Horrors waiting in line
Aldo
Journaliste

VAISSEAU

«Jean-Michel? Viens voir par ici, y'a deux bretons qui t'ont piqué tes synthés!»

6 titres
Synthwave
Durée: 36 mn
Sortie le 13/03/2020
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1976…Un album gavé de sonorités révolutionnaires pour l’époque, atterrit sur la platine vinyle du daron de votre serviteur. D’emblée c’est la claque : « Oxygène », le troisième opus de Jean-Michel Jarre (oui, oui c’est bien son troisième…Wikipedia est ton am…bref…), vient de dépoussiérer 5 années de gavage de chanson française (merci Reuteuleu) et d’ouvrir mon paysage musical.

1989…pendant les vacances, un pote me sort une cassette (« Une QUOI ??? »…putain, ces jeunes…) contenant les pistes du dernier album d’un obscur groupe de Coldwave sorti tout droit des brumes du Nord (Denain, tu penses, ça vend du rêve…) et me propose de l’écouter…D’emblée c’est la claque : mélangeant instrus rock et claviers/synthétiseurs, TRISOMIE 21 vient d’ouvrir une autre fenêtre dans mon univers musical, avec sa musique aussi dark que belle.

2020…un petit duo brestois décide de ressortir de vieux synthé (et quand on dit vieux, hein…on parle même pas des années 80 ! Je parle des premiers claviers/machines analogiques, à base d’oscillateurs, de filtres et d’effets, qu’on passait des heures à programmer en tricotant de la fiche jack sur des pupitres ressemblant au tableau de bord d’une navette spatiale !) et de s’amuser avec…
Le groupe s’appelle VAISSEAU et l’album « Horrors waiting in line »…et d’emblée c’est la cl…Bon, OK vous m’avez vu venir…en partie tout du moins.

Car oui, VAISSEAU, en bon représentant de ce mouvement que d’aucuns nomment « synthwave », fait remonter les sensations auditives vécues à l’écoute d’ « Oxygène ». Si l’on met de côté une batterie tout ce qu’il y a de plus analogique, et qui vient mettre un tantinet d’organique dans le son, c’est EXACTEMENT le genre de sonorité, l’esprit du Jean-Michel des débuts que les bretons remettent à l’honneur. Effet Madeleine de Proust garanti pour les fans!
« Mais du coup, c’est quoi le rapport avec les chtimis de T21 ? »
Merci de poser la question, ça montre que certains suivent !
Le rapport, c’est qu’il émane des six compositions de l’album une façon de spleen, qui rapproche nos deux finistériens des nordistes, par ailleurs friands d’expérimentations sonores. On peut difficilement l’entendre si on n’est pas familier, d’autant que parmi le chapelet de morceaux (tous instrumentaux, pas une once de chant !), le trompeur « Ride the Slime », plutôt dansant, vient piéger l’auditeur. Mais si l’on est un peu curieux, on y trouvera cet art de l’arrangement qui transpire le romantisme (au sens initial et littéraire du terme, s’entend…).

De fait, le plumage, loin de se rapporter au ramage de la bête, brouille encore les piste avec une pochette qui évoque le résultat des amours entre VOÏVOD et … (remplacer les pointillés par tout groupe de NWOBHM tendance Lovecraft…ne me regardez pas comme ça, je ne suis même pas sûr que cela ait existé un jour !).
Pourtant, en tendant l’oreille, et si on fait abstraction des sonorités très marquées, on décèlera également dans les compos des riffs, des harmonies, des rythmes, qui pourraient aisément être transposées à la sauce Heavy/Doom.

Au final, on est emporté par la musique et on ne voit aucunement passer le temps. Malgré trois titres frôlant/ dépassant les 8 minutes, on frémit de contentement jusqu’à la dernière note qui appelle à appuyer instantanément sur la touche « Replay ». Le côté OVNI de la galette nous empêche de franchir le pas de l’estampillage au rang de Chef-d’œuvre, mais on n’en est pas trop loin tout de même. Hautement recommandable !!!