me réfère à ce que je ressens, en espérant que la majorité des auditeurs ressentiront la même chose. Olof, qu’est-ce que tu en penses ?

Olof :
Je pense que tu as raison à 100%. Je pense aussi qu’il est important de proposer des petits défis aux auditeurs, parce que livrer systématiquement la même chose... Beaucoup de groupes le font,et il n’y a rien de mal à ça, en soi. Ça peut être sympa pour un fan de savoir que tous les albums qui sortent sont parfaitement identiques. Mais Amaranthe n’est pas ce genre de groupe. On change les thèmes de nos paroles, nos choix musicaux, mais le noyau reste le même.

J’ai vu que vous vous étiez dépêchés d’entrer en studio, à cause de la frontière à passer. Comment s’est passé l’enregistrement dans ces conditions ? Cela a-t-il changé quelque chose pour vous ?



Elize :
Eh bien oui, cela a entraîné quelques changements. Mon humeur au quotidien était différente. À partir du moment où je me réveillais jusqu’au soir. Et tous ces jours passés en studio, c’est là que l’on crée la musique. Donc je dirais que cela a eu une influence sur le résultat de l’album. Mais ça n’a jamais été négatif, à l’exception du décès de ma grand-mère.Mais en fait, j’ai toujours su me battre, dans toute situation. Tant que je peux faire ce que j’aime faire, et que je suis entourée de personnes avec lesquelles je me sens en sécurité, comme toi (Olof) et Jacob Hansen bien sûr, vu que je le connais depuis notre premier enregistrement. On était un environnement sécurisé, un endroit sûr. Je sais que je n’ai pas été la seule à perdre quelqu’un pendant cette période. D’une certaine manière, on était en contact avec les fans. La plupart des gens fréquentaient les réseaux sociaux ou étaient en ligne pendant le confinement,donc on pouvait discuter avec beaucoup de monde à ce moment-là.
Et chaque jour était une aventure parce qu’on ne savait pas ce qui allait se passer le jour suivant,s’il allait y avoir un changement important,si les choses allaient s’améliorer ou empirer. Donc en fait, on vivait le moment présent, et on essayait de faire le meilleur album possible,au cas où ça serait le dernier !(rire). On ne sait jamais !C’est un peu comme ça qu’on voyait les choses.
Et bien sûr, il fallait gérer la logistique,par exemple, pour se déplacer là-bas, on devait présenter des documents spéciaux, c’était un peu compliqué. Johan a enregistré la basse en Finlande.C’était la première fois qu’il enregistrait dans un studio différent. Mais au final, tout s’est bien passé. Et peut-être que même sans le COVID, il enregistrera sa basse en Finlande la prochaine fois parce qu’il a pu se concentrer à 100 % et la chanson est vraiment géniale. C’était intéressant. On était isolés,mais on est de toute façon isolés quand on est en studio (rire). C’est comme ça qu’on se sentait,déconnectés du reste du monde.

J’ai lu que vous aviez écrit« Viral »avant la pandémie.



Olof :
Le titre, oui.

Oui, le titre. Aviez-vous aussi pensé au clip avant, ou a-t-il été influencé par la situation sanitaire ?



Olof :
Tout à fait,la situation sanitaire a eu des conséquences directes sur la chanson. À la base,elle abordait des thèmes légèrement différents, que l’on a intégrés à ceux du contexte actuel,parce que le titre était trop tentant,il fallait qu’on y fasse référence.Et ça a été la même chose pour le clip. Initialement, la chanson se focalisait davantage sur les réseaux sociaux, sur le fait que c’est à la fois une chose formidable et très compliquée à gérer. En fait, je pense que donner une voix à tout le monde donne naturellement aux gens un certain pouvoir. Mais ils vont exprimer de nombreuses opinions que certaines personnes n’apprécieront pas. Et il n’y a rien qui fait office de filtre ou de censure. Ça divise beaucoup les gens. On en a un exemple parfait avec le COVID 19 :beaucoup de débats, sur le confinement par exemple, prennent une dimension politique. Aux États-Unis, si vous êtes à gauche, vous êtes en faveur du confinement. Si vous êtes à droite, vous êtes contre. En Suède, c’est l’inverse. C’est donc la première fois que les socialistes suédois sont du même avis que Donald Trump. Ça n’arrive pas souvent. Dans« Viral », on parle de ce genre de choses. Le monde peut être très divisé.Les gens sont assis devant leur écran et se crient dessus parce qu’on ne respecte pas les distanciations physiques ou qu’on ne porte pas assez le masque, etc., alors qu’en réalité, ils devraient s’intéresser à l’aspect humain de la situation. Nous voulons être cet aspect humain et parler du fait qu’on a hâte de retourner sur scène, en substance.

