When The Cold Truth Has Worn Its Miserable Welcome Out
Fred H
Journaliste

EN MINOR

«Surprenante mais interessante proposition musicale de Phil Anselmo dans un registre rock folk»

11 titres
Rock Folk
Durée: 44'24 mn
Sortie le 04/09/2020
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Même lorsqu’il était le chanteur de Pantera (surtout dans la période entre 1990 et 2000), Phil Anselmo évoluait dans tout un tas de side-projects plus ou moins extrêmes (Superjoint Ritual, Necrophagia, Southern Isolation, Christ Inversion, Viking Crown, Eibon et bien évidement Down). Depuis la dissolution officielle de son combo principal en 2003, notre gaillard poursuit son parcours entre collaborations diverses et créations de nouvelles histoires (Arson Anthem, Phil Anselmo & the Illegals, Scour ou Bill & Phil).

En cette dernière partie de 2020, notre Anton Crowley (alias qu’il prend parfois) revient avec une nouvelle aventure dont la genèse ne date pas d’hier. Dans les grandes lignes, tout commence quand le très jeune Philip, qui vit dans le quartier français de la Nouvelle-Orléans, se voit offrir une guitare. Du haut de ses neuf piges, il commence à gratter quelques accords et à jeter des idées de compos (précoce notre lascar). Une décennie passe et notre louisianais retouche ses premiers jets, en concocte d’autres et met le tout en boite sur un 4-pistes qu’il vient d’acquérir. Des années plus tard, de retour dans sa ville natale, notre escogriffe repend ses compositions du passé avec des muzicos du cru. Sous le blase de Body & Blood, la petite bande accouche aussi de plusieurs autres chansons et immortalise tout ça sur bandes. Troisième bond dans le temps jusqu’en 2012 ou le gars Phil rencontre le gratteux Steven « Schteve » Taylor (16 Horsepower, Superjoint, The Illegals, Wovenhand). Les deux larrons expérimentent beaucoup, retravaillent tout le matériel ancien et pondent de nouvelles choses. On est plus très loin du En Minor qu’on nous livre présentement.

Pour le premier disque, le duo s’est entouré de trombines assez familières comme le batteur Jimmy Bower (Eyehategod, Down, Superjoint) et le sixcordiste Kevin Bond (Superjoint, Artimus Pyledriver). On note aussi les présences de tronches beaucoup moins connues telles que les frangins Calvin & Joiner Dover (The Dove Brothers, respectivement claviériste et bassiste) et Steve Bernal (The Temple Symphony Orchestra) au violoncelle et le percussionniste Jose Gonzalez.

Notre octuor (c’est comme ça qu’on dit pour huit musiciens) évolue dans un registre qualifié de « depression core » par la tête pensante. Philip et sa clique naviguent entre orientations rock ('Blue'), pointes de folk ('Mausoleums' et ses cloches glaçantes), blues et même accents jazzy ('Warm Sharp Bath Sleep'). Vous l’aurez compris, on est bien loin du coup de poing dans la gueule façon « Vulgar Display Of Power ». Ici point de grosses grattes saturées, pas de de pédales distorsions ou de riffs metal tranchants qu’on associe habituellement au chanteur. Au contraire, malgré quelques parties plus enjouées ('This Is Not Your Day'), l’ensemble se veut globalement lent et tout en nuances (le délicat 'Disposable For You').

L’ambiance générale est résolument mélancolique, plutôt sombre même (le tout est dit dans le titre 'Melancholia' et ses cordes dissonantes). Avec un timbre rauque et doux (l’hypnotique 'Dead Can't Dance'), Anselmo nous déstabilise, allant là où on ne l’attend pas forcément. Les paroles - probablement inspirées par son propre passé - sont lourdes et graves. Entre spleen et langueur (le murmurant 'On The Floor'), l’homme semble abimé, brisé ('Love Needs Love' avec ses « Somewhere, something is broken » explicites).

Avec son En Minor et ce surprenant « When The Cold Truth Has Worn Its Miserable Welcome Out », le gars Phil Anselmo démontre qu’il n’est pas qu’une grosse brute aux débordements plus que limites. Saluons là cette très intéressante proposition musicale.