WALTER TROUT
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Blues Rock

Survivor Blues
Fred H
Journaliste

WALTER TROUT

«Magnifique recueil de chansons Rock Blues sublimé par un guitariste qui confesse être « dans la meilleure période de ma vie ». On plussoie.»

12 titres
Blues Rock
Durée: 65'08 mn
Sortie le 25/01/2019
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MASCOT RECORDS

Dans le monde du Rock Blues, Walter Trout est ce que l'on peut appeler une légende … « une épée, un cador … moi je suis objectif, on parlera encore de lui dans cent ans ». Outre le fait d'avoir accompagné des pointures telles que Percy Mayfield, Deacon Jones ou John Lee Hooker, notre baroudeur a aussi joué avec les Canned Heat ('On the Road Again' c'est eux) et le John Mayall's Bluesbreakers (qui a aussi vu défiler en son sein Eric ''God'' Clapton, Peter Green avant Fleetwood Mac ou encore Mick Taylor préalablement à son passage dans The Rolling Stones). En bientôt cinq décennies de carrière, l'américain a commis une kyrielle d'albums (bien trop conséquente pour un inventaire exhaustif) que ce soit sous son seul blase ou avec ses différents combos (dont The [Free] Radicals).

Moins de deux après le très bon et acclamé « We're all in this together », le natif de Ripley revient avec « Survivor Blues » (Titre pas tout à fait choisi au hasard quand on sait qu'il a failli rester sur le carreau avant de subir une transplantation au foie en 2013). Pour ce nouvel opus, le guitariste, parolier et chanteur a opté pour un disque de reprises. Plutôt que revisiter des grands standards archiconnus du genre, notre briscard à jeter son dévolu sur des morceaux plus anciens et plus obscurs pour mieux se les approprier sans crainte de comparaisons avec les originaux. Le passé au service du présent en somme.

Dès l'opener (le bien nommé 'Me My Guitar And The Blues' de Jimmy Dawkins), l'homme de 68 printemps nous bouleverse d'émotion par sa voix chaude et surtout par son toucher de sixcorde toujours si simplement impressionnant. Pure beauté durant sept minutes. Les solis sont lumineux (le mélodieux 'God's Word', l'intense 'Something Inside Of Me' d'Elmore James) et les arrangements vibrants (le déchirant 'It Takes Time' d'Otis Rush). Notre vétéran a choisi de conserver l'essence des morceaux initiaux tout en y imprimant sa propre personnalité. Pas de pâles copies note à note mais plutôt des versions réarrangées pour lui et son groupe. Sous la houlette du producteur Eric Corne, Walter et sa bande (le batteur Michael Leasure, le bassiste Johnny Griparic et le pianiste Skip Edward) (ré)interprètent avec finesse et feeling ces trésors méconnus. Ainsi le 'Talk To Your Daughter' jadis uniquement en guitare-voix par J.B. Lenoir se retrouve ici revu agrémenté d'accents Hendrix-ien. Les moments bien rock ('Red Sun', 'Please Love Me' de BB King) côtoient des instants plutôt groovy ('Out Of Bad Luck' de ''Magic'' Sam, 'Woman Don't Lie' de Luther Johnson). Trout n'étouffe pas, au contraire il laisse à ses compagnons de jeu toute la place et la liberté qu'il faut ('Sadie' de ''Hound Dog'' Taylor)

La forme est là, le fond l'est également. L'artiste nous renvoi à des sujets plus profonds. L'importance du petit bulletin qu'il faut glisser dans les urnes au moment opportun ('Be Careful How You Vote' de ''Sunnyland Slim''). L'écologie et l'environnement dans sa reprise hommage et jazzy du 'Nature's Disappearing' de son ami et mentor John Mayall. Pour se/nous faire plaisir, Mister Trout a convié deux invités. Tout d'abord un duo vocal avec ''Sugaray'' Rayford pour une piste des plus énergique ('Woman Don't Lie' de Luther Johnson). L'autre guest est rien de moins que Robby Krieger. L'emblématique gratteux des Doors (et également propriétaire du studio où Walter et sa clique ont enregistrés) est venu poser une partie de slide guitar sur la perle de ''Mississippi'' Fred McDowell ('Goin' Down To The River' livré ici dans une veine Muddy Waters-esque).

Walter Trout perpétue avec respect et modernité l'héritage blues légué par les maîtres (par trop méconnus et/ou oubliés) du genre. « Survivor Blues » est un magnifique recueil de chansons Rock Blues sublimé par un guitariste qui confesse être « dans la meilleure période de ma vie ». On plussoie.