La chanson « Do or Die »parle clairement d’écologie, et à la fin du clip, on voit un petit garçon, qui semble représenter l’espoir. Pensez-vous qu’il reste encore de l’espoir pour la Terre ?



Olof :
Toujours.

Elize :
Oui. Je ne perdrai jamais espoir. Même pas dans cette situation,ce qui peut paraître étrange.

Olof :
Le changement climatique affecte la Terre entière,mais à long terme,c’est bien sûr plus un problème pour les êtres humains que pour la Terre. Si on fait n’importe quoi, on finira par en mourir,et le reste du monde continuera sans nous, parfaitement inchangé.

Elize :
Oui, la Terre n’en a rien à foutre de toute façon (rire).

Olof :
Exactement. Mais oui, même pour le genre humain, il y a encore de l’espoir. Ces derniers temps, les gens parlent de l’humanité de manière négative.Ils disent que nous sommes un virus et que l’on détruit l’environnement, mais les gens oublient que les êtres humains font tout autant partie de l’environnement que les singes, les phoques, les bactéries, ou autre. Nous ne sommes pas différents. J’appelle ça « l’exceptionalisme »,quand on essaie de se mettre au-dessus ou en dehors de la nature. Nous ne sommes pas un virus ou quoi que soit de ce genre, nous sommes une espèce biologique comme une autre.

Oui, mais nos actions ont plus d’impact que celles d’autres espèces.



Elize :
C’est ça oui, nous avons plus d’impact et nous nous servons probablement d’outils dont nous ne devrions pas nous servir. Seule l’humanité est à blâmer. Je pense que d’une manière ou d’une autre, le problème va se régler.

Il y a une chanson dans l’album, « Boom! », qui est très différente des autres, elle est très entraînante, plus rap, et on t’entend moins sur celle-là…



Elize :
Oui, je suis une fille discrète.

Olof :
Exactement. (rire général.)

Pouvez-vous nous parler un peu de cette chanson ?



Olof :
Concernant les paroles, elles sont un peu en lien avec la division politique dont je parlais.Le débat a pris une telle ampleur, beaucoup de personnes commencent à trouver ça fatigant. Et plus les gens entrent dans des débats, plus ils s’éloignent les uns des autres. Le personnage de cette chanson, Boom!,ne prend pas parti.Il fait exploser des choses, à la place. C’est une approche humoristique d’un sujet sérieux, dirons-nous. C’est drôle d’être inspiré par le hip-hop, le rap et ce genre de choses,et de voir leurs interactions avec les growls, parce que c’est globalement la même chose. Je pense même que le growl vient plus ou moins du hip-hop et du rap. Les gens ont entendu les rappers utiliser leur voix de manière agressive,sans note ni tonalité. Beaucoup vont me détester de dire ça,mais je pense qu’il y a un lien. Maison s’est vraiment bien amusé avec ce morceau. C’est une chanson drôle, un peu humoristique, mais il y a également un sous-entendu sérieux.

Sur l’album, vous avez deux guests, Angela Gossow et Noora Louhimo. Comment avez-vous fait votre choix et comment se sont déroulées ces collaborations ?



Question intéressante. En fait, nous avons cinq guests sur l’album. Angela Gossow chante sur la sortie en single de« Do or Die ».

Parce qu’il y a une autre version ?



