THORN
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Death Metal

Yawning Depths
Fabien
Journaliste

THORN

«Originaire des étendues désertiques de l'Arizona, l'artiste semble avoir voulu mettre en musique la désolation et l'accablement, reconnaissons que le pari est globalement plutôt réussi.»

8 titres
Death Metal
Durée: 24 mn
Sortie le 04/02/2022
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Si vous aimez Nyarlathotep et le bitume en fusion, écoutez Thorn. Si la caverne vous inspire et que la pénombre vous réconforte, écoutez Thorn et si vous voulez combattre le mal par le mal, écoutez encore et toujours Thorn. Je ne peux pas mieux dire pour éviter que les détenteurs de papilles délicates habituées aux mélopées mainstream ne perdent leur temps en d'inconfortables nausées. Les autres, en revanche, c'est-à-dire tous ceux dotés d'un appétit gargantuesque, s'en trouveront fort aise et feront confiance à leur suc gastrique pour digérer ce magma nauséabond.

Projet solo d'un certain Brennen Westermeyer, Thorn aime à se mouvoir dans un univers jusqu’au-boutiste dont la radicalité n'est pourtant pas sans charme, un charme dégoûtant et fétide certes mais qui insidieusement fait son petit effet. A mi-chemin entre un death pâteux et un doom approximatif, ce ''Yawning Depths'' très lovecraftien pour le coup, est sans concession. Les guitares tapissent de glu ce qu'elles atteignent - et elles visent souvent juste les bougresses ! - tandis que de sa tanière crépusculaire, le sieur Brennen propulse son growl avec un à-propos qui fleure bon le mammouth laineux voire haineux.

Originaire des étendues désertiques de l'Arizona, l'artiste semble avoir voulu mettre en musique la désolation et l'accablement, reconnaissons que le pari est globalement plutôt réussi. L'album, qui débute par un 'Hellmouth' furieux et prometteur, enchaîne alors les morceaux de bravoure sans qu'il soit toujours possible d'ailleurs de bien différencier les pistes tant l'ensemble est homogène. Etonnamment pourtant, ce monolithe parvient à ne pas lasser, peut-être parce qu'il est court mais aussi parce que, s'il est affreusement compact, il se plaît de temps à autre à varier les ambiances en se laissant aller à quelques parenthèses moins traumatisantes.

Dès lors, si le tir de barrage est l'option tactique la plus utilisée, il ne déplaît pas à Thorn de parsemer son magma de notes entêtantes qui couplées à la lenteur d'un doom excessivement épais, procurent une drôle de sensation. Bidouilleur de génie ou génie du bidouillage ? Et si cette démarche artistique était somme toute plus aboutie qu'il n'y paraissait ? La fin de 'Judgement ' Throne' mais aussi le grognement parlé de 'Lapis Lazuli' sont autant d'indices qui évitent de prendre pour argent comptant la brutalité sans fard du bonhomme. Attendrir la viande lui permet sans doute de mieux la dévorer, la pratique se défend, elle a déjà fait ses preuves.

Reste que lors de la prochaine fin du monde, deux options s'offriront à vous : lire et relire Une Charogne de Baudelaire ou bien, si la littérature vous sied moins, jouer à Doom Eternal toute la nuit. Pour le fond musical, Thorn s'occupera de tout et veillera à ce que vous n'émergiez de ce cauchemar que très tôt le matin, l'échine tremblante et la mâchoire crispée comme un extravagant. D'aucuns auront fait sous eux depuis belle lurette, on aurait dû les prévenir car, à l'instar de ce ''Yawning Depths'', il est parfois judicieux d'en rajouter une couche...