Elize :
Tout à fait. Nous avons discuté avec le manager d’Angela, et à notre surprise, elle nous a contactés et nous a dit qu’elle avait une idée, un concept de clip, et un thème, l’environnement, sujet qui la travaillait depuis un moment, comme beaucoup de personnes, et elle ressentait le besoin de faire sortir tout ça. Elle nous a demandé si nous étions intéressés par une collaboration sur ce concept,et si nous pouvions écrire une chanson. L’idée du clip vient d’elle aussi. Elle nous a demandé si Amaranthe pouvait assumer ce genre de position. On lui a répondu :« Oui, bien sûr ! ».Nous avions déjà écrit des chansons sur le changement climatique dans le passé, comme« Theory of Everything », « Stardust », et même« Digital World » aborde ce sujet. Dans celle-ci,on se demandait :« À quoi notre futur va-t-il ressembler ?Tout va-t-il devenir numérique ? »Là, c’était un peu différent, mais toujours dans notre champ d’action. Et bien sûr, ça a été extraordinaire. Elle est tellement énergique et forte, et en tant que femme, je suis vraiment fière d’avoir collaboré avec l’une des premières femmes dans ce domaine à avoir ouvert la voie à d’autres pour oser se lancer.
Et je trouve que Noora est une de ces femmes qui représentent quelque chose de nouveau et de frais en étant également extrêmement forte. On devait partir en tournée avec Battle Beast en août aux États-Unis mais évidemment, ça ne s’est pas fait. Ça n’a pas été reporté, ça a été annulé. On espère que ça pourra se faire un jour. L’idée, avec elle, c’était de chanter la chanson ensemble pendant la tournée, ça aurait été sympa.
On peut mentionner les autres guests de l’album. Il y a Perttu, d’Apocalyptica et Elias Holmlid, de Dragonland sur« Crystalline ».Il est au piano, et évidemment, Perttu est au violoncelle. On a aussi un petit bout d’Heidi, de Butcher Babies sur« Boom! »Elle chante la partie « Woaw, GG ». Moi, bien sûr, je ne voulais pas parler de lui comme ça (rire). « Il ne m’impressionne pas, on est l’un contre l’autre. On ne peut pas se comporter en amis. »

Vous disiez que certaines chansons parlent d’écologie,de réseaux sociaux. Quels sont les autres thèmes de l’album ?



Elize :
Je dirais,se sentir fort, être optimisme, et dans un état d’esprit positif.

C’est une chose que l’on retrouve dans tous les albums, cet esprit positif.



Elize :
Oui, on a toujours voulu aborder les problèmes avec la seule réponse dont on pense qu’elle est la solution à tout, c’est-à-dire un état d’esprit positif.Ne jamais haïr ou provoquer des bains de sang, etc. Par ailleurs,il y a le thème de l’archange, qui est un sujet un peu plus philosophique. Olof,tu peux peut-être développer ?

Olof :
Il s’agit de mythologie athée, dirais-je. Elle se base sur Le Paradis perdu de John Milton, la chute de Lucifer et la guerre au Paradis. Mais c’est également une métaphore, comme l’histoire originale, il me semble.C’est une métaphore visant à ne pas se surestimer, à ne pas être trop fier, parce qu’alors le châtiment consistera à voir ses ailes brûlées, à tomber, et à finir en Enfer.

C’est très intéressant. Vous disiez que vous deviez partir en tournée avec Battle Beast, que tous les concerts ont été reportés ou annulés, mais vous devriez revenir en France en avril 2021, normalement.



Elize and Olof :
Oui, c’est ce qui est prévu.

Vous avez des dates à Paris, Bordeaux et Lyon. Avez-vous déjà réfléchi aux concerts ? À quoi peut-on s’attendre ?



Olof :
Oui, on a commencé à y réfléchir. Un plan était prévu en fait, quand tout a été annulé. Et on voulait pousser les choses d’un cran en avant parce que ça va être, et de loin, notre plus grande tournée jusqu’à présent. C’est important de ne pas proposer toujours les mêmes spectacles. On ne peut pas vraiment entrer dans les détails, mais on peut vous dire que ça sera les concerts d’Amaranthe les plus spectaculaires jusqu’ici. Et il le faut.

D’accord, on attend donc ça avec impatience.



Elize :
Oui, nous aussi.

Merci beaucoup pour le temps que vous nous avez accordé. On attend le nouvel album « Manifest » le 2 octobre, et de vous voir sur scène l’année prochaine. On croise les doigts ! Merci beaucoup et à bientôt.



Elize :
Oui !

Olof :
Merci de nous avoir accordé du temps, et d’être venus nous voir.

Merci beaucoup !



Elize et Olof :
Merci.

Olof :
Génial.